Je passais, il y a quelques jours, à Turin, au croisement de la via XX Settembre et de la via Vittorio Alfieri.
Et là, au numéro 40, se dresse l'un des objets les plus étranges du patrimoine turinois :, Il Portone del Diavolo, la Porte du Diable du Palazzo Trucchi di Levaldigi.
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| Il Portone del Diavolo |
Le portail fut sculpté en 1675 par des artisans parisiens sur commande de Giovanni Battista Trucchi di Levaldigi, comte et général des Finances au service de Charles-Emmanuel II, duc de Savoie.
Le palazzo lui-même fut construit vers 1677 par l'architecte Amedeo di Castellamonte, et se distingue par son imposant portail reposant sur quatre colonnes, richement orné de fleurs, fruits, animaux et angelots.
Ce qui confère au portail son nom est le heurtoir central : une tête de diable qui scrute les visiteurs venant frapper, avec pour poignée deux serpents enlacés dont les têtes se rejoignent au centre.
Une interprétation rationaliste du surnom suggère simplement que le palais était la demeure du ministre des Finances de la Maison de Savoie — une fonction peu appréciée du peuple, qui aurait suffi à alimenter des récits sinistres. Selon cette lecture, le heurtoir diabolique aurait été une manière ironique de donner corps aux rumeurs selon lesquelles le ministre avait conclu un pacte avec le diable.
Selon la version « magique », le portail serait apparu soudainement une nuit. La légende raconte qu'un apprenti sorcier, désireux d'invoquer les forces obscures et Satan lui-même, y parvint.
Le Diable, irrité par cette invocation, décida de punir le jeune sorcier en l'emprisonnant derrière le portail. Le malheureux ne fut plus jamais capable d'ouvrir la porte ni d'échapper à son destin.
Au XVII° siècle, l'édifice abrita la Fabbrica dei Tarocchi, une manufacture de tarots. La carte associée au Diable dans le jeu de tarot est le numéro 15 — qui était précisément le numéro civique du palais à l'époque.
Aujourd'hui, l'autobus de la ligne publique qui dessert ce secteur porte, comme par hasard, le numéro 15. Les amateurs d'ésotérisme y voient une confirmation supplémentaire du lien entre ce lieu et la magie noire.
Deux récits de disparitions et de meurtres se sont greffés sur la réputation du palais :
Le premier remonte au début du XIX° siècle, lors de l'occupation française. Un certain major Melchiorre Du Perril s'était rendu au palais pour y prendre un repas rapide avant de repartir avec des documents secrets. Son cocher l'attendit dehors — il ne ressortit jamais.
Vingt ans plus tard, lors de travaux de rénovation, des ouvriers abattirent un mur et découvrirent un squelette muré debout dans la maçonnerie.
Le second épisode remonte à 1790, quand le palais appartenait à Maria Carolina di Savoia. Lors d'une fête, une danseuse invitée à divertir les hôtes fut poignardée à mort. Le coupable ne fut jamais identifié, ni l'arme retrouvée.
La nuit même du meurtre, une tempête de vent et de pluie s'abattit sur la ville, des éclairs aveuglants, un vent glacial balaya l'intérieur du palais, toutes les lumières s'éteignirent et les invités s'enfuirent en criant.
On dit que le fantôme de la danseuse hante encore les salles du bâtiment.
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| Maria Carolina di Savoia (1803-1884) |
Le Portone del Diavolo s'inscrit dans un imaginaire plus large.
Turin est réputée se trouver au sommet de deux triangles magiques : l'un lié aux arts obscurs, reliant la ville à Londres et San Francisco ; l'autre à la magie blanche, l'unissant à Prague et Lyon.
Parmi les lieux considérés comme chargés de forces occultes figurent la Piazza Statuto, la Chiesa della Gran Madre di Dio— et bien sûr le Portone del Diavolo.
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| Piazza Statuto |
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| Chiesa della Gran Madre di Dio |
Aujourd'hui le palais abrite la Banca Nazionale del Lavoro.
Le portail, lui, continue de fixer les passants de son regard de bronze.
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| Banca Nazionale del Lavoro |


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