Étant à Turin en mai dernier, j'ai pu visiter avec bonheur, interrogation et fascination l'exposition consacrée à Chiharu Shiota, intitulée "The Soul Trembles" (L'âme tremble), au MAO (Museo d'Arte Orientale).
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| Chiharu Shiota |
Chiharu Shiota est une artiste plasticienne japonaise de la performance et de l'installation, née en 1972. Formée au Japon, en Australie et en Allemagne, elle est principalement célèbre pour ses installations monumentales faites de réseaux complexes de fils de laine et de coton, rouges ou noirs.
Elle explore les notions de matérialité, de perception psychique de l'espace, de mouvement et de rêve.
Elle utilise aussi, en les accumulant, de vieux objets comme des lits, des châssis de fenêtre, des vieilles valises, des chaises, un vieux piano,...
Elle explore les relations entre passé et présent.
A cela s'ajoute parfois une dimension onirique par le tissage de véritables toiles d'araignée complexes et impénétrables.
Elle réalise des installations immersives dans lesquelles un espace entier est traversé de fils de couleur noire ou rouge, couleurs qui, selon l'artiste, peuvent être associées au ciel nocturne ou au cosmos pour la première, au sang ou au fil rouge du destin, selon certaines traditions asiatiques pour la seconde.
La simplicité des matériaux rend d'autant plus fort l'impact de ses œuvres.
Les oeuvres de Chiharu Shiota sont éphémères, mais elles visent à laisser une impression durable.
Cette exposition monographique de Chiharu Shiota se tient au MAO (Museo d'Arte Orientale à Turin) pour ses débuts italiens, et pour la première fois dans un musée d'art asiatique, après avoir été accueillie dans une série d'institutions internationales prestigieuses à travers l'Asie et l'Europe.
The Soul Trembles retrace l'ensemble de la production de Shiota, à travers des dessins, des photographies, des sculptures et certaines de ses installations environnementales et monumentales les plus célèbres.
Souvent inspirées par des expériences personnelles, les œuvres de Shiota explorent l'intangible, les souvenirs, les émotions, les images oniriques et les visions, offrant des espaces silencieux pour la contemplation, et soulèvent des questions sur des concepts universels et existentiels tels que l'identité, la relation à l'Autre, la vie et la mort.
Le fil est aussi la métaphore du lien et de la mémoire : les relations invisibles entre les individus, l'enchevêtrement fragile et non linéaire de la mémoire, le fil rouge du destin...
Traversant les frontières temporelles et spatiales, ses œuvres touchent à la part la plus intime et vulnérable de l'être humain.
En tant que spectateurs pris dans ces réseaux de fils, nous ressentons que nous sommes tous pris dans des systèmes de relations et de souvenirs que nous ne maîtrisons pas entièrement.
Ses installations ne donnent pas de réponses claires à nos questionnements ( ce qui nous relie aux autres, ce qui reste après l'absence, ce qui structure notre identité sans qu'on le voie) mais elles créent une expérience émotionnelle où le spectateur devient lui même une partie du réseau.
Shiota a souvent évoqué son expérience de la maladie et son déracinement, du Japon vers l'Allemagne.
L'exposition au MAO prend la forme d'une version unique, conçue en collaboration avec le Mori Art Museum de Tokyo et le studio de l'artiste, transformant tous les espaces du musée de manière inédite, des salles réservées aux expositions temporaires jusqu'aux galeries de la collection permanente, la plaçant ainsi en dialogue direct avec les œuvres du musée.
Une exposition magnifique et fascinante, en tout cas une belle découverte qui dérange et qui interroge !
Voir ici une vidéo à l'occasion de Art Basel.



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