L'Ecole des Arts Joailliers, en partenariat avec le Museum d'Histoire Naturelle, présente actuellement, et jusqu'au 29 mars 2026, une magnifique rétrospective dédiée à la collection du grand écrivain français du XX° siècle Roger Caillois (ici).
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| Roger Caillois (1913-1978) |
Roger Caillois a collectionné les pierres avec passion et érudition pendant plus de vingt-cinq ans.
Sa passion a donné naissance à une écriture d'une poésie rare : dès 1959 il publie des essais inspirés par sa collection de "pierres à images", en particulier le petit et magnifique livre intitulé "Pierres", que j'ai découvert en 1979.
"Je parle des pierres qui ont toujours couché dehors ou qui dorment dans leur gîte et la nuit des filons.
Elles n'intéressent ni l'archéologue ni l'artiste, ni le diamentaire...elles sont du début de la planète, parfois venues d'une autre étoile...elles sont d'avant l'homme...
...je parle des pierres plus âgées que la vie et qui demeurent après elle sur les planètes refroidies...
...je parle des pierres qui n'ont rien à faire que de laisser glisser sur leur surface le sable, l'averse ou le ressac, la tempête, le temps.
Je parle des pierres nues, fascination et gloire, où se dissimule et en même temps se livre un mystère plus lent, plus vaste et plus grave que le destin d'une espèce passagère."
Se détournant de l'art contemporain qui singe à ses yeux les processus naturels, Caillois préfère s'en remettre aux "mystérieuses et lentes démarches de la géologie" : la nature est peintre !
Caillois est partagé entre la rigueur de l'approche scientifique et les séductions de l'approche mythique.
Convaincu que l'univers est soumis à un nombre de lois fini, que l'on retrouve dans toute la nature, le poète associe les anomalies de la pierre à autant de "blessures" et de "cicatrices" (les minéralogistes parlent alors de dissolution-recristallisation).
J'apprécie tout particulièrement les dendrites.
"Prisonnières du grès, les arborescences du manganèse y étalent leurs dentelles de feuillage, leurs chevelures de neurones. Sur les larges plaques du grès, leurs couleurs varient du rouge brique au noir, en passant par les différentes nuances de l'ocre.
Elles se déploient en larges buissons a demi desséchés par le soleil. Chaque brindille se détache et se ramifie avec une prestigieuse netteté.
Parfois elles atteignent l'ampleur des hautes palmes que les gorgonies dressent au fond des lagons dans les mers chaudes, comme de grandes mains ouvertes ou comme des lambeaux de filets qu'un lest empêcherait de remonter".
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| Collection personnelle |
"Pourtant les dendrites ne furent jamais vivantes. Jamais la moindre sève n'irrigua leur dentelles ramifiées".
Caillois est fasciné par la symétrie et l'asymétrie qui règnent dans le minéral. D'un côté, des cristaux aux symétries figées dans des rigueurs implacables; de l'autre, des calcédoines aux formes imprévisibles, qui semblent échapper à toute logique.
A travers de plus de 200 spécimens issus de sa collection, dont de nombreuses pièces qui sont montrées pour la première fois, le parcours révèle la richesse de la pensée de l'écrivain, en faisant dialoguer les pierres et ses écrits.
Cette magnifique exposition "Rêveries de pierres" nous plonge dans la relation intime de Roger Caillois au monde minéral.



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