vendredi 29 mai 2020

A la découverte des trésors du Grand Ried, à Huttenheim



Profitant de notre liberté enfin retrouvée, ainsi que d'une météo favorable, nous poursuivons notre exploration des trésors du Grand Ried alsacien (Voir ma note précédente ici).

Cette fois ci, nous partons du village historique d'Huttenheim, situé au bord de l'Ill, au NE de Sélestat, dans le Bas-Rhin.

Les bords de l'Ill à Huttenheim
Huttenheim, au centre de cette carte,
à côté de Benfeld
Huttenheim est situé non loin de la Voie Romaine dénommée "la route des païens".

Ses origines remontent au VII° siècle et en 1257, le village est devenu la propriété de l'Abbaye voisine d'Ebersmunster, dont j'aurai l'occasion de reparler ici.

La magnifique Abbatiale d'Ebersmunster
qui vaut absolument le détour !
Splendeur baroque !

Voir ici l'histoire passionnante d'Huttenheim.

Blason d'Huttenheim

La boucle de notre randonnée (15 km, 4h) nous fait donc partir d'Huttenheim, traverser plaines inondables et forêts de toute beauté, pour rejoindre Kogenheim, puis Sermersheim et finalement revenir à notre point de départ. (Balisage rond rouge).

Nous traversons la Buett (mare phréatique, à sec actuellement), longeons le Neugraben (Le nouveau fossé) où abondent l'aulne et la menthe aquatique.

Au passage, beau spectacle de vols de cigognes, attirées par la faune et les batraciens du Ried!



Nous arrivons enfin au Rustloch (La mare du "trou aux ormes"), protégée par un arrêté départemental de protection du biotope, lié à la présence d'une étonnante plante carnivore aquatique, l'utriculaire. Voir ici.

Le Rustloch



Utriculaire
Notre circuit nous permet de longer l'Erlenbruch (Marais aux aulnes), ainsi qu'une belle gravière  au sein d'un bosquet d'arbres.

Gravière

La forêt dans laquelle nous pénétrons alors est riche et diversifiée : chênes pédonculés, noisetiers, frênes, charmes, aubépines, clématites, houblon sauvage,...et ses habitants sont peu farouches ...


Puis c'est le village de Kogenheim, dont le nom est dérivé de celui d'un maillet, appelé "Kogen", que les calfats utilisaient pour étanchéifier leurs embarcations.

Blason de Kogenheim
L'église St-Léger de Kogenheim est classée Monument Historique.

St-Léger
date de 1746 et restaurée par la suite

Et, contigu, le village de Sermersheim, connu pour ses nombreux séchoirs à tabac.

Blason de Sermersheim

L'un des séchoirs à tabac de Sermersheim
Voir ici un reportage sur l'histoire de la culture du tabac à Sermersheim (en alsacien, mais sous-titré!)

Puis notre randonnée se poursuit le long d'une petite digue bordée de robiniers (faux acacias), et nous retrouvons Huttenheim.

A Huttenheim, à ne pas manquer, la chapelle gothique Notre-Dame du Grassweg (XV° siècle), monument historique, remarquable pour sa statue de la Vierge à l'Enfant ...

XV° siècle
... et ses fresques (XIV° - XV° siècles).

Le mariage de la Vierge

Jésus parmi les Docteurs

Encore un très beau circuit, lors duquel nature et culture nous ont offert leurs trésors, les Trésors du Grand Ried!

dimanche 24 mai 2020

Hommage à Mory Kanté, icône de la culture africaine


Le célèbre chanteur et musicien guinéen Mory Kanté est décédé le 22 mai à l'âge de 70 ans à Conakry. 
Voir ici.

Mory Kanté à la kora
1950-2020

Il était surnommé le "griot électrique"et avait contribué à populariser la musique africaine et guinéenne à travers le monde, et en particulier le "funk mandingue".

C'est surtout son tube "yéké yéké", avec sa voix haut perchée, qui lui a valu la consécration internationale.

Ce titre, paru en 1987 dans l'album Akwaba Beach a fait danser la planète entière : écouter ici!


C'est en plein pays mandingue, dans un petit village du sud de la Guinée que nait Mory Kanté, le cadet de ... 38 frères et soeurs.

La famille Kanté est une célèbre famille de griots, de poètes, de chanteurs et de conteurs. 
Les parents de Mory sont tous les deux griots, fonction héréditaire, et le destin de l'enfant était tout tracé.

Il apprend la kora et transgresse ainsi une tradition familiale qui veut que le balafon soit l'instrument noble.

En 1977 il entreprend à titre personnel une tournée des grands sites historiques de l'Empire Mandingue ou cours de laquelle il rencontre les grands maîtres de la tradition et parfait ainsi son rôle de griot.

Il enregistre son premier disque en 1981 à Los Angeles.

Menant une carrière internationale exceptionnelle, Mory Kanté devient rapidement le musicien africain le plus connu et le plus vendu à travers le monde.

Tout comme Salif Keita, le griot guinéen souhaite utiliser son nom et ses moyens financiers pour aider ses compatriotes, et en particulier les plus jeunes.

En 2001 après un long silence, il sort Tamala (Le Voyageur).
En 2004 sort son album Sabu.
En 2012 sort son dernier album La Guinéenne.


A l'annonce de son décès, le Président guinéen, Alpha Condé,  déclare : "La culture africaine est en deuil."

Le Président sénégalais Macky Sall estime que "l'Afrique vient de perdre l'un de ses dignes fils".



Ecoutez ici La Guinéenne.
Ecoutez ici Tamala.
Ecoutez ici Bankiero.

vendredi 22 mai 2020

Randonnée dans un Royaume enchanteur : le Grand Ried d'Alsace


Entre Strasbourg et Colmar, bordés par l'Ill et le Rhin s'étendent des paysages de prairies inondables et de forêts remarquables: c'est l'Alsace coté Nature!

Le Grand Ried d'Alsace, une région pleine d'inattendus et de surprises,  est parcouru par un réseau très dense de cours d'eau et de rivières phréatiques (les Brunnenwasser) où s'épanouissent une flore et une faune remarquables tant par leur diversité que par leur rareté : nous avons ici un écosystème exceptionnel.

Cette zone sert de régulateur lors des crues de l'Ill et de ses affluents.
En effet, l'Ill vers lequel convergent tous les cours d'eau en provenance de la montagne, provoque parfois des inondations du fait que la nappe phréatique d'Alsace est très proche de la surface.

Le terme "Ried" vient de l'alémanique "Rieth", "jonc", ou "roseau".


Nous nous trouvons bien en Alsace, loin de la route des vins, des châteaux forts et des sommets des Vosges, dans des paysages peu connus des touristes, mais bien fréquentés par les locaux, qui s'y promènent à pied, en barques à fond plat ou en canoë.

grandried.fr

En effet, les eaux peu profondes et claires, où affleure la nappe phréatique sont propices à toutes sortes d'activités



Voir ici ma note de 2010 : "L'Alsace en canoë".

Tout près de la ville humaniste de Sélestat, dans la zone du Grand Ried, se trouve l'Illwald, une zone classée Réserve naturelle sur 2000 ha où les castors et les daims ont établi leur foyer.


Mais tout d'abord, ne manquez pas la visite de la belle ville de Sélestat (ici), la 3° ville d'Alsace pour sa richesse patrimoniale, après Strasbourg et Colmar, et de l'extraordinaire Bibliothèque Humaniste (ici), l'un des trois trésors alsaciens (avec la Cathédrale de Strasbourg, et le Retable d'Issenheim de Colmar).

Sélestat

La Bibliothèque Humaniste : 450 manuscrits de grande valeur,
530 incunables, le Lectionnaire mérovingien du VII° siècle,
le plus ancien ouvrage conservé en Alsace.

Hier, par une magnifique journée chaude et ensoleillée, et pour l'une de nos premières sorties en pleine nature d'après confinement, nous avons fait le tour de la Forêt de l'Illwald en 3h15 et 10km, un petit exploit après l'absence totale d'exercice récent...

Avant de pénétrer dans l'Illwald, un coup d'oeil
sur le Château du Haut-Koenigsbourg, au loin.





Lors de notre randonnée, nous traversons des cours d'eau tels que la Krummlach, le Forstlach, le Rheinweg, le Schiffwasser.




Des ruches.
Quelques coupes d'arbres

Nous traversons l'Oberriedgraben, la rivière phréatique qui traverse l'Illwald, sur deux ponts suspendus.


On peut observer, dans la Forêt de l'Illwald des hardes de daims.
Voir ici, .
On peut aller écouter le raire du daim vers octobre/novembre, avec des guides naturalistes du Museum d'Histoire Naturelle de Colmar : ici.

Ecoutez le raire du daim dans l'Illwald ici !

C'est d'ailleurs la seule harde de daims sauvages de France.

Les daims de l'Illwald, 430 individus recensés,
que nous n'avons pas eu la chance de pouvoir observer...

... mais nous avons vu des traces fraîches,
c'est déjà ça!

En résumé, cette belle boucle nous a permis de découvrir un échantillon représentatif des paysages et habitats de l'Illwald : prairies humides entrecoupées de haies et de roseaux, forêt alluviale comptant pas moins de 28 essences d'arbres (frêne, chêne, aulne, ...), un réseau dense et varié de rivières phréatiques, une nappe phréatique affleurante, des roselières, bref, l'omniprésence de l'eau.



dimanche 10 mai 2020

A la découverte d'Arvo Pärt, compositeur estonien extraordinaire


Arvo Pärt, né le 11 septembre 1935 en Estonie (Alors RSS d'Estonie) est un compositeur exceptionnel, créateur de musique classique, de musique religieuse et de musique contemporaine.


Adolescent, il se passionne pour la musique symphonique qu'il écoute sur les programmes de la Radio Finlandaise, captée dans le nord de l'Estonie.

Il pratique le piano et le hautbois dans l'orchestre de son école, et improvise des compositions dès 14 ans.

Il étudie la théorie musicale, la composition, le piano, l'analyse et la musique populaire.

Après son service militaire, il étudie à l'école de musique de Tallin et assimile facilement la musique classique et se passionne en secret pour le dodécaphonisme et la musique sérielle ; un de ses compagnons déclare qu'il était tellement doué pour la composition qu'il lui suffisait de secouer sa manche et des notes en tombaient.

En 1962, une de ses compositions écrite pour choeur d'enfant et orchestre "Notre Jardin" le fera connaitre dans toute l'Union Soviétique et lui permet de remporter le premier prix des Jeunes Compositeurs d'URSS.


En 1968, en proie à une crise créatrice, et suite à la censure par le régime communiste de son oeuvre Credo, (Ecoutez ici) il renonce à la composition pendant une dizaine d'année et se consacre à l'étude du plain-chant grégorien et à celle des compositeurs médiévaux français et flamands : Guillaume de Machaut, Ockegem, Obrecht et Josquin des Près.

Il écrit alors la Symphonie N° 3 : écoutez ici.

Sa petite pièce pour piano, Für Alina (Ecoutez ici) est vite devenue célèbre.

En 1980, il part pour Vienne où il obtient la nationalité autrichienne, puis pour Berlin-Ouest. Il vit désormais à nouveau en Estonie.

Son succès ne s'est jamais démenti dans tout l'Occident et en particulier aux USA : il est devenu en 1996 membre de l"Académie Américaine des Arts et des Lettres.

Il est le créateur d'une musique épurée d'inspiration profondément religieuse (Il est de confession orthodoxe).

Les chants orthodoxes et grégoriens ont influencé son style, mêlés à des influences postmodernes, ce qu'il appelle lui-même le "style tintinnabuli" : le résultat est tout à la fois magnifique et surprenant.


A noter, dans ce nouveau style trois de ses pièces les plus importantes et reconnues : Fratres (ici), Cantus in Memoriam Benjamen Britten (ici), et Tabula Rasa (ici).

Ecoutez ici le Stabat Mater.
Et ici Spiegel im Spiegel.

Arvo Pärt est l'un des compositeurs vivants de musique classique le plus joué dans le monde;.

L'Estonie a inauguré un Centre dédié à l'oeuvre et la musique d'Arvo Pärt.

Un bâtiment futuriste dans un paysage bucolique
oeuvre de l'architecte espagnol Enrique Sobejano
inspiré de la musique "minimaliste" de Pärt.
Salle de Concert du Centre Arvo Pärt
en Estonie

vendredi 8 mai 2020

Les Irlandais aident les Amérindiens touchés par la pandémie de Covid-19



Un acte de solidarité particulièrement émouvant, au delà des distances et des années : les Irlandais lèvent des fonds pour aider deux nations amérindiennes touchées de plein fouet par la pandémie : les Navajos et les Hopis.

Cette histoire actuelle et ancienne me touche car nous avons rencontré de près les Navajos et les Hopis lors de nos séjours récents en Arizona, au Nouveau-Mexique et en Utah.

Mais tout d'abord, qu'en est-il : ces nations amérindiennes ont  déjà payé un lourd tribut à l'épidémie de Covid-19 avec près de 3000 cas et plus de 70 morts à la date du 4 mai 2020.

Les Navajos touchés de plein fouet

Des Navajos font la queue au volant de leurs véhicules pour accéder à un centre
de santé près de Monument Valley pendant la pandémie.

Les nations amérindiennes citées, mais également d'autres, en particulier les Sioux du Dakota du Sud, subissent douloureusement la crise du Covid-19.


Ils sont bien plus démunis et vulnérables que les autres citoyens des Etats-Unis : ils n'ont que peu d'infrastructures médicales, souvent pas d'eau courante, pas de savons pour se laver les mains,...

Les responsables des nations placent des panneaux sur le bord des routes menant aux réserves demandant aux visiteurs de ne pas s'arrêter.


Certaines tribus ont instauré un couvre-feu et commencent à placer leurs territoires en quarantaine.

La pandémie a réveillé chez les Amérindiens le souvenir douloureux de la colonisation européenne et des maladies infectieuses qui ont décimé leurs ancêtres.

La Nation Navajo
La Nation Hopi, enclavée
au coeur de la Nation Navajo

Nombre d'Amérindiens, contraints de vivre d'allocations et de bons alimentaires accumulent les facteurs de risque : alcool, obésité, diabète, problèmes cardiaques, pulmonaires, asthme, manque de logements (20 à 30 personnes sous le même toit),...

Voir ici la carte des contaminations (Navajo Department of Health).

La nation Navajo a le même taux de contamination que New-York sans infrastructures de santé.

"Nous sommes les premiers citoyens de ce pays, mais nous avons été oubliés.

Ici même, au milieu de la première puissance mondiale, nos citoyens n'ont pas le luxe de pouvoir ouvrir un robinet pour se laver les mains avec de l'eau et du savon. 
30% de nos citoyens doivent aller chercher l'eau à 30 ou 40 km!"a déclaré à l'AFP Jonathan Nez, président de la Nation Navajo, qui a ordonné le confinement début avril.

Jonathan Nez
Président de la Nation Navajo

Le Congrès vient juste de voter un budget de 8 milliards de dollars pour aider les nations amérindiennes, mais qu'en faire, compte tenu de la pénurie mondiale d'équipements et de personnels?

Mais venons en aux Irlandais : lors de la Grande Famine de 1845, la Nation Choctaw a envoyé des fonds pour aider les familles irlandaises en très grande difficulté, et les Irlandais lèvent à leur tour des fonds pour aider les Nations amérindiennes.

La Grande Famine a été une famine majeure et une catastrophe de grande ampleur en Irlande entre 1845 et 1852.

La Grande Famine de 1845 en Irlande


Cette Grande Famine fut en partie le résultat de cinquante années d'interactions désastreuses entre la politique économique impériale britannique, des méthodes agricoles inappropriées et l'apparition du mildiou sur l'île qui a anéanti intégralement les cultures de pomme de terre qui constituaient la nourriture de base de la plus grande partie de la population. Voir ici.

Une sculpture installée dans le Comté de Cork, en Irlande, commémore toujours cet acte de générosité de la part d'une tribu elle-même pauvre, et les liens entre les Amérindiens et les Irlandais qui n'ont depuis cessé de se consolider.

Monument à Middleton, Comté de Cork

Aujourd'hui, des centaines d'Irlandais rendent la pareille en faisant des dons pour venir en aide aux Navajos et aux Hopis. Voir ici.

2 millions de dollars de dons vont aider à fournir de l'eau courante, de la nourriture, des médicaments

Distribution d'aide alimentaire aux familles Navajo
au Nouveau-Mexique

"Je savais ce que les amérindiens avaient fait pour nous, les Irlandais, lorsque nous subissions cet épisode de famine. 
J'ai toujours été frappé par leur gentillesse et leur générosité, et je vois que le peuple irlandais le ressent aussi. 
Il me semblait que le moment était venu de les payer en retour." (Un donateur irlandais)

"Nous ne sommes absolument pas surpris d'apprendre le geste de nos amis très spéciaux, les Irlandais, et l'assistance qu'ils ont apporté aux Navajos et aux Hopis.
Nous avons en effet des liens spirituels avec les Irlandais, qui datent de la Grande Famine.
Nous espérons que les Irlandais, les Hopis et les Navajos vont développer des liens d'amitié aussi solides que ceux que nous avons entre nous." (Garry Batton, chef de la Nation Chocktaw).

Garry Batton
Chef de la Nation Chocktaw

dimanche 3 mai 2020

Jussi Björling, le Caruso suédois


Jussi Björling est l'un des plus grands ténors du XX° siècle, sinon le plus grand.

1911-1960

Né le 5 février 1911 en Suède, il a appris le chant avec son père, qui a également formé ses deux frères. Voir ici.

Il a fait ses débuts en public avec eux à l'âge de cinq ans avec sa famille, dans le cadre du "Björling Male Quartet".

Leur groupe s'est produit en Suède et aux USA pendant 11 ans.

Jussi Björling a fait ses débuts à l'Opéra de Stockholm en 1930 et a débuté au Carnegie Hall en 1937.

Il s'est produit au Met de 1938 à 1950 et a vite acquis sa réputation de Caruso suédois: il est rapidement devenu une véritable icône.



Après 30 années de carrière au plus haut sommet, le 15 Mars 1960, il est victime d'une crise cardiaque en pleine représentation, à Londres.

Il mourra 6 mois plus tard, à 49 ans.

Le répertoire de Björling comprenait le répertoire français aussi bien que les opéras de Leoncavallo et Mascagni, mais sa carrière a été fulgurante dans les oeuvres de Puccini et de Verdi.

Voici ici quelques grands classiques qui donnent la chair de poule : absolument extraordinaire!!

Ecoutez ici E Lucevan le Stelle (Tosca, Puccini)
Ecoutez ici Bella figlia del amore (Le duc, Rigoletto, Verdi)
Ecoutez ici Nessun Dorma (Turandot, Puccini)
Ecoutez ici Una Furtiva Lagrima (L'elizir d'amore, Donizetti)
Ecoutez ici Che gelida manina (La Bohème, Puccini, avec Victoria de Los Angeles)


vendredi 1 mai 2020

Carrickfergus : la nostalgie irlandaise à l'état pur


La magnifique chanson irlandaise Carrickfergus représente la quintessence de la nostalgie.

C'est l'une des complaintes irlandaises les plus connues pour "the auld country", le vieux pays.

Château de Carrickfergus

C'est la chanson plus triste de toute l'histoire de la chanson, le rugissement d'un gars qui a perdu sa famille et qui aimerait retourner dans son pays natal.

Cet homme âgé en exil se souvient de son pays bien aimé et se lamente en un cri déchirant.

Carrickfergus est l'une des chansons populaires de la diaspora irlandaise qui évoque avec émotion le pays que lui-même (ou ses ancêtres) a quitté.

La distance d'avec cette terre semble désormais insurmontable : là-bas sont la famille, les amis et peut-être une femme aimée.

Paysage d'Irlande

Cette chanson est extrêmement populaire auprès des Irlandais qui ont émigré en Amérique.

Ce chant nostalgique évoque la ville de Carrickfergus, au Nord-Est de l'Irlande (La plus vieille ville du Comté d'Antrim, Ulster) : voir ici.

Mais on y évoque aussi la ville de Kilkenny, en République d'Irlande, mais cela n'a pas d'importance, finalement.

Cette ville abrite un château du XII° siècle, l'un des châteaux normands les mieux conservés d'Irlande.

Château de Carrickfergus

La chanson ne dit pas où est le chanteur : il pourrait être à Melbourne, Montreal, Manchester ou Manhattan : pour ainsi dire, c'est le chant de tous les exilés irlandais, le chant qui les relie tous entre eux.

Ce dont on peut être sur, c'est que l'homme, assis quelque part, pleure et noie son chagrin dans l'alcool.

Il y a ces paroles géniales :

For I'm drunk today, and I'm seldom sober.
(Je suis ivre aujourd'hui et je suis rarement sobre)

Il se lamente car il est loin de chez lui et voudrait encore une fois revoir sa terre natale, mais il est vieux, et sent qu'il va mourir, malheureux, en exil. Fin de l'histoire.

Paysage d'Irlande

On dit que "Carrickfergus" remonte à un vieux chant en irlandais (Do bhi bean uasal : There was a Noble Woman) écrit par un certain Cathal Bui Mac Giolla Ghunna, mort en 1745). Voir ici.

I wish I was in Carrickfergus,
Only for nights in Ballygrant
I would swim over the deepest ocean,
For my love to find
But the sea is wide and I cannot cross over
And neither have I the wings to fly
I wish I could meet a handsome boatsman
To ferry me over, to my love and die.
My childhood days bring back sad reflections
Of happy times I spent so long ago,
My boyhood friends and my own relations
Have all passed on now like melting snow.
But I'll spend my days in endless roaming,
Soft is the grass, my bed is free.
Ah, to be back now in Carrickfergus,
On that long road down to the sea.
But in Kilkenny, it is reported,
On marble stones there as black as ink
With gold and silver I would support her,
But I'll sing no more 'till I get a drink.
For I'm drunk today, and I'm seldom sober,
A handsome rover from town to town,
Ah, but I'm sick now, my days are numbered,
Come all you young men and lay me down.
Cette chanson a été interprétée par un nombre incalculable d'artistes : Van Morrison and the Chieftains, Joan Baez, The Dubliners, etc,... et même par le grand chanteur d'opéra Bryn Terfel.

Van Morrison and the Chieftains

Ecoutez ici Van Morrison and the Chieftains.
Ecoutez ici Jim Mc Cann and The Dubliners.
Ecoutez ici Joan Baez.
Ecoutez ici Bryn Terfel.

La communauté irlandaise est très importante et influente aux USA, en particulier à New-York et à Chicago.

Dans ces villes on fête la St Patrick et le Blooms Day (En l'honneur de  James Joyce).
Voir ici.

Carrickfergus a été interprété lors des obsèque du Président Kennedy, assassiné en 1963, qui était d'origine irlandaise et catholique.