lundi 9 février 2026

A Gênes : perdu dans les "caruggi" du Centro Storico

 

Avec ses 113 ha de superficie, le Vieux Gênes (Centro Storico) est l'un des centres historiques les plus denses d'Europe.

Le terme "caruggi" désigne un véritable labyrinthe, dans lequel on se perd immédiatement, un  dédale de ruelles, étroites et sinueuses, qui débouchent sur de jolies placettes, pleines de petits commerces, de vie,  d'animation... et de tags.

 

Dans ces caruggi, on retrouve toute l'âme de Gênes : des parfums, des saveurs, des langues et des cultures différentes, un véritable melting-pot et un fascinant voyage dans le temps.

Les noms des caruggi rappellent souvent un passé lié aux activités artisanales et aux corporations, comme via degli Orefici (rue des orfèvres), ou Vico del Ferro (ruelle du Fer).

Décrire les caruggi de Gênes, c'est plonger dans l'âme d'une ville qui a construit son identité sur la verticalité, le commerce maritime et un urbanisme de défense unique au monde.


Cette partie la plus ancienne de la ville se visite uniquement à pied.

Rien de plus agréable que de flâner d'une ruelle à l'autre et d'aller se perdre dans le labyrinthe des caruggi!


Pas besoin de carte : il suffit de savoir que si la ruelle descend, c'est qu'on va vers le port et que si elle monte, c'est qu'on va vers la ville "moderne".


A savoir aussi que les Gênois distinguent la "rive gauche"située à l'est de la Via San Lorenzo, de la "rive droite", à l'ouest de cette artère principale qui fait office de frontière entre les deux parties de la vieille ville.. 

 Via San Lorenzo

La cathédrale San Lorenzo, chef d’œuvre de l'art gothique

Le quartier des caruggi, compte à peu près 22 000 habitants, soit 4% de la population totale de Gênes et la population de ce secteur est plus jeune que celle de la ville entière, avec une forte présence d'immigrés.

Un certain nombre de personnes y vivent sans être officiellement enregistrées, ceci étant lié à des logements non déclarés et à des situations informelles.

 


L'identité des caruggi provient d'un ancrage historique profond hérité de l'urbanisme médiéval et consolidé pendant l'âge d'or de la République de Gênes. 

Leur histoire est indissociable de la topographie génoise : une étroite bande de terre coincée entre la mer et la montagne.

 


Mais de plus, ces ruelles ont été conçues pour être facilement défendables : en cas d'invasion de pirates, la largeur réduite permettait aux habitants de bloquer les passages et de harceler l'ennemi depuis les fenêtres : donc un urbanisme de défense et une nécessité.


 A cela il faut ajouter que cette architecture crée un micro-climat appréciable pour une ville méditerranéenne : l'ombre permanente des bâtiments hauts protège de la chaleur estivale et brise les vents violents venant de la mer. 

 

Seules passent dans les caruggi les mini camionnettes électriques de nettoyage

 A noter également que faute de place au sol, Gênes a grandi vers le haut : les immeubles de six ou sept étages datent parfois du Moyen-Âge, ce qui était une prouesse architecturale pour l'époque.


On trouve aussi à chaque coin de rue les "Edicole Votive", de petites niches religieuses, autrefois éclairées et seules sources de lumière la nuit, pour rassurer les passants dans ce dédale. 


 

L'une des caractéristiques les plus marquante des caruggi est la coexistence immédiate de la vie populaire et de l'extrême richesse.


 

En effet, du milieu de ces ruelles sombres, on débouche soudain sur des places de marbre et des palais somptueux (Les Palazzi dei Rolli) : les familles nobles de Gênes vivaient littéralement au dessus des boutiques de poissonniers ou de forgerons.

On y trouve ègalement des chemins de briques et de pierres qui montent vers les collines ...


... immortalisés par le chanteur local Fabrizio De André qui a fait des caruggi le théâtre de ses récits sur les marginaux et les marins. Voir ici.

Fabrizio De André (1940-1999)
 

En résumé, les caruggi ne sont pas de simples rues, ils sont le système nerveux de Gênes. 

Lorsqu'on s'y promène on est pris par la sensation d'être dans une forteresse habitée depuis mille ans... 

Ecouter ici Fabrizio De André, l'âme des caruggi, en concert. 

Ecouter ici une émission de France Culture qui lui est consacrée. 

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