jeudi 2 avril 2020

Une curiosité dans l'Etat de New York : le "Donald J. Trump State Park"



Dans l'Etat de New-York, (près de Yorktown, Comté de Westchester) à exactement 45 miles au nord de la Trump Tower de Manhattan, se trouvent deux parcelles de terrains envahies par les broussailles (Indian Hill et French Hill, 2 km2) que rien ne distingue à priori des autres zones forestières du voisinage.

Rien de particulier en effet, mis à part leur nom : "Donald J. Trump State Park".


Ce Parc est situé à proximité d'un autre Parc de l'Etat de New-York, créé en 1922, qui porte le nom d'un autre new-yorkais devenu également Président : Franklin D. Roosevelt. Voir ici.



Ce Parc est particulièrement fréquenté et bien entretenu.


Lorsqu'ils viennent de la route voisine, les touristes sont attirés par les panneaux annonçant le "Donald J. Trump State Park" :

Sur la Taconic State Parkway

Les panneaux ont été souvent vandalisés ...
et remis en place

Ces panneaux conduisent les visiteurs sur une route non entretenue, qui est en fait une voie sans issue.

S'y trouvent, sur des terrains à l'abandon des ruines de bâtiments couverts de graffitis, des parkings et des courts de tennis envahis par les herbes, une piscine abandonnée : la désolation!







L'un des courts de tennis


Pas d'accueil, aucun personnel à l'horizon, pas de terrain de camping, rien, tout est à l'abandon : ces deux sites n'ont de "State Park" que le nom!

Comment un homme connu pour apposer son nom en lettres dorées sur les bâtiments les plus prestigieux en est venu à être associé à cet échec manifeste, lui qui affichait publiquement le projet d'en faire "l'un des plus magnifiques parcs du monde "?


Trump a acheté ce terrain en 1998 pour la modique somme de $2 000 000 pour y construire deux terrains de golf.

En 2002, n'ayant pas obtenu les autorisations nécessaires de la part des politiques locaux, il a annoncé son intention de revendre le tout à des promoteurs.

En 2006, changeant alors d'avis, il décide de donner le tout à l'Etat de New-York, déclarant alors la valeur du bien comme étant de $100 000 000, déduisant le tout de ses déclarations d'impôts, et à condition que son nom figure en évidence à l'entrée des terrains.



L'un des accès à la propriété

Un projet d'y installer un chenil échoue ; des actions sont menées par les riverains pour faire disparaitre le nom de Trump.

Les actions en justice de la part de Trump pour récupérer le terrain n'y font rien : l'Etat de New-York reste propriétaire.

Les restrictions budgétaires pour l'entretien des Parcs de l'Etat sont telles que seulement $2 500 annuels sont attribués pour la maintenance de ces parcelles par les techniciens du Parc Roosevelt voisin déjà en sous effectifs.

Donc c'est le statu quo.


La piscine du golf club house


Cette vision apocalyptique n'est que le résultat de l'un des nombreux investissements ratés de Donald J. Trump.

Donald Trump, qui aurait hérité de $400 000 000 de ses parents, en partie grâce à des manoeuvres d'évasion fiscale, a perdu plus d'argent, au fil des années, qu'aucun autre contribuable américain, soit 1,17 milliards de dollars entre 1985 et 1994, selon le New York Times. Voir ici.

D'autres échecs - nombreux - de la carrière de Trump : le Casino "Trump Taj Mahal" est en faillite en 1991 avec 3 milliards de dollars de dettes (ici); la compagnie aérienne "Trump Shuttle" (ici) met la clef sous la porte en 1992 ; la Trump Vodka "Super Premium" et les cocktails "les plus demandés en Amérique""Trump &Tonic"disparaissent du marché en 2011 (ici); les "Trump Steaks"  "les meilleurs du monde" ne font plus parler d'eux dès 2013 (ici) ; en 2013, le restaurant Trump dédié à la viande, situé à Las Vegas est contraint de fermer suite à des contrôles sanitaires ; dès 2008, sa société de prêts hypothécaires "Trump Mortgage LLC" met la clef sous la porte (ici) ; l'"Université Trump" est dans le collimateur de la justice (ici) qui lui réclame 40 millions de dollars, et Trump accusé d'avoir escroqué 5000 étudiants,...Voir ici.

Bref, si jamais vous passez par Yorktown et êtes attirés par les panneaux annonçant ce" State Park", vous ne trouverez que des ruines, des broussailles, de l'abandon, auxquels est accolé le nom désormais célèbre de Donald J. Trump.

"Je suis qualifié non comme intelligent,
mais comme un génie ...un génie très stable"


Une petite visite ici : intéressant, non?


dimanche 29 mars 2020

Pierre Desproges : Mes excuses au pangolin



L'étau se resserre dans l'enquête sur l'origine du coronavirus, sans pour autant nous apporter des certitudes: les données sont encore insuffisantes pour permettre d'affirmer quoi que ce soit.

Une étude montre à quel point des virus extrêmement proches de celui du Covid-19 sont répandus chez ces curieux mammifères à écailles : les pangolins (Voir ici).


Fort probablement, les études montrent que les pangolins sont porteurs sans qu'ils aient étés nécessairement mordus par des chauves-souris, elles-mêmes infectées.

Mais la preuve formelle que le coronavirus nous vient du pangolin ne sera peut-être jamais apportée...

... en effet, les serpents sont les nouveaux suspects, car ils peuvent dévorer les chauves souris : le mystère s'épaissit!

En tout cas il est clair que des serpents étaient également vendus vivants sur le marché de Huanan, à Wuhan, alors,...?

Quoiqu'il en soit, le pangolin décroche un triste titre : celui de l'animal le plus braconné au monde : plus de 900 000 spécimens auraient étés capturés dans la nature entre 2000 et 2019.



Il est en effet très facile à capturer lorsqu'il se met en boule.


La cible du trafic : les écailles et la viande, très recherchées sur les marchés chinois.

Il semble évident par contre que c'est parce que l'homme détruit les zones d'habitations des animaux sauvages que les virus se répandent, mutent et deviennent meurtriers.

Il faudra en tirer les leçons.

Pénible destin, donc, que celui du pangolin : déjà victime d'un intense trafic, le voilà soupçonné d'avoir transmis le Covid-19 à l'homme.


C'est ce qu'on appelle une double peine...

Nous lui devons en tout cas toutes nos excuses.

Qui peut mieux le faire que Pierre Desproges, avec prémonition, et l'humour pince sans rire qu'on lui connait, dans ses Chroniques de la Haine Ordinaire, sur France Inter (19/3/1986) : ici : "Mes excuses au pangolin".

Pierre Desproges
1939-1988





mardi 24 mars 2020

Hommage à Manu Dibango


Nous avons appris avec une grande tristesse le décès, à Paris, aujourd'hui 24 Mars, du célèbre saxophoniste Manu Dibango ("Papy Groove") à l'âge de 86 ans, du coronavirus.

Manu Dibango
Une personnalité chaleureuse et un artiste exceptionnel, que j'avais eu l'occasion d'écouter en live au Théâtre de la Ville à Paris.

Ecoutez le ici!


lundi 23 mars 2020

La communauté russe sur la Côte d'Azur



Dès les années 1850, la Russie découvre la Côte d'Azur, popularisée en particulier par les séjours impériaux à Nice (Voir ma note ici).

Pourquoi ces séjours impériaux à Nice ?

La Russie Impériale a en effet conservé une tradition datant de Catherine II qui voulait que le français soit la langue noble que l'on devait parler à la Cour.

L'Impératrice Catherine II (1729-1796)
par J.B. Lampi

Dans la seconde moitié du XIX° siècle, un élément politico-stratégique important fut la présence de la Marine Impériale russe dans la Baie de Villefranche en raison d'une interdiction pour celle-ci de retourner en Mer Noire, et suite aux négociations entre Alexandre II et Cavour. Voir ici.

Le Tsar Alexandre II
1818-1881

De nombreux nobles francophones étaient propriétaires à Nice, Cannes, Menton, Bordighera et San Remo et venaient passer les hivers sur la Riviera dès le milieu du XIX° siècle.

Mais c'est après la révolution de 1917 qu'une importante communauté russe s'installe tout naturellement sur les bords de la Méditerranée: les "Russes Blancs"

Quant à l'exil des populations ouvrières (domestiques ne voulant pas quitter leurs maîtres et militaires), il suivit naturellement la migration des nantis.

Une autre raison de leur choix fut également la présence d'églises russes sur la Riviera, en particulier à Nice, Cannes, Menton et San Remo.

A Nice : voir ma note ici.

A Cannes :

Au XIX° siècle, la communauté russe de Cannes devient de plus en plus importante : elle compte 150 personnes en 1880.

En 1904, plus de 800 russes résident à Cannes, et il devient alors nécessaire de construire une église.

Ce sont l'archiprêtre Grégoire Ostrooumoff (1856-1947) et le Grand Duc Michel Mikhaïlovitch de Russie (1861-1929) qui sont à l'origine du projet de cette église.

Le Grand Duc Michel Mikhaïlovitch de Russie

Un terrain est acquis sur la pointe de la Croisette.

Grégoire Ostrooumoff

L'église St Michel Archange est consacrée le 22 novembre 1894 par le Métropolite de St Pétersbourg, l'archiprêtre Grégoire Ostrooumoff, des clergés russes de Nice, Menton, et grec de Marseille, en présence de membres de la famille impériale, de l'aristocratie russe, ainsi que des autorités de la ville de Cannes et des Alpes Maritimes.

Eglise St Michel Archange




A Menton:

En 1880, la Société Russe de Bienfaisance à Menton, est créée sous le patronage de la Grande Duchesse Anastasia Mikhaïlovna de Russie qui résidait alors à Cannes.

La Grande Duchesse Anastasia Mikhaïlovna
1860-1922

Il s'agissait de venir en aide aux russes qui résidaient à Menton, Bordighera et San Remo.

En 1892, une maison fut achetée dans le quartier de Carnoles (La Maison Russe) pour abriter les russes malades et nécessiteux.

La Société décida peu après de construire une église attenante.

L'église Notre-Dame-Joie-des-Affligés fut consacrée le 4 novembre 1892 par le clergé orthodoxe de l'église St-Nicolas-et-Ste-Alexandra de Nice.

Elle se situe 14 rue Paul Morillot et est rattachée au Patriarcat de Moscou.





A San Remo:

La communauté russe avait atteint à San Remo, à la fin du XIX° siècle, le millier de personnes, dont beaucoup s'y étaient établies de façon permanente, et en accord avec la ville, il fut décidé de construire une église orthodoxe dont la première pierre fut posée en 1912.

L'église est située au début de la "Promenade de l'Impératrice", en reconnaissance de la tsarine Maria Alexandrovna, femme d'Alexandre II, qui fit de San Remo son lieu de vacances.

La Grande Duchesse Maria Alexandrovna
1853-1920

A un jet de pierre du célèbre casino de San Remo, et nichée au milieu des palmiers, l'église du Christ Rédempteur est toujours utilisée et est l'un des symboles de la ville de San Remo.
Elle est située Via Nuvoloni, 2.





L'histoire des communautés russes à Nice se poursuit et c'est celle d'une génération née en France et aussi celle d'une nouvelle vague de touristes due à l'éclatement du bloc soviétique, en particulier les "Nouveaux Russes", nouveaux riches qui dépensent des fortunes dans les palaces et les casinos et avec qui les Russes installés depuis cinq générations n'entretiennent aucune relation ...

Ne soyez pas surpris de constater que les cartes des restaurants les plus huppés soient rédigés également en russe.



samedi 21 mars 2020

Nice, la "Petite Russe"


La plus grande Cathédrale Orthodoxe en Europe se trouve à Nice.
Et nous sommes allés à nouveau la visiter il y a peu ... avant le Grand Confinement...

Cette magnifique Cathédrale s'élève non loin du centre ville de Nice.


Pour nous y rendre, nous empruntons le Boulevard Tzarewitch et la Cathédrale se situe à l'extrémité de l'Avenue Nicolas II.



La communauté russe installée à Nice au XIX° siècle est importante et la construction d'une église orthodoxe russe est décidée.

La tsarine Alexandra Fedorovna lance une souscription dès 1856, et trois ans plus tard l'église St- Nicolas-et-Ste-Alexandra est inaugurée rue Longchamp : c'est la première église russe d'Europe de l'Ouest, mais elle devient rapidement trop petite.

Eglise St-Nicolas-et-Ste-Alexandra
Rue Longchamp, à Nice.

En 1865, le Tzarewitch Nicolas Alexandrowitch, fils du Tzar Alexandre II s'éteint des suites d'une méningite, à vingt ans, alors qu'il séjourne à la Villa Bermond.

Le Tzarewitch Nicolas Alexandrowitch

La Villa Bermond était considérée à l'époque comme la plus vaste et la plus fastueuse de Nice : elle possédait 200 000 orangers et d'innombrables serres.

A la suite du décès du Tzarewitch, la famille impériale achète la propriété et fait raser la villa.

En 1867 y fut construite une chapelle commémorative qui contient le mausolée du Tzarewitch.

La Chapelle du Tzarewitch




Et en 1903, à proximité de cet oratoire, commence la construction d'une Cathédrale, selon les plans de l'architecte Préobrajenski voir ici.

Elle est inaugurée en 1912: voir ici.

Après la Révolution de 1917, les "Russes blancs" s'installèrent en masse à Nice et sur la Côte d'Azur et la Cathédrale devint de fait un lieu de rassemblement de cette communauté émigrée.



De 1923 à 2010 c'est une association cultuelle qui gère cette Cathédrale.
De 1931 à 2011, elle dépend du Patriarcat Oecuménique de Constantinople.

Mais dès novembre 2006, la Fédération de Russie revendique la propriété de la Cathédrale, s'appuyant sur le fait que le terrain sur laquelle elle est construite appartenait à la Famille Impériale de Russie avant la Révolution de 1917.

La Famille Impériale en 1913

In fine, après de très nombreux démêlés juridiques avec la Fédération de Russie, elle est désormais rattachée au Patriarcat de Moscou et de toute la Russie : voir ici.

L'Etat Russe a engagé la rénovation de l'édifice en 2012, année du centenaire de la Cathédrale, et l'édifice a été réouvert officiellement le 19 janvier 2016.
Voir ici.





Ne manquez pas la visite si vous passez par Nice!

Voir ici pour des informations pratiques.