mardi 9 octobre 2018

En Alsace : Herrade de Landsberg, chanoinesse et géniale encyclopédiste



Samedi dernier, profitant d'un temps printanier exceptionnellement beau et chaud  pour un mois d'octobre, nos pas nous ont menés, lors d'une balade superbe à partir de la jolie ville de Barr (Bas-Rhin, Alsace), au Château de Landsberg.

Barr : Place de l'Hôtel de Ville

A travers un magnifique vignoble (Il s'agit du grand cru Kirchberg) aux couleurs automnales et une belle forêt de feuillus, cette randonnée nous a fait suivre tranquillement des sentiers faciles et enchanteurs : 10km, 4h et 370m de dénivelé.

L'itinéraire est le suivant, en se référant à la carte IGN 3717ET: Barr, Kiosque Muller-Apfel, Kiosque Bellevue, le Château de Landsberg, le Rocher Herrade, la Maison forestière Moenkalb, Bannholz, Barr.

Site "balades en alsace"

Le Château de Landsberg est l'intérêt historique principal de cette randonnée.

Château de Landsberg au XVI° siècle

Il est situé sur le ban de la Commune de Heiligenstein (Célèbre pour un vin unique en Alsace : le Klevener : voir ici).

Vue du Château actuel
Dessin de Christophe Carmona

Ce Château fort a été construit au début du XIII° siècle par Conrad de Landsberg (terminé au XV° siècle), et était destiné à assurer la défense des Abbayes du Mont Sainte-Odile (Abbaye de Hohenbourg, à l'époque), de Niedermunster et d'Andlau.


Le donjon carré, la construction
la plus ancienne

Un remarquable oriel en façade

De belles fenêtres romanes


Les tours de défense



Mais venons en à Herrade de Landsberg, issue, dit-on, de cette noble famille alsacienne des Landsberg : elle aurait vécu dans ce château.

On a commencé à l'appeler "de Landsberg" au XVI° siècle, mais elle n'appartenait peut-être pas à cette famille, allez savoir!

Herrade, donc, est née entre 1125 et 1130 et morte en 1195 à Hohenbourg.

Herrade de Landsberg
Médaillon représentant Herrade,
sur la façade de la Bibliothèque
nationale et universitaire de Strasbourg,
construite par les allemands à la fin du XIX°

Elle était chanoinesse, poète, enlumineuse et encyclopédiste, contemporaine d'une autre femme extraordinaire, Hildegarde de Bingen : ici.

Hildegarde de Bingen
De 1167 à 1195 Herrade de Landsberg fut l'Abbesse du couvent de Hohenbourg (Actuellement Mont Sainte Odile) qui comptait 47 moniales et 7 converses.

Elle devint célèbre en tant qu'auteure et illustratrice de l'Hortus deliciarum (Le Jardin des délices).

C'est certainement l'un des plus célèbres manuscrits alsaciens.

Autoportrait d'Herrade tenant un parchemin
sur lequel est écrit un de ses poèmes
vers 1180

C'était un superbe manuscrit, en fait, une encyclopédie chrétienne rédigée sous sa direction, et c'était la première femme à écrire un tel chef d'oeuvre.

C'était un ouvrage très richement illustré et enluminé (636 illustrations), à vocation pédagogique pour les religieuses qui étaient en charge de l'enseignement des jeunes filles de la noblesse.

Le Mont Sainte Odile selon Herrade

La force des dessins réside dans leur fantaisie, leur créativité, avec une mise en page innovante.
Les habits et tissus représentés y sont particulièrement détaillés.

Histoire de la bretzel...

Malheureusement l'original a été détruit lors du bombardement de la bibliothèque de Strasbourg lors de la guerre de 1870...

Fort heureusement il avait été copié à plus de 80% tant pour le texte que pour les dessins.
Une copie fut réalisée en 1818 et d'autres en 1832 et 1869.

Différents travaux de reconstitution ont été menés en 1979 et 1990.

Judith coupant la tête d'Holopherne

Cet ouvrage contenait de nombreux extraits d'auteurs religieux et profanes, soit près de 1200 textes.

On y trouvait des considérations sur la philosophie, la linguistique et la science de son époque.

Illustration de la Philosophie

Il contenait également des poèmes (plus de 55) accompagnés de notations musicales:



Et  sans oublier La Roue de la Fortune : les plus puissants finissent par tomber!
A méditer par ceux qui nous gouvernent...

La Roue de la Fortune


Herrade de Landsberg : une femme de génie,  qui a réalisé un ouvrage exceptionnel qui, malgré les vicissitudes récentes de l'histoire, a fini par parvenir jusqu'à nous pour nous offrir un témoignage unique de la richesse de la vie en Alsace au XII° siècle !


lundi 8 octobre 2018

Ah les cafés viennois!



Lors de notre séjour à Vienne, début septembre, nous savions que les cafés historiques nous offriraient toujours une halte bienfaisante lors de nos pérégrinations dans cette ville absolument magnifique, où nous avons parcouru une douzaine de km par jour, allant de découverte en découverte.


Le centre historique de Vienne abrite en effet de très nombreux cafés traditionnels et le café viennois est depuis toujours considéré comme une oasis de tranquillité et de convivialité : voir ici.

Au sujet des cafés à Vienne, Stefan Zweig écrit, dans ses mémoires "Le Monde d'Hier" : 
"Le Kaffehaus représente une institution d'un genre particulier, qui ne peut être comparée à aucune autre au monde!"

Il y a également des petits cafés plus intimistes dans la périphérie de Vienne, qui méritent tout autant d'être découverts.

 Ils savent tous nous charmer avec leurs nombreuses variations de cafés.

On nous propose : le fameux Melange (café allongé avec du lait chaud), le Kleiner/grosser Schweizer (petit ou double expresso), l'Einspänner (grand café avec une généreuse dose de crème fouettée), le Franziskaner (café Melange avec de la crème fouettée),...

... sans oublier une belle sélection de journaux internationaux.


Les journaux internationaux
soigneusement disposés
à l'attention du lecteur

On ne peut pas ne pas se laisser tenter par de délicieuses créations pâtissières dont les célèbres Guglhupf, Sachertorte, Apfelstrudel et autres Kaiserschmarn, qui nous offrent une "dolce vita" à la viennoise... sans oublier les petits vins blancs autrichiens plus que corrects!

Guglhupf qui rappelle notre Kougloff alsacien

Sachertorte au Café Sacher

Wiener Apfelstrudel

Le Kaiserschmarn, dessert préféré de
l'Empereur François-Joseph

Bien qu'elle ne représente que 1% de la production viticole mondiale, l'Autriche s'est fait un nom sur la scène oenologique internationale au cours des vingt dernières années.

Les vins autrichiens, essentiellement les blancs, brillent par leur qualité, leur variété et leur identité propre (reflet des cépages locaux).

Le vin autrichien modèle est le Grüner Veltliner : cet ancien "enfant difficile" est devenu le premier de la classe. Fraîcheur et bouquet poivré et corsé sont au rendez vous.

Grüner Veltliner

Il accompagne très bien les douceurs mentionnées ci dessus.

Il y a aussi le Riesling, le Sauvignon blanc, le Muscat blanc (Gelber Muskateller),...

Pour revenir aux Kaffehaus, je citerai, pour l'exemple, un café parmi ceux que nous avons découverts (il nous en reste fort heureusement, pour un prochain voyage !) : le Café Landtmann, en face du Burgtheater (Universitäts Ring, 4)

Le café Landtmann au rez de chaussée
du Palais  Lieben-Auspitz





En ouvrant en 1873 "le plus grand établissement de café de Vienne", Franz Landtmann crée une maison qui deviendra une institution: voir ici.

Franz Landtmann

Durant sa longue histoire, le Café Landtmann a servi de lieu de réunion et de rencontre à de nombreux industriels, politiciens, penseurs et artistes autrichiens.

Ici avaient leurs habitudes Freud, Schnitzler, Zweig, Mahler, Peter Altenberg, Marlène Dietrich, Romy Schneider, Paul McCartney, Curd Jurgens, Peter Ustinov,..

Marlène Dietrich

Sigmund Freud

Stefan Zweig

Ce Café fut vendu en 1976 à la famille Querfeld, qui y entreprit de gros travaux de restauration.

Le Café a retrouvé son lustre d'antan : décor de bois marqueté, lustres, atmosphère feutrée.
Après le théâtre, il est de tradition d'y souper dans des petits box confortables.


vendredi 21 septembre 2018

Maria Lassnig au Kunstmuseum de Bâle : rendre visibles les émotions corporelles


C'était avant l'été : de passage à Bâle, nous nous sommes rendus au Kunstmuseum pour une exposition des oeuvres de Maria Lassnig (du 12 mai au 26 Août).

80 dessins et aquarelles y ont été exposés : étonnant, passionnant, et dérangeant.

Maria Lassnig
Maria Lassnig (1919-2014) est une artiste autrichienne connue pour ses auto-portraits, et son travail cherchant à rendre visibles les émotions corporelles: voir ici.


Ses oeuvres mettent en évidence une recherche picturale et graphique visant à expliciter sa conscience du corps (body awareness).




Maria Lassnig a ainsi fixé sur le papier et sur la toile les sensations de soi avec humour et gravité, ardeur et dureté.


Elle a cherché - et réussi - à représenter non pas ce qu'elle voyait, mais ce qu'elle ressentait.


Son travail reste en même temps ancré dans une étude minutieuse de la réalité.




Par le biais de ses dessins, de ses aquarelles et de ses toiles, elle nous donne accès non pas à ce qui est directement visible d'un animal ou d'un être humain, mais véritablement à son essence intime...


... à la singularité de l'Autre.


Elle place son propre corps au centre de son oeuvre


Maria Lassnig compte parmi les artistes qui ont marqué le XX° siècle, avec une oeuvre protéiforme et novatrice.





C'est la première femme artiste à s'être vu décerner en 1988  le Grand Prix de l'Etat Autrichien.