lundi 21 septembre 2026

Les Carnets du sous-sol de Dostoïevski avec Christophe Laparra au Théâtre Essaïon, à Paris : magistral !

 

J'ai vu avec grand plaisir, vendredi dernier, au Théâtre Essaïon, à Paris, Les Carnets du Sous-Sol, de Dostoïevski, mis en scène et interprété magistralement par Christophe Laparra, seul en scène. Jusqu'au 7 novembre 2026.


 L'adaptation et la dramaturgie sont de Marie Ballet, sur la traduction d'André Markowicz (Actes Sud/Babel)


Réfugié dans son sous-sol, le personnage que met en scène Dostoïevski ne cesse de conspuer l'humaine condition pour prôner son droit à la liberté. 

Et il n'a de répit qu'il n'ait, dans son discours, humilié, diminué, vilipendé les amis de passage ou la maîtresse d'un soir.

 Dostoïevski (1821-1881)

Un monologue féroce et imprécatoire magnifiquement rendu par la traduction d'André Markowicz et magistralement interprété par Christophe Laparra.


Le héros se prend lui-même comme matière d'observation et débat avec des « messieurs » imaginaires. C'est la matière de la première partie du roman, la plus philosophique.


Face aux certitudes de son temps, il oppose son « caprice », qu'il juge constitutif de l'homme, au point qu'on préférerait devenir fou plutôt que renoncer à sa liberté. 



C'est la charge de Dostoïevski contre le rationalisme et l'utilitarisme, et contre l'idée que « deux et deux font quatre » suffirait à gouverner une vie.


Au Théâtre Essaïon, un dispositif rectangulaire indéfini figure à la fois l'espace mental du héros, un sous-sol et une chambre. 


Le lieu sert de métaphore, et la salle joue un rôle : la voûte en pierre du XVIIe siècle et les deux piliers autour desquels le public est réparti forment le décor.




Le comédien y est comme « habité » par le personnage, dans une forme d'effondrement contrôlé. 




On le voit faire sonner les mots comme une litanie, où chaque intention trouve sa place. 


Sa voix à la fois tortueuse, indigne et attachante fait tenir le spectacle, puisque c'est un texte de pensée où l'action est réduite à presque rien.




Un spectacle magistral : courez-y vite!


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