Le Jardin Albert Kahn, à Boulogne-Billancourt, que j'ai eu le plaisir de découvrir à l'occasion de ma visite au Musée (ici) est bien plus qu'un simple espace vert et un écrin de verdure exceptionnel.
C'est une œuvre philosophique, une tentative de concilier les cultures du monde par le paysage.
Conçu à la charnière du XIX° et du XX° siècle, ce parc de près de 4 ha porte une histoire singulière et reflète l'idéal de paix universelle de son créateur. Ici.
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| Albert Kahn (1860-1940) |
Albert Kahn (1860-1940), banquier d'origine alsacienne enrichi notamment grâce à des investissements en Afrique du Sud (mines de diamants et d'or), achète une première propriété au Quai du Quatre-Septembre à Boulogne en 1893, près de sa résidence personnelle.
Il agrandit progressivement le domaine par acquisitions successives jusqu'aux années 1920, pour atteindre environ 4 hectares.
Albert Kahn était surtout un humaniste discret.
Ce qu'il a créé, c'est une succession de jardins thématiques, une collection de "scènes" évoquant différentes traditions paysagères du monde, qui cohabitent en harmonie, symbolisant l'union et la tolérance entre les peuples.
Ce projet est indissociable de ses "Archives de la Planète", un projet monumental visant à figer la diversité du monde à travers la photographie (autochromes) et le cinéma.
Pour réaliser son projet il fait appel à un paysagiste de renom, Louis-Sulpice Varé (ici) , concepteur du Bois de Boulogne, et ensemble, ils conçoivent un parcours à travers le monde et les écosystèmes :
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| Louis-Sulpice Varé (1803-1883) |
Un jardin français classique à la Le Nôtre avec une roseraie et une serre, dessiné en 1899 par les célèbres frères Duchêne.
Un jardin anglais paysagé, avec ses pelouses vallonnées, ses massifs asymétriques et sa rivière serpentine, évoquant une nature romantique et libre.
Un jardin japonais, créé en 1898, (le plus célèbre, remanié plusieurs fois, notamment avec l'aide de jardiniers japonais).
Marquante et hautement symbolique, cette section est créée au retour d'un voyage d'affaires au Japon.
Kahn fait venir d'authentiques maisons traditionnelles en pièces détachées de Kyoto, ainsi qu'un protocole de thé, remontés par des ouvriers nippons.
Cette juxtaposition de styles reflétait sa vision personnelle d'un monde où les cultures pourraient coexister et se comprendre mutuellement, une préoccupation centrale chez lui, qui finança aussi les "Archives de la Planète" (fonds photographique et cinématographique autochrome) pour documenter la diversité du monde avant qu'elle ne s'efface.
Ruiné par le krach de 1929, Kahn doit céder sa fortune et meurt en 1940.
Le département de la Seine, puis les Hauts-de-Seine, reprennent le domaine, qui devient musée départemental à partir des années 1990, avec d'importants travaux de restauration des jardins japonais, notamment dans les décennies suivantes, par le paysagiste japonais Fumiaki Takano.
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| Fumiaki Takano (1943-2021) |
Puis, en 2022, un nouveau parcours de visite et un bâtiment d'exposition contemporain est dessiné par l'architecte Kengo Kuma.
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| Kengo Kuma |
Albert Kahn, par son œuvre espérait démontrer visuellement que la diversité mène à l'harmonie et non au conflit : extraordinaire!
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