J'ai eu l'occasion de découvrir l'oeuvre de Ligustro, lors d'une visite en février 2026 du passionnant Museo d'Arte Orientale Edoardo Chiossone, à Gênes, qui abritait alors une magnifique exposition qui lui était consacrée : "Gioia di Vivere", "La Joie de vivre". Voir ici.
J'y suis retourné il y a quelques jours, car certaines de ses œuvres y étaient encore exposées.
L'histoire artistique de Giovanni Berio, dit Ligustro, commence de façon inattendue en 1972, lorsqu'un infarctus le contraint à abandonner sa profession de technicien chimiste dans l'industrie oléicole.
Cette rupture le transforme profondément.
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| Ligustro (Imperia, Ligurie, 1924-2015) |
La souffrance de la maladie et le soulagement de la guérison le rendent plus serein et sensible, mieux disposé à une compréhension intime de la nature.
C'est alors qu'il adopte comme pseudonyme « Ligustro », le troène, plante endémique en Ligurie, que Eugenio Montale, le poète génois, avait célébrée dans Les citrons : "Ascoltami, i poeti laureati / si muovono soltanto tra le piante / dai nomi poco usati: bossi, ligustri, acanti " (Écoutez-moi, les poètes lauréats / ne se déplacent que parmi les plantes / aux noms peu usités : buis, troènes, acanthes).
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| Ligustrum vulgare (troène) |
En 1983, Ligustro découvre à Gênes la technique d'estampe polychrome de l'Ukiyo-e (Voir ici) sur papier imprimé à partir de matrices de bois, l'école dite du « monde flottant », florissante entre le XVIIe et le XXe siècle à Edo (l'ancien nom de Tokyo), qui s'était éloignée de l'iconographie bouddhiste pour s'emparer aussi de thèmes profanes, et qui exercera une influence notable sur le post-impressionnisme européen.
À partir de 1986, il se consacre exclusivement à l'étude de la xylographie polychrome japonaise et de ses techniques Nishiki-e (Voir ici) en usage à l'époque Edo, réalisant ses impressions à la main (avec le baren) sur de précieux papiers fabriqués au Japon selon d'anciens procédés artisanaux.
Les couleurs s'obtiennent par la composition de diverses poudres, feuilles d'argent et d'or, poudres de perles de rivière, fragments micacés, coquilles d'huîtres broyées, terres colorées et autres procédés qu'il inventa lui-même.
Il utilise principalement des bois de cerisier et de poirier.
Certaines de ses œuvres nécessitent jusqu'à 100 passages (impressions successives) pour obtenir les nuances et les reliefs (gaufrages) désirés.
Il développa également sa propre technique, qu'il appela Xiligustrografia, permettant un nombre illimité de couleurs là où la méthode japonaise traditionnelle n'en autorisait que huit.
Il représentait souvent des paysages liguriens, des fleurs, des animaux, des scènes ésotériques, mais avec une esthétique et une composition purement japonaises.
Ses liens avec Gênes et avec le Museo Chiossone furent centraux dans son parcours.
C'est là qu'il approfondit l'étude des grands maîtres de la période Edo ( Hokusai, Hiroshige, Utamaro) et qu'il décida de faire don d'œuvres de grande valeur, notamment l'album Palloncini composé de vingt xylopoétographies polychromes et le livre en tirage unique 12 haïku de Matsuo Bashō.
Il a reçu le Prix Premio Mario Novaro pour la culture ligure en 2009, et ses œuvres ont été exposées à Berlin et Bruxelles, entre autres villes.
À sa mort, il a légué à la Biblioteca Civica Leonardo Lagorio d'Imperia 5 000 bois gravés, 2500 livres d'art, des correspondances, des calligraphies japonaises et l'intégralité des archives de sa vie artistique.
Fait rare pour un occidental, son travail a été hautement respecté par les maitres japonais eux-mêmes.
Ligustro a représenté un pont culturel fondamental entre l'Orient et l'Occident, faisant revivre sur la côte ligure des techniques anciennes quasiment oubliées même au Japon, à travers ses créations mais aussi son enseignement à ses élèves qui en perpétuent aujourd'hui l'héritage.
L'exposition Ligustro, gioia di vivere au Museo Chiossone que j'ai visitée avec un très grand intérêt, s'inscrivait donc dans le cadre du dixième anniversaire de sa disparition : un hommage mérité rendu à cet autodidacte exceptionnel, Ligure de cœur et Japonais d'âme.
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| Ligustro dans son atelier, 2003 |
Curieusement, en japonais, Ligustro se dit Ri-Gu, "Maître des outils". Ce sceau est la signature de Ligustro.
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