dimanche 23 août 2026

Le 23 Aout, le" Black Ribbon Day", en souvenir de toutes les victimes des totalitarismes

 


La date commémore le Pacte germano-soviétique du 23 août 1939 (pacte Molotov-Ribbentrop), dont les protocoles secrets ont partagé l’Europe de l’Est en zones d’influence entre l’Allemagne nazie et l’URSS. 


Molotov et Ribbentrop

L’observance de cet anniversaire est née dans les années 1980, portée par des réfugiés d’Europe centrale et orientale installés au Canada, qui organisaient des manifestations pacifiques des deux côtés du rideau de fer. 


Son point culminant symbolique reste la Voie balte du 23 août 1989, chaîne humaine de près de 2 millions de personnes sur plus de 600 km à travers les trois républiques baltes, moment fondateur de leur lutte pour l’indépendance. Voir ma note ici .



Le Parlement Européen a proclamé cette journée en 2009 pour conserver le souvenir des victimes de tous les régimes totalitaires et autoritaires : stalinisme, communisme, nazisme, fascisme. 



L’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) a ensuite adopté la Déclaration de Vilnius en juillet 2009, exhortant les États membres à sensibiliser le public aux crimes des régimes totalitaires: ici.


La journée est surtout marquée par les États d’Europe orientale (de l’Estonie à la Bulgarie), ainsi que par la Suède, avec cérémonies, expositions et actions de sensibilisation portées notamment par les institutions comme le Parlement européen ou des ONG de défense des droits humains, qui mettent en avant témoignages de survivants et archives historiques. 


Hors Europe, le Canada l’observe depuis 2009, et la Géorgie depuis 2010.




La date est ignorée par la France : elle ne figure pas dans le calendrier commémoratif officiel français et ne donne lieu à aucune cérémonie institutionnelle particulière. 


Cela s’explique en partie par une histoire mémorielle différente : la France a ses propres dates dédiées (déportation, Shoah, etc.) et le rapprochement stalinisme/nazisme dans une même journée reste un sujet politiquement sensible.


Certains courants en France, notamment du côté communiste, ont dénoncé cette résolution comme une assimilation abusive entre les crimes nazis-fascistes jugés à Nuremberg et l’histoire du communisme.


mercredi 19 août 2026

En Lituanie, la Colline des Croix : le signe bouleversant du combat d'un peuple pour la Liberté et pour la Paix

 

Lors de notre récent séjour dans les Pays Baltes, nous ne pouvions pas ne pas visiter la Colline des Croix (Kryžių kalnas), qui se trouve près de Šiauliai, dans le nord de la Lituanie, assez proche de l’axe Riga-Vilnius.



La tradition de planter des croix sur cette colline remonterait aux années 1830-1831, après le soulèvement anti-russe, lorsque les familles n’ayant pu récupérer les corps de leurs proches auraient commencé à y planter des croix en guise de mémorial symbolique.

Voir ici.



D’autres versions lient le site à des pratiques païennes antérieures, la colline ayant pu être un lieu de culte pré-chrétien avant d’être christianisée.



Mais c'est surtout au XXe siècle que le site prend sa dimension actuelle. 




Sous l’occupation soviétique, planter ici une croix devient un acte de résistance nationale et religieuse. 


Il y en eut des dizaines de milliers.



Les autorités rasent la colline au bulldozer à plusieurs reprises — en 1961, 1973, puis encore dans les années 1970-80 — mais les croix réapparaissent systématiquement, souvent plantées clandestinement de nuit. 


En 1985, les autorités soviétiques ont renoncé à retirer les croix ...




Le site devient ainsi un symbole de résilience de l’identité lituanienne et catholique face à la répression soviétique.



Le site est impressionnant, bouleversant, sachant ce qu'il représente!




On estime le nombre de croix aujourd'hui à plus de 150 000.


On y voit non seulement des crucifix, mais aussi des statues, des chapelets, des effigies de saints, ...




Certaines croix sont immenses, d’autres minuscules, apportées par des   visiteurs du monde entier. 


Jean-Paul II s’y est rendu en 1993, peu après l’indépendance, consacrant symboliquement le lieu comme sanctuaire de la foi et de la liberté retrouvées. 


La Colline des Croix est aujourd’hui un lieu de pèlerinage actif, sans structure ecclésiale officielle qui le gère et les croix continuent de s’accumuler librement.



Ce lieu est toujours un témoignage collectif de résistance spirituelle.

C’est un site saisissant visuellement, particulièrement émouvant, sachant ce qu'il représente, ses liens avec une histoire tragique d'occupations successives, de massacres, de déportations, de résistance et du combat de tout un peuple pour la Liberté et pour la Paix.




"Merci à vous, Lituaniens, pour cette Colline des Croix, qui témoigne, devant les nations d'Europe et devant le monde entier, de la foi du peuple de ce pays" .

(Il s'agit très vraisemblablement d'une phrase de Jean-Paul II, prononcée lors de son voyage apostolique en Lituanie, en septembre 1993)


Voir ici un reportage sur la Colline des Croix.




mardi 18 août 2026

Photographie : Inta Ruka , une artiste lettone curieuse des gens qui l'entourent

 

Lors de mon passage à Tallinn, Estonie, je me suis précipité au Fotografiska, dans le quartier en plein développement de Telliskivi (ici).



C'est le Musée contemporain de la photographie, dont le siège est à Stockholm, et dont j'avais visité l'antenne de Manhattan en 2024.


Une magnifique exposition (Places called Home) y était consacrée à la photographe lettone Inta Ruka (née en 1958 à Riga, où elle vit et travaille encore aujourd'hui): ici.




Inta Ruka s’inscrit dans une tradition documentaire humaniste : on la rapproche souvent de Walker Evans (Voir ma note ici), Dorothea Lange (iciou August Sander (Voir ma note ici), par sa manière de photographier les gens qui l'entourent, et son intérêt profond pour leur cadre de vie quotidien.






Travaillant lentement et avec une grande concentration, elle utilise un Rolleiflex classique sur trépied et ne compte que sur la lumière disponible. 




Rien n’est précipité. Rien n’est enjolivé. 


Ses photographies sont directes, intimes, et empreintes de respect.




Ce protocole volontairement dépouillé donne à ses portraits noir et blanc une sobriété presque documentaire, sans effet ni mise en scène.





Au début des années 1980, Inta Ruka a commencé à se rendre dans la région natale de sa mère, Balvi, près de la frontière russe. 




Là-bas, elle accompagnait le facteur local à vélo et a peu à peu fait connaissance avec les villageois. 


Il en est résulté la série My Country People (1983-2008), une œuvre à laquelle elle est revenue pendant près de deux décennies.




Les photographies montrent des gens ayant vécu la guerre, l’occupation et de profonds bouleversements sociaux, leurs visages portant la mémoire d’une histoire complexe (l’invasion allemande et  l’ère soviétique) mais aussi leur fierté et leur dignité.






Inta Ruka revient au cours des années auprès des mêmes personnes, construisant une relation de confiance plutôt qu’un instantané.


Elle photographie chez les gens, dans leurs intérieurs, plutôt qu’en studio.


Pour Ruka, le foyer n’est pas une idée abstraite mais quelque chose de très concret : une pièce, une rue, une cuisine — un lieu où la vie se déroule. 





Ses photographies montrent que l’appartenance se construit à travers les relations, les gestes du quotidien et le temps que l’on partage avec autrui.


Son travail de mémoire ne nous offre pas de simples documents : ses photographies conservent, avec un grand respect, des lieux, des relations et des expériences vécues uniques.






Son oeuvre a de fait une portée historique et politique : à travers ses portraits individuels, elle raconte en creux la transition de la Lettonie soviétique vers l’indépendance puis vers l’Europe.






Aujourd’hui, Inta Ruka est une photographe reconnue internationalement, qui a été exposée dans plusieurs grandes institutions européennes, et dont le travail figure dans plusieurs collections muséales et privées internationales.




Elle a reçu l’Ordre des Trois Étoiles de Lettonie en 2009, la plus haute distinction civile lettone.


mardi 11 août 2026

L'Estonie : une nation dynamique orientée vers le numérique

 

Depuis les années 1990, l'Estonie est passée de l'économie dirigiste et nationalisée d'une République soviétique à une économie de marché performante, en menant une politique d'ouverture résolument libérale et orientée vers le numérique.


Tallinn

Estonie



Les privatisations dans tous les secteurs (industriel, commercial et financier) ont permis de dégager une dynamique de croissance, malgré les tensions sociales qu'elles ont engendrées.


Situé dans une région à fort potentiel de croissance, le plus petit des Etats baltes s'est fait un nom dans l'exportation d'équipements électriques et électroniques (en particulier en ce qui concerne les télécommunications, à l'image de l'historique Skype, de Wyse de Veriff , ou de Bolt). 



Les nouvelles technologies se sont profondément insérées dans les modes de vie de la population estonienne, ce qui est un atout dans sa stratégie de développement d'une économie de services à haute qualification. 


Aujourd’hui, l’Estonie est unanimement reconnue comme la nation numérique la plus aboutie de la planète. 



Les Estoniens peuvent par exemple effectuer toutes leurs démarches administratives directement en ligne grâce à la carte d'identité numérique dont disposent les citoyens de plus de 15 ans.


Ses citoyens votent en ligne depuis 2005. Ils déclarent leurs impôts en trois minutes. Ils consultent leur dossier médical depuis leur salon. 

Ils signent des contrats sans poser un stylo sur du papier. 


Et depuis 2014, n’importe qui dans le monde, entrepreneur à Dakar, développeur à Tokyo, freelance à Montréal, peut devenir un « e-résident » estonien et créer une entreprise en Europe sans jamais fouler le sol de Tallinn.


Devenir e-résident


Voir ici un article très bien documenté sur l'E-Estonie.



L'épine dorsale du système, X-Road (The Backbone of Estonia’s Interoperable Digital State) est un système décentralisé : voir ici.


Le ministère de la Santé garde les données de santé. L’administration fiscale garde les données fiscales. La mairie garde l’état civil. 


Mais tous ces systèmes peuvent se parler, s’interroger mutuellement, en temps réel, via des connexions cryptées et traçables.




Conséquence directe : un citoyen ne remplit jamais deux fois la même information. 


Et surtout, point crucial, chaque citoyen peut voir qui a consulté ses données et quand. 

La transparence n’est pas un slogan : c’est une fonctionnalité du système. 

Si un fonctionnaire consulte votre dossier médical sans raison valable, vous le verrez. Et il pourra en répondre.



En résumé, voir ici e-estonia.


Plus spectaculaire encore : l’Estonie a ouvert une e-ambassade au Luxembourg. 


Ce datacenter, protégé par les mêmes principes d’extraterritorialité qu’une ambassade classique, stocke l’intégralité des données de l’État estonien, registres fiscaux, actes d’état civil, législation, retraites. 



L’objectif ? Si le pays était envahi ou ses serveurs détruits, l’État estonien pourrait continuer à fonctionner depuis l’extérieur, à partir de cette copie miroir numérique. 





Un État dans le cloud, prêt à survivre au pire !