J'ai eu l'occasion de visiter ce site très singulier, lors de mon passage en Arménie, dans la région du Syunik, non loin de Goris et de la frontière avec l'Azerbaïdjan.
Vieux Khndzoresk est accessible aujourd'hui par un pont suspendu inauguré en 2012, qui enjambe le canyon sur environ 160 m, à une soixantaine de mètres de hauteur.
Pendant des siècles, plusieurs générations d’Arméniens ont vécu dans les cavités d’une gorge profonde, creusées dans le tuf, une roche volcanique relativement tendre, formant une véritable ville verticale.
Il est difficile d'imaginer, devant les grottes aujourd'hui silencieuses, que Khndzoresk fut l'une des localités les plus peuplées de l'Arménie orientale. Voir ici.
Au début du XXe siècle, vers 1913, on y recensait environ :
8 300 habitants répartis dans quelque 1 800 foyers ;
27 commerces, des tanneries et des ateliers de teinture ;
7 écoles et plusieurs églises.
C'était une véritable petite ville, avec une vie économique et sociale développée.
L'église Sainte-Hripsimé (XVIIe siècle) et l'anapat (ermitage) se trouvent dans le canyon.
L'église semble abandonnée, et ouverte à tous les vents, mais pourtant, on trouve encore des signes d'une vie spirituelle émouvante.
En témoigne ce portrait du Catholicos Vazguen Ier, un personnage majeur de l'Arménie contemporaine, symbole de continuité religieuse et particulièrement aimé par les Arméniens.
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| Le Catholicos Vazguen Ier (1908-1994) |
Vazguen Ier incarnait une église qui avait survécu aux persécutions, aux déplacements de populations, et aux bouleversements politiques du XX° siècle. Voir ici.
Le lieu est aussi associé à la lutte de Davit Bek contre la domination perse au début du XVIIIe siècle. Voir ici.
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| Statue de Davit Bek à Kapan, Syunik |
La question qui vient à l'esprit, lorsqu'on visite ce lieu si singulier : pourquoi les habitants ont-ils abandonné les grottes ?
C'est probablement l'aspect le plus saisissant de l'histoire de Khndzoresk.
À partir des années 1950, sous le régime soviétique, les habitants furent progressivement transférés vers un nouveau village construit sur le plateau.
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| L'aménagement d'une grotte dans les années 1950 |
Les autorités soviétiques considéraient cet habitat comme archaïque, difficile à moderniser et incompatible avec leurs conceptions de l'hygiène et du progrès.
Les dernières familles auraient quitté l'ancienne cité vers 1958, même si certaines sources donnent des dates plus tardives pour les dernières occupations.
Ce qui m'a frappé, en visitant ce lieu, au-delà de son caractère spectaculaire, c'est la superposition de trois histoires.
D'abord, celle d'une civilisation rurale montagnarde, qui avait réussi à faire d'un environnement difficile un habitat durable.
Ensuite, celle des luttes arméniennes pour préserver leur identité et leur autonomie dans une région exposée aux rivalités impériales.
Enfin, celle d'une rupture brutale avec le passé, lorsque la modernisation soviétique a mis fin à un mode de vie pluri-séculaire.
En conclusion de cette visite singulière : ce qui m'a étonné à Khndzoresk, c'est la proximité temporelle de cette vie disparue et un silence encore habité.
Ces grottes ne sont pas des vestiges préhistoriques : il y a seulement quelques décennies, des enfants y grandissaient, des familles y partageaient leurs repas, des vieillards y terminaient leur existence.
Et puis il y a cette église Sainte-Hripsimé.
Dans un paysage aussi rude, marqué par les conflits et les difficultés de l'existence, elle devait constituer un point fixe, un lieu de continuité entre les générations.
Le fait qu'elle subsiste au milieu des habitations abandonnées lui confère une force particulière.






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