lundi 2 février 2026

A Gênes : l'extraordinaire Musée d'Art Oriental Edoardo Chiossone

 

Le Musée d'Art Oriental Edoardo Chiossone, étonnant et magnifique, est situé dans le Parc Villetta di Negro, un parc merveilleux et inattendu de 20000 m2, situé en centre ville, mais déjà en hauteur.

Le Parc est accidenté, agrémenté de cascades,  et monte le long d'une série de chemins entrelacés  qui mènent à un impressionnant balcon panoramique sur la Ville de Gênes.



 
On accède à ce parc en grimpant le long de la Salita delle Battistine, une ruelle abrupte ou, soit dit en passant, Nietzsche a séjourné régulièrement entre 1880 et 1883, au dernier étage du n°8.

Salita delle Battistine

 
Vue sur la maison en haut de laquelle Nietzsche a séjourné

Le Musée d'Art Oriental abrite, à l'intérieur de la Villetta di Negro, un très riche patrimoine d'Art japonais et oriental, collecté au Japon pendant la période Meiji par Edoardo Chiossone.

Edoardo Chiossone (1833-1898)

 Chiossone, dont le Musée porte le nom, était un graveur italien et professeur de dessin, né à Arenzano (Gênes) en 1833. Voir ici.

Il a passé une grande partie de sa vie au Japon où il est arrivé en 1875. Il est décédé à Tokyo en 1898, mais a souhaité que son héritage artistique soit donné à la Ville de Gênes, qui a créé le Musée qui porte son nom.

Museo d'Arte Orientale
 

Le Musée abrite des œuvres japonaises de différentes époques : peintures ( du XI° au XIX° siècles), armes, armures, émaux, céramiques, laques, estampes, instruments de musique, masques de théâtre, bronzes, sculptures, d'une richesse exceptionnelle.

Voici quelques exemples :

Dainichi Nyorai assise (Bouddhisme ésotérique)

Armure



Masque pour la dance Bugaku (Edo)



Divinité masculine Shintō



Période Edo

Bouddha Sakyamuni émacié (période Edo XVIII° siècle)

 

Nous avons là l'une des plus importantes collections d'arts asiatiques d'Italie, dominée par les œuvres japonaises des époques Edo et Meiji, complétées par des pièces chinoises, soit plus de 15 000 objets.

L'ensemble permet de parcourir l'évolution des formes, techniques et motifs de l'Art d’Extrême-Orient du point de vue d'un collectionneur occidental de la fin du XIX° siècle, avec un accent marqué sur la qualité artisanale et les pièces de prestige.

La visite du Musée Chiossone est une étape muséale remarquable lors d'une visite de Gênes, dans le cadre d'un jardin agréable et reposant, qui offre de plus une vue panoramique sur la ville!

Descente vers la Piazza Corvetto et le Monument à Mazzini


 

 

 

 

 

lundi 19 janvier 2026

Exposition "Rêveries de pierres": Poésie et Minéraux de Roger Caillois

 

L'Ecole des Arts Joailliers, en partenariat avec le Museum d'Histoire Naturelle, présente actuellement, et jusqu'au 29 mars 2026, une magnifique rétrospective dédiée à la collection du grand écrivain français du XX° siècle Roger Caillois (ici). 

Roger Caillois (1913-1978)

 Roger Caillois a collectionné les pierres avec passion et érudition pendant plus de vingt-cinq ans.

 

Sa passion a donné naissance à une écriture d'une poésie rare : dès 1959 il publie des essais inspirés par sa collection de "pierres à images", en particulier le petit et magnifique livre intitulé "Pierres", que j'ai découvert en 1979.


 "Je parle des pierres qui ont toujours couché dehors ou qui dorment dans leur gîte et la nuit des filons.

 


Elles n'intéressent ni l'archéologue ni l'artiste, ni le diamantaire...elles sont du début de la planète, parfois venues d'une autre étoile...elles sont d'avant l'homme...


...je parle des pierres plus âgées que la vie et qui demeurent après elle sur les planètes refroidies...


...je parle des pierres qui n'ont rien à faire que de laisser glisser sur leur surface le sable, l'averse ou le ressac, la tempête, le temps.

 

Je parle des pierres nues, fascination et gloire, où se dissimule et en même temps se livre un mystère plus lent, plus vaste et plus grave que le destin d'une espèce passagère."


Se détournant de l'art contemporain qui singe à ses yeux les processus naturels, Caillois préfère s'en remettre aux "mystérieuses et lentes démarches de la géologie" : la nature est peintre !


 



Caillois est partagé entre la rigueur de l'approche scientifique et les séductions de l'approche mythique.

Convaincu que l'univers est soumis à un nombre de lois fini, que l'on retrouve dans toute la nature, le poète associe les anomalies de la pierre à autant de "blessures" et de "cicatrices" (les minéralogistes parlent alors de dissolution-recristallisation).





 J'apprécie tout particulièrement les dendrites.

"Prisonnières du grès, les arborescences du manganèse y étalent leurs dentelles de feuillage, leurs chevelures de neurones. Sur les larges plaques du grès, leurs couleurs varient du rouge brique au noir, en passant par les différentes nuances de l'ocre.


Elles se déploient en larges buissons a demi desséchés par le soleil. Chaque brindille se détache et se ramifie avec une prestigieuse netteté.

Parfois elles atteignent l'ampleur des hautes palmes que les gorgonies dressent au fond des lagons dans les mers chaudes, comme de grandes mains ouvertes ou comme des lambeaux de filets qu'un lest empêcherait de remonter".

Collection personnelle


"Pourtant les dendrites ne furent jamais vivantes. Jamais la moindre sève n'irrigua leur dentelles ramifiées".

Caillois est fasciné par la symétrie et l'asymétrie qui règnent dans le minéral. D'un côté, des cristaux aux symétries figées dans des rigueurs implacables; de l'autre, des calcédoines aux formes imprévisibles, qui semblent échapper à toute logique. 





A travers de plus de 200 spécimens issus de sa collection, dont de nombreuses pièces qui sont montrées pour la première fois,  le parcours révèle la richesse de la pensée de l'écrivain, en faisant dialoguer les pierres et ses écrits.

Cette magnifique exposition "Rêveries de pierres" nous plonge dans la relation intime de Roger Caillois au monde minéral. 

 

lundi 5 janvier 2026

Nietzsche : Lettres d'Italie

 

Ce livre passionnant, publié aux éditions NOUS en 2019 propose un choix de lettres de la correspondance de Nietzsche dans lesquelles il est question de l'Italie.

Nietzsche (1844-1900)
 

 


 Le choix des lettres et leur traduction sont de Florence Albrecht et Pierre Parlant.

La remarquable et très intéressante préface est de l'écrivain Pierre Parlant .

 Nietzsche est connu pour ses réflexions profondes sur la morale, la religion et la nature humaine: ici.

Il faut rappeler que Nietzsche était également un musicien et un compositeur doué (Voir ici). Il est possible d'écouter ses œuvres sur Youtube.

Ces lettres ont été écrites de différentes villes italiennes entre 1876 et 1889.

 Il séjournera à Sorrente...


 ... à Venise ...


 ... à Gênes ...


 ... et finalement à Turin

 

Elles font apparaître le philosophe sous un jour inattendu : voyageur, marcheur ("Je suis au moins huit heures par jour sur les chemins : c'est à ce prix que je supporte la vie"), "médecin et patient en une seule personne".

Ces lettres sont périphériques mais essentielles à la compréhension de son œuvre. 

Nietzsche est un homme qui aime le Sud, qui cherche et trouve l'endroit où le travail est enfin porté par une force vitale débordante. 


"Si malgré le ressassement de souvenirs et les douleurs qui ne lui laissent aucun répit, Nietzsche affirme avoir trouvé à Gênes  le "bon endroit" pour se reconstruire, si son cœur s'y est emballé, dit-il, "trois fois par jour, avec toute cette étendue ouverte sur le lointain et cette atmosphère de puissance entreprenante", il n'en demeure pas moins que la révélation d'une ville donnant à sa vie une allure joyeuse, fût-elle de courte durée, se fera à Turin". Pierre Parlant

L'Italie apparait dans ces lettres comme un "contre-monde" par rapport à l'Allemagne et pour Nietzsche, l'Italie n'est pas un décor, mais un principe philosophique vécu : clarté, légèreté, sobriété. 

Ses lettres sont traversées par la question du corps, souvent absente des textes théoriques : migraines, épuisement nerveux, solitude radicale, dépendance au climat et aux lieux... 

Nietzsche élabore en Italie une philosophie incarnée, qui nait contre la douleur, mais aussi grâce à elle. 


 

"En toutes choses, je trouve qu'ici la vie vaut la peine d'être vécue" Nietzsche 

C'est en Italie que mûrissent Ainsi parlait Zarathoustra, Le Crépuscule des Idoles, L'Antéchrist

Mais les dernières lettres italiennes de Turin sont hantées par un sentiment de clarté extrême, une exaltation inquiétante, une conscience aigüe de l'isolement et précèdent de peu l'effondrement mental de 1889.

L'Italie devient alors le lieu paradoxal de la lumière finale!