samedi 18 avril 2026

A Gênes, le faste inouï des 42 Palais Renaissance et baroques des Rolli

 

Aujourd'hui, à Gênes, 42 Palais des Rolli et des Strade Nuove forment un site Unesco inscrit en 2006, illustrant l'urbanisme planifié de l'élite génoise, à savoir des familles comme les Grimaldi, Doria, Spinola.

Palazzo Doria-Tursi, 9 via Garibaldi

 Ce Palais exemplaire, ci-dessus, avec sa cour baroque ensoleillée, évoque le faste des Rolli, typique des résidences destinées à impressionner les visiteurs d'Etat.

Les Rolli de Gênes désignent un exemple original d'un système public officiel de listes de Palais aristocratiques privés établi par la République de Gênes, alors au sommet de sa puissance, en 1576 pour héberger les hôtes de marque (ambassadeurs, rois, dignitaires) lors de leurs visites.

 

Via Garibaldi by night

Certains de ces Palais se visitent mais d'autres restent privés et ne s'ouvrent que lors des Rolli Days (16-18 octobre 2026 : ici)

Ces Strade Nuove furent construites dans la partie supérieure de la ville, juste au dessus des rues étroites, très populaires, les caruggi, bordées de bâtiments médiévaux extrêmement denses. Voir ici ma note sur les caruggi.

Via Garibaldi
 

Les Palais comportaient généralement 3 ou 4 étages, associant les halls d'entrée à de spectaculaires escaliers ouverts, des cours et des loggias surplombant des jardins.

J'ai déjà eu l'occasion, lors de précédents passages à Gênes, de visiter le Palazzo Rosso et le Palazzo Bianco, mais, il y a quelques jours, je me suis rendu au Palazzo Spinola.

Palazzo Spinola
 

Situé au cœur du Centre Historique de Gênes, un peu en dehors de la triomphante Strada Nuova (rue Garibaldi), le Palazzo Spinola di Pelliceria est né à la fin du XVI° siècle par la volonté de Francesco Grimaldi. Voir ici.

A noter, pour la petite et la grande histoire,  que les Grimaldi de Gênes et les Grimaldi de Monaco appartiennent à une même maison d'origine génoise : la lignée dynastique monégasque descend des Grimaldi établis à Gênes dès le XII° siècle autour de Grimaldo Canella, consul de Gênes en 1162.

Armoiries des Grimaldi de Gênes

 

Ce Palais a été la résidence de quatre familles extrêmement importantes de la ville : les Grimaldi, bien sûr, les Pallavicino, les Doria et enfin les Spinola.


 A noter que parmi les propriétaires de ce Palais, certains ont été Doges de Gênes : Luca Grimaldi (Doge de 1728 à 1730) et Pier Francesco Grimaldi (Doge de 1773 à 1775).

Sept membres de la lignée Grimaldi ont été Doges entre 1553 et 1775. 


 

Les derniers héritiers de la lignée, Paolo et Franco Spinola ont donné le Palais et toutes ses collections à l'Etat en 1958.

 


Antonello da Messina, Rubens, Van Dyck, Strozzi, Guido Reni, Grechetto,  Tintoretto, Filippo Parodi sont parmi les artistes présents toujours exposés dans les salles de ce somptueux palais. 

Ecce Homo, Antonello Da Messina, 1479

 

Les deux derniers étages du Palais abritent la Galleria Nazionale della Liguria avec des peintures, des sculptures, des céramiques, des objets d'ameublement qui se sont ajoutés plus récemment grâce à des dons et des achats de l’État italien. Voir ici.

Ce magnifique Palais, ouvert au public, offre un aperçu intime du luxe et du raffinement de la noblesse génoise. 

Voir ici une visite du Palais (en italien). 

 

lundi 13 avril 2026

Camogli, près de Gênes : un condensé admirable de l'esprit ligure

 

Camogli, que j'ai découvert avec un très grand plaisir il y a quelques jours, est un village côtier de Ligurie, devenu au fil du temps un gros bourg, condensé admirable de l'esprit ligure.

On y découvre un mélange de sobriété maritime, d'ingéniosité et d'attachement obstiné au lieu. 

Le port de Camogli
 

Le village donne l'impression d'une communauté qui a appris à vivre avec un espace étroit, une mer exigeante et une économie longtemps fragile...sans jamais renoncer à la beauté. 

On y accède facilement en trente minutes de train depuis Gênes, en direction de Sestri Levante et La Spezia.


 L'histoire de Camogli est avant tout maritime : dès le Moyen-Âge, il s'est affirmé comme un port important, puis comme un centre de navigation et de commerce au service de la République de Gênes.

Camogli était  d'ailleurs surnommée "la ville aux mille voiles blanches". 


 L'origine de son nom remonterait à l'idée de la "maison des épouses" (casa de moglie) : lorsque les capitaines de navires embarquaient, ils mettaient leurs femmes (mogli) dans une sorte de maison pour tous (casa), et ce sont elles qui géraient les affaires courantes, et la ville était connue pour cela. 

Au XIX° siècle, la ville compte encore une forte population liée aux activités maritime et  commerciale.

 L'esprit ligure se perçoit, non seulement par une familiarité avec le risque, le départ et le retour, comme dans tout port, mais aussi dans une forme de retenue : on ne s'y étale pas, on s'y serre, on s'y adapte.

La mer n'y est pas un décor mais une condition d'existence. 

L'espace, lui, est restreint : les maisons hautes et colorées, les escaliers, les caruggi et la densité du bâti sont proprement ligures. 

Aujourd'hui, cette mémoire maritime reste visible dans le petit port, les maisons colorées et le tissu urbain très vertical du village.



 


 L'ensemble du centre ancien de Camogli avec ses escaliers et ses ruelles étroites garde l'allure d'un bourg toujours tourné vers la mer.

 


Avec le déclin du grand cabotage et de la marine locale, Camogli s'est progressivement converti vers une forme de tourisme discret et respectueux, et son image actuelle associe de façon heureuse patrimoine, paysage marin et architecture aux couleurs pastel.

 

Le village offre un bon exemple de la transformation d'un ancien port ligure en lieu de villégiature douce, sans rupture complète avec son passé.

Camogli donne de l'esprit ligure l'image d'un peuple marin, sobre, résistant et poétique sans emphase.

On y perçoit une culture de l'enracinement où la fidélité au quotidien compte d'avantage que l'exploit spectaculaire.