vendredi 31 mars 2023

René Lalique : l'Art Nouveau de Lisbonne à Wingen-sur-Moder

 

Lors d'un voyage à Lisbonne, il y a dix ans, nous avons été subjugués par l'exceptionnelle exposition consacrée à l'Art Nouveau de René Lalique à l'incontournable Musée Gulbenkian, le plus beau de Lisbonne et l'un des plus beaux du Portugal (ici).

René Lalique
1860-1945

Entrée du Musée
Calouste Gulbenkian à Lisbonne

René Lalique est né en 1860 dans la Marne. Il s'éprend d'orfèvrerie et de dessin et embrassera une carrière hors du commun. Voir ici.

Lalique va bouleverser l'approche décorative et esthétique des bijoux et du verre.

L'exposition au Musée Gulbenkian nous a permis de mieux connaître les créations "Art Nouveau" de Lalique et nous avons été stupéfaits face à la beauté incroyable de ses créations, et tout d'abord en orfèvrerie.

Gulbenkian (ici), le richissime mécène et Lalique, le joaillier-verrier se sont rencontrés à Paris, dans les années 1890 et ils sont devenus amis.

Calouste Gulbenkian
1869-1955

Il achètera des dizaines de pièces au maître verrier mais également 82 bijoux de toute beauté, qui évoquent un univers fantasmatique de lutins, de libellules-femmes, de criquets flamboyants, dans la goût de l'art nouveau où le romantisme le dispute à l'ésotérisme.









Dix ans plus tard, il y a quelques mois, nous nous sommes décidés à nous rendre à Wingen-sur-Moder, dans le Bas-Rhin, non loin de la Moselle afin d'y visiter le Musée Lalique :ici et .

L'entrée du Musée Lalique

Ce magnifique Musée, ouvert en 2011, expose environ 650 pièces issues de ses collections propres, mais aussi de prêts de musées parisiens et de collections particulières. Il s'agit du seul Musée consacré à René Lalique en Europe.

Nous pouvons y admirer les oeuvres de Lalique, tant en verre qu'en bijoux.



Des vases bijoux...











"Tu veux faire des dessins de bijoux, mais cela ne mène à rien! Tu verras que dans deux ou trois mois, tu ne sauras plus quoi inventer, et, arrivé au bout de ton rouleau, tu seras bien obligé de t'arrêter!" C'est ainsi que le joaillier Vuilleret avait exprimé sa surprise lorsque René Lalique lui avait fait part de sa volonté de devenir dessinateur de bijoux...

... de bijoux étonnants ...





Lalique, observateur infatigable, profondément curieux des moindres détails, ne cherche pas à copier, à imiter, à styliser, mais il crée en transformant, et son imagination foisonnante lui permet de développer son propre style.



Des parures fabuleuses ...





Les temps forts de la création du Maitre joaillier-verrier sont d'abord l'Exposition Universelle de Paris de 1920 puis l'Exposition Internationale d'Arts Décoratifs et des Industries Modernes de 1925.

Sa carrière est celle d'un merveilleux créateur, puis celle d'un industriel qui se consacrera uniquement au verre.

René Lalique s'est révélé comme l'un des plus grands de son temps, que ce soit comme bijoutier-joaillier ou Maître verrier.


Il aura marqué les périodes de l'Art Nouveau et de l'Art Déco par son style unique et reconnaissable.

Voir ici un film consacré à l'oeuvre de René Lalique.

vendredi 24 mars 2023

Opéra : Une formidable Tosca au Festspielhaus de Baden-Baden

 

Nous avons pu visionner hier une formidable interprétation du célébrissime opéra Tosca de Puccini, retransmise sur la chaîne musicale Medici, depuis le Festspielhaus de Baden-Baden (produit en 2017).


Le Festspielhaus de Baden-Baden



Formidable de par les interprétations exceptionnelles de Kristine Opolais, dans le rôle titre, de Marcelo Alvarez (Mario Cavaradossi) et de Marco Vratogna (Scarpia).

Kristine Opolais (Tosca)
et Marcelo Alvarez (Cavaradossi)

Marco Vratogna (Scarpia)

Formidable de par la puissance musicale de l'illustre Berliner Philarmoniker sous la direction de Sir Simon Rattle.

Et les choeurs, splendides : le Philharmonia Chor Wien (Walter Zeh) et le Cantus Juvenum Karlsruhe (Anette Schneider).

Sir Simon Rattle

Le tout dans une mise en scène originale et inventive de Philipp Himmelmann, qui nous dépayse avec bonheur, loin des reconstitutions pseudo historiques du bureau de Scarpia et du Château Saint-Ange, malgré quelques détails mineurs sur lesquels nous passons bien vite eu égard à la qualité des interprètes et de l'orchestre (Les queues de cheval de Scarpia et de ses sbires, le pistolet pour assassiner Cavaradossi, la vidéo, l'ordinateur, concessions au goût du temps)


J'ai pris un grand plaisir à revoir l'immense chef d'oeuvre de Puccini, que j'ai vu, en live ou en replay, un nombre incalculable de fois, avec un casting cinq étoiles dominé par la talentueuse Kristine Opolais, spécialiste de ce répertoire.







Kristine Opolais est une chanteuse lyrique lettone spécialisée dans le répertoire puccinien. Sa voix lumineuse, flexible, lui permet un répertoire étendu. Alliée à ses dons d'actrice, elle est acclamée dans le monde entier.

Kristine Opolais

Voir ici ma note du 4 Avril 2016 sur l'interprétation éblouissante de Kristine Opolais dans un autre rôle puccinien : "Madame Butterfly".

Marcelo Alvarez est un ténor argentin qui mène une carrière internationale de haut niveau depuis les années 1990.

Marcelo Alvarez

Voir ici ma note du 20 décembre 2012 sur l'interprétation subtile et poignante d'Alvarez dans "Un bal masqué" de Verdi.

J'ai découvert à cette occasion le baryton Marco Vratogna, à la voix puissante et expressive, tout à fait à son aise dans le rôle exigeant de Scarpia.

Marco Vratogna

Voir ici un extrait de cette splendide version de Tosca.

mardi 21 février 2023

A Colmar, Gaëlle Chotard : "Dérives et Surgissements"

 

A Colmar, à l'Espace d'Art Contemporain André Malraux, se tient, du 21 Janvier au 12 Mars 2013, une exposition des oeuvres et créations de Gaëlle Chotard, intitulée " Dérives et Surgissements".

Gaëlle Chotard

Nous pouvons admirer des formes métalliques patiemment tissées par l'artiste, à la fois organiques, sensuelles, voire inquiétantes.



Ces formes s'étirent dans toutes les directions et certaines sont fichées méticuleusement dans les murs de la salle d'exposition.



Gaëlle Chotard joue avec la lumière et les ombres, offre à notre regard des effets de texture et de profondeur.



Le résultat de ces créations est plutôt déconcertant, et l'utilisation de fils métalliques tissés, et de cordes de piano produit des oeuvres à la fois simples et complexes, fragiles et résistantes.


Ces étranges sculptures s'enroulent dans l'espace de manière fluide, entre tensions et relâchements.

On ne peut s'empêcher d'y voir des allusions à la fois à des univers organiques microscopiques et à des nébuleuses géantes.



Cet équilibre dans les créations de Gaëlle Chotard est précaire et vertigineux : entre l'interne et l'externe, entre conscient et inconscient ou encore entre folie et méthode.


L'artiste, née en 1973 à Montpellier, vit et travaille à Paris.

Voir ici pour un aperçu d'autres oeuvres.

vendredi 17 février 2023

Opéra : ce que pense l'Intelligence Artificielle "Chat GPT" d'Elektra de Strauss et Patrice Chéreau donné au Met !?

 Voici ce que répond Chat GPT, le logiciel d'Intelligence artificielle une seconde après lui avoir posé la question de savoir quelle était son analyse de l'Elektra de Strauss et Patrice Chéreau donné au Met à New York...Il fallait bien tenter l'expérience !



L'opéra "Elektra" de Strauss mis en scène par Patrice Chéreau au Metropolitan Opera de New York est une production remarquable et puissante qui a conquis les critiques et le public.

La mise en scène de Chéreau est sombre, intense et dramatique, mettant l'accent sur l'aspect psychologique des personnages plutôt que sur des éléments de décor spectaculaires. Les costumes, également conçus par Chéreau, sont simples et élégants, reflétant l'atmosphère de deuil et de tragédie qui règne dans l'opéra.

Les performances vocales sont exceptionnelles, avec une distribution de premier plan dirigée par la soprano allemande Nina Stemme, qui incarne une Elektra tourmentée et déterminée avec une intensité vocale et émotionnelle remarquable. Les autres membres de la distribution, notamment Adrianne Pieczonka en Chrysothémis, Waltraud Meier en Clytemnestre et Eric Owens en Oreste, offrent des performances tout aussi impressionnantes.

La direction musicale de Esa-Pekka Salonen est à la fois subtile et intense, mettant en valeur les nuances de la partition de Strauss et soutenant parfaitement les performances des chanteurs.

Dans l'ensemble, cette production d'"Elektra" est une expérience théâtrale et musicale captivante et émouvante, qui restera sans aucun doute dans les mémoires des spectateurs.


... Réponse non retouchée! ...

Opéra : Elektra de Richard Strauss et Patrice Chéreau au MET

 

Nous avons pu (enfin) visionner la retransmission d'Elektra de Richard Strauss (ici), enregistré le 30 Avril 2016 au MET à New-York et diffusé sur Mezzo Live le 5 Février 2023.

Richard Strauss
1864-1949

J'ai été encouragé en cela par la belle note de mon ami blogueur JCMemo : voir ici.

Elektra sera également diffusé sur Mezzo Live (pour les horaires raisonnables) les  2, 3 et 18 Mars.

Elektra a été créé en 2013 au Festival d'Aix en Provence par Patrice Chéreau, 3 mois avant sa mort et repris en 2016 au MET.

La mise en scène de Patrice Chéreau (ici) est l'éblouissant testament esthétique d'un visionnaire.

Patrice Chéreau
1944-2013

Chéreau savait que l'opéra peut être le lieu d'une rencontre miraculeuse entre le théâtre et la musique quand leurs forces sont associées à parts et niveaux égaux et que le résultat est davantage que l'addition de l'excellence de ses parties, et c'est le cas ici, absolument!

Electre (Nina Stemm )

J'avoue avoir été à priori plutôt rebuté par le thème sombre et volcanique développé par Richard Strauss dans son Elektra (1906-1908), à partir du livret de l'écrivain autrichien Hugo von Hofmannsthal: ici.

Hugo von Hofmannstahl
1874-1929

Le sombre et antique sujet en est le suivant : 

"De retour chez lui après la Guerre de Troie, Agamemnon, roi de Mycènes et d'Argos, est assassiné par son épouse Clytemnestre et l'amant de celle-ci Egisthe.

Sa fille Electre, inconsolable, réclame justice, , suspendue à l'espoir du retour d'Oreste, son frère, le bras armé de sa vengeance."

Electre (Nina Stemme) et
Clytemnestre (Waltraud Meier)

Mais je me suis laissé entraîner par le déroulement fascinant et terrible de ce drame antique, mis en valeur par le décor dépouillé de Richard Peduzzi.

Electre (Nina Stemm)

Et surtout, les personnages ont acquis, sous le regard sensible de Patrice Chéreau, une profondeur dramatique exceptionnelle.

Chéreau disait de cet opéra "qu'on pouvait y lire comme la description des ravages d'une fidélité mortifère et l'aile noire de la dépression".

Il a livré de cet opéra une lecture crépusculaire d'une force, d'une violence, d'une justesse et d'une beauté exceptionnelles.

Nina Stemm, dans le rôle titre, est absolument extraordinaire.



Waltraud Meier (Mezzo-soprano) interprète avec brio et charisme une Clytemnestre, qui, selon elle "n'est pas une folle, mais une femme qui accepte son destin".

Eric Owens (basse), que j'étais "habitué" à admirer dans des rôles wagnériens et dans "Porgy and Bess", apporte, par son retour tant attendu par Electre, la touche finale terrifiante à cette (très sombre) histoire de famille.

Electre (Nina Stemm)
et Oreste (Eric Owens)

Après ce spectacle fascinant, on ne peut que rester bouleversé par ce drame crépusculaire et terrifiant, porté par des interprètes exceptionnels et surtout par la mise en scène éblouissante de Patrice Chéreau.

Le chef finlandais Esa-Pekka Salonen dirige l'orchestre et les choeurs du MET de façon magistrale.

Esa-Pekka Salonen

Ecouter Nina Stemm ici.

Ecouter ici Patrice Chéreau parler de son Elektra au Festival d'Aix en Provence 2013.

lundi 6 février 2023

Opéra : Gregory Kunde dans un Fidelio à la portée politique actuelle

 

Opéra unique de Beethoven, Fidelio fut pour lui un manifeste humain autant que musical. Il fut créé à Vienne le 23 mai 1814.

Héritier des Lumières et de la Révolution française, le musicien a mis tout son coeur dans cet hymne au courage et à la liberté face à la tyrannie : ici.

Ludwig van Beethoven
1770-1827

Puissant, passionné, Fidelio est un hymne à l'humanité, sombre et en même temps optimiste et lumineux.

C'est ce chef-d'oeuvre majeur du répertoire lyrique que nous a offert l'Opéra de Nice les 20, 22, 24 et 26 Janvier dernier, dans une mise en scène moderne, prenante et puissante : l'action se déroule dans une prison américaine du XX° siècle.

Le très grand ténor américain Gregory Kunde (qui est également un chef d'orchestre renommé) y incarne  Florestan qui, retenu prisonnier par l'arbitraire, est le symbole de la lutte contre toutes les tyrannies politiques.

Gregory Kunde
Florestan

Gregory Kunde développe d'emblée son extraordinaire voix de ténor : ici.

Ses appuis vocaux forgés dans de grands rôles lyriques se prêtent entièrement au rôle exigeant de Florestan.

Il est aux côtés de la merveilleuse soprano Angélique Boudeville (ici), dans le rôle titre; elle incarne Leonore, qui, déguisée en homme (Fidelio) se fait embaucher à la prison pour tenter de le sauver.

Angélique Boudeville
Fidelio/Leonore

Gregory Kunde et Angélique Boudeville

La dimension artistique est renforcée, avec des caméras visibles sur le plateau, qui retransmettent des images sur 7 écrans mobiles.


L'action se déroule dans un environnement carcéral américain avec le bruit d'ouverture des cellules, des détenus en balade, des gardiens de prison, des grilles,...

La direction musicale de Marko Letonja est absolument magnifique. La mise en scène est de Cyril Teste  et Céline Gaudier : un très grand bravo! Cet opéra, dans cette mise en scène, a été donné à l'Opéra Comique en 2021.

Cette oeuvre exceptionnelle du début du XIX° siècle, transposée à notre époque, questionne toujours avec autant d'acuité le courage et l'amour face à l'arbitraire de la tyrannie.

Voir ici le teaser de cet opéra.

Nous avons assisté peu de temps après, toujours à l'Opéra de Nice, le 28 janvier, à un concert symphonique de musique américaine et de morceaux d'opéra italien, dirigé par Gregory Kunde, qui, en bis, nous a donné sa magnifique interprétation de "Nessun dorma". Voir ici.