vendredi 13 juin 2014

Emma Ciardi, une impressionniste vénitienne.



J'ai découvert avec grand intérêt les tableaux du peintre Emma Ciardi (1879-1933) à la Ca' Rezzonico, à Venise, un magnifique palais devenu musée, situé sur le Grand Canal.

Emma Ciardi

Là sont exposées, au 3° étage, nombre d'oeuvres rassemblées dans la "Pinacoteca Egidio Martini" (Voir ici ), qui est la donation la plus importante faite à la Ville de Venise depuis le début du XIX° siècle, tant par le nombre d'oeuvres que par leurs qualités picturale et historique.


On y trouve des dizaines d'oeuvres de l'Ecole vénitienne, telles que celles de Alvise Vivarini, Tintoretto, Palma il Giovanni, il Tiepolo, et nombre d'artistes plus récents, tels que, justement Emma Ciardi, dont l'oeuvre a de toute évidence un caractère impressionniste marqué.





De plus, ce qui ne gâche rien à notre visite, du dernier étage, nous avons une vue magnifique sur le Grand Canal et ses environs...

Vue depuis la Ca'Rezzonico

Tout autant que de la cafétéria du rez de chaussée, au bord du Grand Canal :


Emma Ciardi, née à Venise, est la fille du peintre Guglielmo Ciardi et la soeur du peintre Beppe Ciardi. 
Emma Ciardi fut une grande admiratrice de Guardi et de Canaletto.

D'autres oeuvres :






Célèbre de son temps, l'intérêt du public pour son oeuvre finit par s'émousser lentement.

Emma Ciardi, l'impressionniste vénitienne lumineuse repose désormais au cimetière San Michele, à Venise.


mercredi 11 juin 2014

Le blues franco-australien de Mountain Men, à Colmar


Et toujours dans le cadre du "Festival des Musiques Métisses" 2014 de Colmar, une autre découverte, celle de l'incroyable blues du duo franco-australien Mountain Men.

Mountain Men
Ce duo, constitué en 2005, rencontre un succès spectaculaire.

Porté par la voix enivrante d'un Mr Mat massif et enraciné et par les envolées à l'harmonica d'un Mr Barefoot Iano léger et aérien, le duo établi de suite une communion époustouflante avec le public.

Ils se jouent du blues et en font une matière musicale surréaliste où la virtuosité côtoie la simplicité, où la puissance se marie à la finesse pour le très grand plaisir du public.


Energie festive, ferveur communicative, charisme décalé, rire, frisson, tout concourt au succès de ces Mountain Men, succès qui ne se dément pas et se construit au fil de plus de 600 concerts dans le monde entier, du New Morning à Memphis, de la Suède au Burkina Faso, du Festival de Cognac au Zagreb Blues Festival,...

20 000 exemplaires de leurs 4 albums ont été vendus, sans soutien médiatique : le bouche à oreille marche fort bien!

Voila un blues acoustique d'une fraîcheur d'inspiration peu commune aujourd'hui.

Les racines blues du duo sont incontestablement présentes à chaque instant, mais au delà, on va vers la pop, le rock, la folk...
En tout cas voila de l'excellente musique, des créations pleines de vie faites avec le coeur et les tripes.

Leur dernier album, HOPE, ouvre un nouveau chapitre dans l'aventure de ces deux musiciens hors pair, à qui le public réserve des standing ovations à chaque concert.



Ecoutez les ici dans "She shines".

Ecoutez les ici dans "Georgia on my Mind".
Cette chanson de 1930 composée par Hoagy Carmichael et  Stuart Gorrell est connue pour son interprétation par Ray Charles en 1960, mais elle fut également interprétée par Louis Armstrong, Fats Waller, Art Tatum, Billie Holiday, Django Reinhardt et beaucoup d'autres. C'est maintenant l'hymne de l'Etat de Géorgie aux USA depuis 1979.


mardi 10 juin 2014

Le Jazz cubain d'Yilian Canizares au Festival des Musiques Métisses de Colmar


Le Festival des Musiques Métisses s'est tenu cette année encore à Colmar, du 6 au 8 juin, au "Cercle Saint Martin".

Ce Festival, organisé par l'Association Lézard (voir ici ) nous offre toujours une belle programmation éclectique, qui est l'occasion de superbes découvertes.

L'ambiance y est chaleureuse et bon enfant, et les artistes sont tous de très haut niveau.
Bravo aux organisateurs!

Yilian Canizares

Nous avons découvert dimanche 8 juin la chanteuse/violoniste virtuose Yilian Canizares et son groupe  "Ochumare"qui nous ont donné une performance de Jazz cubain époustouflante.

Ochumare est un brillant arc-en-ciel musical, qui tisse des ponts entre Cuba et l'Europe, mêlant les Caraïbes au jazz et au swing, dans un surprenant mélange de timbres et de couleurs : de la passion pour une musique sans frontières!


Yilian Canizares - diva havanaise installée en Suisse - au violon et à la voix fait jaillir à la fois la force canalisatrice  des énergies du groupe (Quelle énergie !) et déploie le charme souriant d'une artiste passionnée.

Elle a appris à Cuba l'art de la sonate, le swing caraïbe et les chants africains qui hantent les nuits de La Havane.
Elle a été consacrée au Montreux Jazz Festival de 2008...

Elle nous offre une musique cubaine ouverte sur le monde, une musique encore difficilement reçue sur place, à Cuba, où elle ne désespère pas d'aller jouer.



Son dernier album : Ochumare :



Ecoutez Yilian Canizares ici , et aussi , au Centre Culturel Suisse à Paris.


vendredi 6 juin 2014

A Venise, on n'échappe pas à Antonio Vivaldi!



Lors de notre séjour prolongé à Venise, nous n'avons pas échappé à Vivaldi :  Vivaldi est mis à toutes les sauces, les "Locanda Vivaldi", les "Osteria Enoteca Vivaldi", les embarcations Vivaldi sur la lagune, et j'en passe.

Antonio Vivaldi

Nous en étions restés là lorsque nous sommes arrivés, au fil de nos errances dans le sestiere de Castello (l'un des 6 quartiers de Venise), devant la jolie petite église de San Giovanni Battista in Bragora.

San Giovanni Battista in Bragora


La Nef

Sa fondation remonte à l'an 829.
Elle a été reconstruite au IX° siècle sous le Doge Pietro III Candiano et à nouveau en 1178.

Une plaque sur sa façade a attiré notre attention :



Nous étions enfin, sans l'avoir voulu, au coeur même de l' "opération Vivaldi".

Antonio Vivaldi est né le 4 mars 1678 à Venise et est mort le 28 juillet 1741 à Vienne.
Il fut l'un des violonistes virtuoses les plus admirés de son temps et l'un des plus importants compositeurs de la période baroque.

Prêtre catholique, sa chevelure rousse le fit surnommer "Il Prete Rosso" (Le Prêtre Roux), sobriquet peut-être plus connu à l'époque que son véritable nom, comme le rapporte Goldoni dans ses Mémoires.

Certaines de ses oeuvres instrumentales sont mondialement connues, comme "Les Quatre Saisons", ne serait-ce que par les extraits qui meublent nos moments d'attente au téléphone...

Le jour de sa naissance se produisit à Venise un tremblement de terre et peut-être la naissance se déroula-t-elle dans de mauvaises conditions ; quoiqu'il en soit le petit Antonio fut ondoyé de suite par la sage-femme.
Le baptême fut célébré 2 mois plus tard, le 6 mai 1678 (après avoir été exorcisé...) dans l'Eglise de San Giovanni in Bragora.

Ce dont témoigne son certificat de baptême ci dessous :


Ici les fonds baptismaux (Je ne vous épargnerai rien!)


C'est ici même que fut baptisé, 200 ans auparavant, Pierre Barbo, le futur Pape Paul II (1464-1471)

Cette église abrite, comme toutes les églises de Venise, quantité d'oeuvres de toute beauté, dont :

Alvise Vivarini(1445-1503)
Vierge à l'enfant

Jacobello del Fiore
Première moitié du XV°
Saints
Buste de Vivaldi
en marbre de Carrare
par Giampalo Costanzi, 2012

Et, ce qui nous a enchanté, la cerise sur le gâteau vénitien, c'est que nous avons pu assister immédiatement à un concert gratuit donné par l' Opera da Camera di Venezia et le Cantabilekören di Mariestad-Svezia,  un choeur suédois de très haut niveau, avec des oeuvres de Pergolese (Salve Regina), de Monteverdi (Laudate Dominum), et bien sûr trois oeuvres d' Antonio Vivaldi, dont le magnifique Gloria.

Ecoutez ici le Gloria RV 589 pour solistes, choeur et orchestre d'Antonio Vivaldi.


dimanche 25 mai 2014

Cinéma : "Nebraska" d'Alexander Payne : drôle, émouvant et juste



Le film "Nebraska", d' Alexander Payne, sorti en salles le 2 avril 2014,  mérite bien sa classification en "comédie dramatique"!

Courez y vite, si vous trouvez encore une salle qui programme cette petite merveille en Noir & Blanc: c'est drôle, émouvant et juste!


Ce beau film, justement primé, en noir et blanc qui plus est, nous offre des images magnifiques et tristes à la fois d'une Amérique bloquée par la crise : les magasins ont fermé et les habitants, vieux et jeunes restent hébétés, la canette de bière à la main, à regarder la télévision ou les voitures qui passent...

Bruce Dern alias Woody Grant

Un vieil homme emmitouflé et titubant, Woody Grant (génialement interprété par Bruce Dern, prix d'interprétation à Cannes),  marche le long d'une route, et une voiture de police s'arrête...


Ce plus que septuagénaire alcoolique et un brin fêlé est parti seul de chez lui pour toucher un million de dollars promis par une publicité mensongère.

Il s'apprête à se rendre à 1500 km de chez lui au Nebraska, à pied s'il le faut, tant sa conviction est forte qu'il a touché le gros lot.


Sa femme, une sacrée mégère (formidablement interprétée par June Sqibb, désopilante) a beau le traiter avec un langage cru, de loser et entre autre de vieux fou (pour être poli...), son fils (belle et juste interprétation de Will Forte, subtil et tendre)  lui expliquer qu'il s'agit d'une arnaque, il n'en démords pas.


June Squibb alias Mrs Grant

Ce fils cadet accepte finalement de le laisser vivre son rêve et de l'accompagner au Nebraska : ce sera un road movie désopilant, émouvant, avec, en vrac, la recherche d'un dentier perdu entre les rails de chemin de fer, beaucoup de bières, un cimetière, des souvenirs révélateurs et une mini odyssée burlesque (lors d'un vol dans une grange)...

Peu à peu une véritable relation va se tisser entre le père et le fils, et le fils découvrira, tardivement, les qualités - bien cachées - de son père : Alexander Payne analyse au scalpel les relations parents/enfants!
Père et fils...

Les cadrages en N&B sont somptueux et les images me font bien entendu penser aux photographies N&B de Robert Adams que j'évoquais dans ma note précédente : ici .

En résumé : Alexander Payne nous a offert un film formidable, touchant, plein de finesse et qui sait nous montrer une société américaine et ses travers sans ironie aucune, et au contraire avec une certaine tendresse.

Alexander Payne

Voir ici la biographie et la filmographie d' Alexander Payne.

vendredi 23 mai 2014

Photographie : Robert Adams au Jeu de Paume, "L'endroit où nous vivons".


J'ai eu la chance de pouvoir admirer les oeuvres du photographe américain Robert Adams au Musée du Jeu de Paume à Paris.
L'exposition, intitulée " L'endroit où nous vivons" ("The place we live") s'est tenue du 11 février au 18 mai 2014.

Ne pas confondre Robert Adams avec un autre photographe américain célèbre : Ansel Adams ( voir mes trois notes sur lui : ici, ici et ).

Né dans le New Jersey en 1937,  Robert Adams a grandi dans le Wisconsin puis résida dans le Colorado avant de s'installer en Oregon.

Robert Adams

Adams photographie la géographie de l'Ouest américain depuis plus de 40 ans.
Il y trouve une beauté fragile mais persistante malgré les relations agitées que nous entretenons avec la nature et avec nous-mêmes.


Depuis le milieu des années 60, Robert Adams est considéré par beaucoup comme l'un des chroniqueurs les plus importants et les plus influents de l'Ouest américain.


Cette belle exposition de 250 tirages N&B de petit format met en lumière à la fois l'intérêt de Robert Adams pour la relation souvent tragique entre l'homme et la nature et en même temps sa quête d'une lumière et d'une beauté malgré tout présente au sein de paysages dégradés voire massacrés par l'homme.


Ce mélange de déploration et d'espoir m'a profondément touché, dans la mesure où, depuis plusieurs années je m'imprègne de ces paysages  à la fois magiques, étonnants et terribles de l'Ouest américain, car en pleine mutation.

Le parcours attentif de cette exposition m'a permis de percevoir de façon intime et cohérente l'évolution de l'Ouest des USA à la fin du XX° et au début du XXI° siècles, de par l'activité humaine.


Robert Adams évoque, avec une apparente neutralité d'approche, mais souvent avec une tendresse désarmante, et même un certain lyrisme, tout à la fois le massacre des forêts, les gens ordinaires qui vaquent à leur quotidien à l'ombre d'une centrale nucléaire, les localité rurales et suburbaines du Colorado, les plaisirs sensoriels de la marche à pied...

Il aime à citer la poétesse russe Anna Akhmatova : "Le miraculeux est si proche des ruines sales".


D'un côté Robert Adams constate un recul néfaste de l'espace et du silence, et de l'autre, il reste attentif à la bienveillance, à l'affection et à la joie visibles chez certains malgré leurs conditions de vie, ainsi qu'au pouvoir rédempteur que conserve la lumière du jour, même lorsqu'elle inonde les banlieues...


L'oeuvre de Robert Adams est un vibrant plaidoyer en faveur d'une approche humaniste de la photographie : il nous exhorte, en affichant les contradictions et la complexité de notre vie moderne,  à ouvrir les yeux sur les débats infligés à notre habitat collectif et à notre environnement.



Ses photographies, économes et presque brutales,  mettent en relief la beauté esthétique de notre environnement et nous rappellent à notre obligation de le protéger, non seulement dans le magnifique Ouest américain, mais également partout sur notre planète.







Robert Adams a publié une quinzaine de livres de photographies, dont le dernier, que je me suis procuré, intitulé : "Que croire là où nous sommes? - Photographies de l'Ouest américain" (Ed Jeu de Paume - La Fabrica).
Dans cet ouvrage, la qualité des reproductions N&B est absolument remarquable.