Lors de mon récent passage à Nida, sur l'Isthme de Courlande, en Lituanie, j'ai pu visiter avec grand intérêt la maison que Thomas Mann s'y était fait construire en tant que résidence d'été.
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| Thomas Mann à Nida/Nidden au bord de la Baltique |
Thomas Mann découvre Nidden (Nida) lors de vacances en 1929. Il est séduit par les dunes, la Baltique, la lagune et la lumière, qui lui rappellent l'Italie et même le désert égyptien.
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| Vue sur la lagune de Courlande |
Le village se trouve alors dans le territoire de Memel (Actuellement Klaipèda), sous administration lituanienne depuis 1923-1924, auparavant sous l'Empire Allemand puis après 1918 sous mandat de la Société des Nations.
Le Prix Nobel de littérature, qui lui est attribué fin 1929, en particulier pour Les Buddenbrooks, lui donne les moyens de bâtir.
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| Thomas Mann au moment de l'attribution du Prix Nobel |
La maison, dessinée par l'architecte Herbert Reissmann, est achevée en 1930.
Elle est de style local, avec un toit de chaume et des murs bruns et bleus, et domine la lagune de Courlande depuis la colline de Skruzdynė.
Thomas Mann y trouve un lieu calme où travailler, et il y écrit une bonne partie de Joseph et ses frères, cette immense tétralogie qui allait l'occuper pendant plus d'une décennie.
Thomas Mann possédait une discipline de travail extrêmement rigoureuse.
Nida devait lui permettre de continuer à écrire tout en vivant avec sa famille dans un paysage qui lui procurait une forme de retrait.
Les séjours à Nida n’étaient pas pour lui des vacances au sens ordinaire.
Sa journée continuait d’être organisée autour du travail.
Nida lui offrait quelque chose dont il avait profondément besoin : une combinaison de solitude et de vie familiale, de discipline et de contemplation.
La famille y passe les étés 1930, 1931 et 1932.
Dans "Mein Sommerhaus", conférence prononcée en 1931 devant le Rotary Club de Munich, Thomas Mann explique son attachement à Nidden.
J'y reviendrai : c'est particulièrement intéressant et émouvant.
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| En famille |
Puis vient l'abandon forcé de cette résidence d'été à laquelle il était tellement attaché.
En février 1933, Mann part en tournée de conférences à l'étranger (Amsterdam, Bruxelles, Paris) sur Wagner, quelques semaines après l'arrivée d'Hitler au pouvoir.
Ses enfants Erika et Klaus l'avertissent qu'il est dangereux de rentrer, d'autant qu'une campagne de dénonciation le vise bientôt à Munich.
On dépose devant sa maison un exemplaire brûlé de son livre phare Les Buddenbrooks, signe annonciateur des auto-da-fé nazis.
Il s'installe alors en exil, à Sanary-sur-Mer puis en Suisse, et ne revient plus jamais à Nida.
Il perd ainsi la maison chère à son coeur, sans l'avoir choisi, et le contexte politique, avec la montée du nazisme dans la région de Memel, achève de rendre tout retour impossible.
Après le rattachement du territoire de Memel à l'Allemagne nazie, la maison est saisie à la demande de Hermann Göring et transformée en maison de repos pour officiers de la Luftwaffe.
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| Hermann Göring |
C'est donc sous cette forme qu'elle a traversé la guerre.
Puis le village de Nidden/Nida, est presque entièrement évacué fin 1944 et début 1945 devant l'avancée de l'Armée Rouge.
Une gestion soviétique s'en est suivie, puis en 1967 le ministre lituanien Antanas Venclova y a fait ouvrir un mémorial.
La maison a ensuite été restaurée et ouverte au public, et abrite aujourd'hui un centre culturel Thomas Mann, que j'ai pu visiter en juillet dernier: ici.

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