mercredi 8 avril 2020

John Prine, légende du folk américain, est mort du coronavirus


Une autre légende de la "musique populaire" américaine, le chanteur country-folk John Prine vient de nous quitter, le 7 avril, à 73 ans, à Nashville,  des suites du coronavirus. Voir son site ici et voir .

John Prine
1946-2020

John Prine, se rétablissant de deux cancers successifs n'a pas pu résister au Covid-19, après 50 ans de carrière.

Surnommé parfois le Mark Twain des paroliers, il était cité par Bob Dylan comme l'un de ses compositeurs préférés.

John Prine était spécialiste des ballades mélancoliques teintées de surréalisme.

"Les chansons de Prine, c'est de l'existentialisme proustien pur!..." (Bob Dylan, 2009)


John Prine né en 1946 à Maywood, dans l'Illinois, a émergé musicalement à Chicago dans les années 1960 où il a commencé à chanter dans les bars de la ville.

Son premier album à son nom, enregistré à Memphis en 1971, fut salué par la critique et John Prine était devenu rapidement une star de la scène folk américaine.

L'une de ses chansons contre la guerre du Vietnam connaitra une seconde jeunesse dans les années 1980 : "Your Flag Decal Won't Get You Into Heaven Any More"avec le début de la guerre en Afghanistan et en Irak : ici.

Elle lui vaudra gloire mais aussi attaques virulentes ...

John Prine était amoureux de la musique bluegrass : solitude, regrets et mortalité.

"Sa musique est extraordinairement éloquente; il est dans le même avion que Neil Young et John Lennon". (Roger Waters, des Pink Floyd, 2008)

Il avait lancé son propre label "Oh Boy Records" à Nashville et sortit encore un album en 2018.

En 2019 il avait été sélectionné pour entrer au Panthéon des chanteurs : le Songwriters Hall of Fame...

Le 29 mars, il était dans un état critique suite à une atteinte du Covid-19.

Dans son dernier album, il imaginait ce qu'il ferait, une fois arrivé au paradis : "Je prendrai un cocktail, vodka et ginger ale et je fumerai une cigarette de 15km de long!".

Sa veine poétique est unique et ses chansons ont été reprises par les artistes américains les plus populaires : Joan Baez, Johnny Cash,...


Ses chansons évoquent des tableaux d'Edward Hopper : des stations de bus Greyhound désertes, des rails rouillés, des personnages solitaires qui regardent au dehors, ...

Ecouter ici "Hello in There".
Ici, "Sam Stone".
Ici, "Paradise".

Ecoutez ici Joan Baez chanter "Hello in There" , "for John Prine", en hommage à son ami, en lui souhaitant prompt rétablissement, le 29 Mars, peu de temps avant sa mort!

Joan Baez, for John Prine




samedi 4 avril 2020

Kenny Rogers, légende de la musique country, est mort


Après Bill Whithers (ici), un autre grand nom de la musique  'populaire' américaine vient de nous quitter, au même âge (81 ans) : Kenny Rogers, la légende de la musique country.

Kenny Rogers
21 Août 1938-20 Mars 2020
Kenneth Ray Rogers est le quatrième des sept enfants de Floyd Rogers, charpentier, et de sa femme Lucille, infirmière.

Il était également acteur, compositeur, entrepreneur, plasticien, photographe, artiste.

Il commence à connaitre le succès dès 1958 avec son premier single "That Crazy Feeling" (ici).

Il joue avec différents groupes de jazz (Bobby Doyle Trio, Mickey Gilley, Eddy Arnold, New Christy Minstrels).




Dès 1967, son propre groupe, "Kenny Rogers and the First Edition" accumule les succès (Somethings burning, Ruby, Don't Take your Love to Town, Just Dropped In,...)

Plus de 60 chansons enregistrées par Kenny Rogers ont atteint le Top 40 des meilleures ventes US, dont 25 en N°1 des ventes.


Ses compositions ont été utilisées dans de nombreuses bandes originales de films, dont "The Big Lebowski" des frères Coen.

Sorti en 1978, "The Gambler" (ici) se vend à 35 millions d'exemplaires.

Il sort en 1980 ce qui sera le plus grand succès de sa carrière : "We are the World" (chanté en choeur ici): magnifique!

Ecoutez ici tous ses tubes!
Et ici Ruby, Don't take your love to town.
Ici, Just Dropped In.



vendredi 3 avril 2020

Hommage à Bill Withers : la soul en deuil



Bill Withers, né le 4 juillet 1938 dans la ville minière de Slab Fork (Virginie Occidentale) vient de mourir, le 30 mars 2020, à 81 ans.

Bill Withers en 1976

Cet auteur-compositeur interprète américain est l'un des plus célèbres représentants de la soul américaine et celui dont les tubes ont étés les plus repris, pour ne citer que Lean on Me  (inspiré par la dure vie des mineurs de la Virginie occidentale), Ain't no Sunshine et Lovely Day.

On parle de lui comme du géant de la soul américaine, à la croisée du folk ancestral, d'un funk doux et de la soul : une voix de velours!


Il a été actif de la fin des années 1960 à la fin des années 1980 : il était considéré comme proche du peuple.

Ses parents ont divorcé lorsqu'il avait 3 ans et il a été élevé par la famille de sa mère.
Il perd son père à l'âge de 13 ans.
A 17 ans, il s'engage dans la Navy pour 9 ans.

Il s'installe à Los Angeles en 1967 où il travaille le jour dans une usine Ford et joue la nuit dans des cabarets.

Il enregistre 9 albums entre 1971 et 1985.

Son premier succès vient de Ain't no Sunshine.

Son second album, Still Bill contient le single Lean On Me.

Ses chansons ont été très souvent reprises par de nombreux chanteurs, rappeurs et dans de nombreuses publicités, dans les églises américaines et dans pléthore de films.


Lean on me a été interprété lors des cérémonies d'installation de Bill Clinton et de Barack Obama.

"Je ne suis pas un virtuose, mais je suis capable d'écrire des chansons auxquelles les gens peuvent s'identifier.
Je pense que je ne me suis pas trop mal débrouillé, pour un type de Slab Fork, Virginie Occidentale!"

Il est mort lundi à l'âge de 81 ans des suites de complications cardiaques, en pleine crise du coronavirus, au moment même où Lean on Me connait un regain de popularité immense auprès de nombreux musiciens amateurs et professionnels qui jouent chaque jours sur les réseaux sociaux.


"Bien qu'il ait vécu discrètement auprès de sa famille et de ses amis, sa musique appartient à jamais au monde entier.
Dans cette période difficile, nous prions pour que sa musique offre réconfort et divertissement pendant que ses fans prennent soin de ceux qu'ils aiment".(Déclaration de sa famille)

Ecoutez ici Lean on Me.
Ecoutez ici Ain't no Sunshine.
Ecoutez ici Lovely Day.


jeudi 2 avril 2020

Une curiosité dans l'Etat de New York : le "Donald J. Trump State Park"



Dans l'Etat de New-York, (près de Yorktown, Comté de Westchester) à exactement 45 miles au nord de la Trump Tower de Manhattan, se trouvent deux parcelles de terrains envahies par les broussailles (Indian Hill et French Hill, 2 km2) que rien ne distingue à priori des autres zones forestières du voisinage.

Rien de particulier en effet, mis à part leur nom : "Donald J. Trump State Park".


Ce Parc est situé à proximité d'un autre Parc de l'Etat de New-York, créé en 1922, qui porte le nom d'un autre new-yorkais devenu également Président : Franklin D. Roosevelt. Voir ici.



Ce Parc est particulièrement fréquenté et bien entretenu.


Lorsqu'ils viennent de la route voisine, les touristes sont attirés par les panneaux annonçant le "Donald J. Trump State Park" :

Sur la Taconic State Parkway

Les panneaux ont été souvent vandalisés ...
et remis en place

Ces panneaux conduisent les visiteurs sur une route non entretenue, qui est en fait une voie sans issue.

S'y trouvent, sur des terrains à l'abandon des ruines de bâtiments couverts de graffitis, des parkings et des courts de tennis envahis par les herbes, une piscine abandonnée : la désolation!







L'un des courts de tennis


Pas d'accueil, aucun personnel à l'horizon, pas de terrain de camping, rien, tout est à l'abandon : ces deux sites n'ont de "State Park" que le nom!

Comment un homme connu pour apposer son nom en lettres dorées sur les bâtiments les plus prestigieux en est venu à être associé à cet échec manifeste, lui qui affichait publiquement le projet d'en faire "l'un des plus magnifiques parcs du monde "?


Trump a acheté ce terrain en 1998 pour la modique somme de $2 000 000 pour y construire deux terrains de golf.

En 2002, n'ayant pas obtenu les autorisations nécessaires de la part des politiques locaux, il a annoncé son intention de revendre le tout à des promoteurs.

En 2006, changeant alors d'avis, il décide de donner le tout à l'Etat de New-York, déclarant alors la valeur du bien comme étant de $100 000 000, déduisant le tout de ses déclarations d'impôts, et à condition que son nom figure en évidence à l'entrée des terrains.



L'un des accès à la propriété

Un projet d'y installer un chenil échoue ; des actions sont menées par les riverains pour faire disparaitre le nom de Trump.

Les actions en justice de la part de Trump pour récupérer le terrain n'y font rien : l'Etat de New-York reste propriétaire.

Les restrictions budgétaires pour l'entretien des Parcs de l'Etat sont telles que seulement $2 500 annuels sont attribués pour la maintenance de ces parcelles par les techniciens du Parc Roosevelt voisin déjà en sous effectifs.

Donc c'est le statu quo.


La piscine du golf club house


Cette vision apocalyptique n'est que le résultat de l'un des nombreux investissements ratés de Donald J. Trump.

Donald Trump, qui aurait hérité de $400 000 000 de ses parents, en partie grâce à des manoeuvres d'évasion fiscale, a perdu plus d'argent, au fil des années, qu'aucun autre contribuable américain, soit 1,17 milliards de dollars entre 1985 et 1994, selon le New York Times. Voir ici.

D'autres échecs - nombreux - de la carrière de Trump : le Casino "Trump Taj Mahal" est en faillite en 1991 avec 3 milliards de dollars de dettes (ici); la compagnie aérienne "Trump Shuttle" (ici) met la clef sous la porte en 1992 ; la Trump Vodka "Super Premium" et les cocktails "les plus demandés en Amérique""Trump &Tonic"disparaissent du marché en 2011 (ici); les "Trump Steaks"  "les meilleurs du monde" ne font plus parler d'eux dès 2013 (ici) ; en 2013, le restaurant Trump dédié à la viande, situé à Las Vegas est contraint de fermer suite à des contrôles sanitaires ; dès 2008, sa société de prêts hypothécaires "Trump Mortgage LLC" met la clef sous la porte (ici) ; l'"Université Trump" est dans le collimateur de la justice (ici) qui lui réclame 40 millions de dollars, et Trump accusé d'avoir escroqué 5000 étudiants,...Voir ici.

Bref, si jamais vous passez par Yorktown et êtes attirés par les panneaux annonçant ce" State Park", vous ne trouverez que des ruines, des broussailles, de l'abandon, auxquels est accolé le nom désormais célèbre de Donald J. Trump.

"Je suis qualifié non comme intelligent,
mais comme un génie ...un génie très stable"


Une petite visite ici : intéressant, non?


dimanche 29 mars 2020

Pierre Desproges : Mes excuses au pangolin



L'étau se resserre dans l'enquête sur l'origine du coronavirus, sans pour autant nous apporter des certitudes: les données sont encore insuffisantes pour permettre d'affirmer quoi que ce soit.

Une étude montre à quel point des virus extrêmement proches de celui du Covid-19 sont répandus chez ces curieux mammifères à écailles : les pangolins (Voir ici).


Fort probablement, les études montrent que les pangolins sont porteurs sans qu'ils aient étés nécessairement mordus par des chauves-souris, elles-mêmes infectées.

Mais la preuve formelle que le coronavirus nous vient du pangolin ne sera peut-être jamais apportée...

... en effet, les serpents sont les nouveaux suspects, car ils peuvent dévorer les chauves souris : le mystère s'épaissit!

En tout cas il est clair que des serpents étaient également vendus vivants sur le marché de Huanan, à Wuhan, alors,...?

Quoiqu'il en soit, le pangolin décroche un triste titre : celui de l'animal le plus braconné au monde : plus de 900 000 spécimens auraient étés capturés dans la nature entre 2000 et 2019.



Il est en effet très facile à capturer lorsqu'il se met en boule.


La cible du trafic : les écailles et la viande, très recherchées sur les marchés chinois.

Il semble évident par contre que c'est parce que l'homme détruit les zones d'habitations des animaux sauvages que les virus se répandent, mutent et deviennent meurtriers.

Il faudra en tirer les leçons.

Pénible destin, donc, que celui du pangolin : déjà victime d'un intense trafic, le voilà soupçonné d'avoir transmis le Covid-19 à l'homme.


C'est ce qu'on appelle une double peine...

Nous lui devons en tout cas toutes nos excuses.

Qui peut mieux le faire que Pierre Desproges, avec prémonition, et l'humour pince sans rire qu'on lui connait, dans ses Chroniques de la Haine Ordinaire, sur France Inter (19/3/1986) : ici : "Mes excuses au pangolin".

Pierre Desproges
1939-1988





mardi 24 mars 2020

Hommage à Manu Dibango


Nous avons appris avec une grande tristesse le décès, à Paris, aujourd'hui 24 Mars, du célèbre saxophoniste Manu Dibango ("Papy Groove") à l'âge de 86 ans, du coronavirus.

Manu Dibango
Une personnalité chaleureuse et un artiste exceptionnel, que j'avais eu l'occasion d'écouter en live au Théâtre de la Ville à Paris.

Ecoutez le ici!


lundi 23 mars 2020

La communauté russe sur la Côte d'Azur



Dès les années 1850, la Russie découvre la Côte d'Azur, popularisée en particulier par les séjours impériaux à Nice (Voir ma note ici).

Pourquoi ces séjours impériaux à Nice ?

La Russie Impériale a en effet conservé une tradition datant de Catherine II qui voulait que le français soit la langue noble que l'on devait parler à la Cour.

L'Impératrice Catherine II (1729-1796)
par J.B. Lampi

Dans la seconde moitié du XIX° siècle, un élément politico-stratégique important fut la présence de la Marine Impériale russe dans la Baie de Villefranche en raison d'une interdiction pour celle-ci de retourner en Mer Noire, et suite aux négociations entre Alexandre II et Cavour. Voir ici.

Le Tsar Alexandre II
1818-1881

De nombreux nobles francophones étaient propriétaires à Nice, Cannes, Menton, Bordighera et San Remo et venaient passer les hivers sur la Riviera dès le milieu du XIX° siècle.

Mais c'est après la révolution de 1917 qu'une importante communauté russe s'installe tout naturellement sur les bords de la Méditerranée: les "Russes Blancs"

Quant à l'exil des populations ouvrières (domestiques ne voulant pas quitter leurs maîtres et militaires), il suivit naturellement la migration des nantis.

Une autre raison de leur choix fut également la présence d'églises russes sur la Riviera, en particulier à Nice, Cannes, Menton et San Remo.

A Nice : voir ma note ici.

A Cannes :

Au XIX° siècle, la communauté russe de Cannes devient de plus en plus importante : elle compte 150 personnes en 1880.

En 1904, plus de 800 russes résident à Cannes, et il devient alors nécessaire de construire une église.

Ce sont l'archiprêtre Grégoire Ostrooumoff (1856-1947) et le Grand Duc Michel Mikhaïlovitch de Russie (1861-1929) qui sont à l'origine du projet de cette église.

Le Grand Duc Michel Mikhaïlovitch de Russie

Un terrain est acquis sur la pointe de la Croisette.

Grégoire Ostrooumoff

L'église St Michel Archange est consacrée le 22 novembre 1894 par le Métropolite de St Pétersbourg, l'archiprêtre Grégoire Ostrooumoff, des clergés russes de Nice, Menton, et grec de Marseille, en présence de membres de la famille impériale, de l'aristocratie russe, ainsi que des autorités de la ville de Cannes et des Alpes Maritimes.

Eglise St Michel Archange




A Menton:

En 1880, la Société Russe de Bienfaisance à Menton, est créée sous le patronage de la Grande Duchesse Anastasia Mikhaïlovna de Russie qui résidait alors à Cannes.

La Grande Duchesse Anastasia Mikhaïlovna
1860-1922

Il s'agissait de venir en aide aux russes qui résidaient à Menton, Bordighera et San Remo.

En 1892, une maison fut achetée dans le quartier de Carnoles (La Maison Russe) pour abriter les russes malades et nécessiteux.

La Société décida peu après de construire une église attenante.

L'église Notre-Dame-Joie-des-Affligés fut consacrée le 4 novembre 1892 par le clergé orthodoxe de l'église St-Nicolas-et-Ste-Alexandra de Nice.

Elle se situe 14 rue Paul Morillot et est rattachée au Patriarcat de Moscou.





A San Remo:

La communauté russe avait atteint à San Remo, à la fin du XIX° siècle, le millier de personnes, dont beaucoup s'y étaient établies de façon permanente, et en accord avec la ville, il fut décidé de construire une église orthodoxe dont la première pierre fut posée en 1912.

L'église est située au début de la "Promenade de l'Impératrice", en reconnaissance de la tsarine Maria Alexandrovna, femme d'Alexandre II, qui fit de San Remo son lieu de vacances.

La Grande Duchesse Maria Alexandrovna
1853-1920

A un jet de pierre du célèbre casino de San Remo, et nichée au milieu des palmiers, l'église du Christ Rédempteur est toujours utilisée et est l'un des symboles de la ville de San Remo.
Elle est située Via Nuvoloni, 2.





L'histoire des communautés russes à Nice se poursuit et c'est celle d'une génération née en France et aussi celle d'une nouvelle vague de touristes due à l'éclatement du bloc soviétique, en particulier les "Nouveaux Russes", nouveaux riches qui dépensent des fortunes dans les palaces et les casinos et avec qui les Russes installés depuis cinq générations n'entretiennent aucune relation ...

Ne soyez pas surpris de constater que les cartes des restaurants les plus huppés soient rédigés également en russe.