dimanche 19 décembre 2021

Lotte Laserstein : un regard féminin au plus près de l'humain

 

La Fondation Beyeler, à Bâle, met à l'honneur (et jusqu'au 2 janvier 2022), lors de l'Exposition CLOSE-UP, neuf artistes femmes dont l'oeuvre se concentre sur le portrait et l'autoportrait : ici.


Il s'agit de Berthe Morisot, Mary Cassat, Paula Modersohn-Becker, Lotte Laserstein, Frida Kahlo, Alice Neel, Marlene Dumas, Cindy Sherman et Elisabeth Peyton.

Ces artistes occupent des positions éminentes et exemplaires dans l'histoire de l'art de 1870 à nos jours.

C'est l'époque au début de laquelle - à la faveur d'une évolution sociétale plus générale du statut et de la condition des femmes - il devient pour la première fois possible à des artistes femmes en Europe et en Amérique de développer une activité artistique professionnelle sur une large base.

Notre attention a été particulièrement attirée par l'oeuvre de Lotte Laserstein, née le 28 novembre 1898 à Preussisch-Holland, une petite ville de l'est de la Prusse, et morte le 21 janvier 1993, à 94 ans, à Kalmar, en Suède: ici.

Lotte Laserstein

Nous avons pu admirer des tableaux de son oeuvre précoce, réalisés entre 1923 et 1933, avant son émigration forcée vers la Suède.



Lotte Laserstein est une figure emblématique du réalisme, au plus près de l'humain,  qui se développe dans les années 1920 parallèlement à la Nouvelle Objectivité.



"Dans mon atelier"

Dans ses choix de sujets,  elle s'avère pleinement ancrée dans le présent, et dans son environnement propre.




Ses portraits ont pour contexte Berlin, métropole de la République de Weimar.



Ils représentent des types de la vie quotidienne moderne, et en particulier la "nouvelle femme", que l'on voit dans les magazines et les films.



Ses oeuvres se caractérisent par une tension singulière qui nait de l'association d'un regard résolument moderne d'une part et d'une peinture traditionnelle et légèrement mélancolique d'autre part.



En 1922, sa famille perd une grande partie de sa fortune, de par la crise économique et Lotte prend un travail d'illustratrice.

De 1927 à 1931, elle ouvre son atelier et une école d'art à Berlin, participe à 22 expositions et devient membre de l'association des femmes artistes berlinoises.




Sa carrière prend fin en 1933 lorsque les nazis l'écartent de toute activité artistique, son père étant d'origine juive.



Elle émigre alors en Suède, mais son oeuvre ne retrouvera plus l'éclat des années berlinoises.

Lotte s'est appliquée à représenter une nouvelle image de la femme : cheveux courts, pantalons souples, la femme fait du sport et elle fume.

Son modèle préféré est son amie Traute Rose.


Son oeuvre la plus connue est "Abend über Potsdam". 

L'ambiance y est mélancolique, les personnages ne discutent pas, ils sont pensifs et tristes et pressentent peut-être que la crise et la guerre changeront leur vie.


Voir ici une video présentant son oeuvre.

vendredi 17 décembre 2021

Dans les Alpes-Maritimes : les trésors cachés de Peille


Peille est un village perché de la Côte d'Azur, situé dans l'arrière pays de Monaco,  qui possède un riche patrimoine historique depuis la fin du néolithique.

Peille, au nord de Monaco

Lors d'une visite récente, nous sommes partis à la découverte de son histoire riche et passionnante.


Cet authentique village médiéval du XI° siècle est situé sur un site escarpé dominé par les falaises abruptes du Mont Baudon avec une vue panoramique sur la baie de Nice. 



Peille nous réserve de multiples découvertes à travers ses ruelles étroites et ses passages voûtés non accessibles aux véhicules.







Construit à 630 m d'altitude, Peille est situé près d'un rocher escarpé formant le site défensif de l'ancienne citadelle, le "Baou de Caster".

Le village est cerné par le Mont Baudon ainsi que par le Mont Agel et le Mont Rastel.


La commune actuelle de Peille comporte trois entités urbanisées : le Village, Saint-Martin de Peille (hameau résidentiel sur la route de La Turbie), La Grave de Peille dans la Vallée du Paillon.

Petite placette du Village

Voir ici l'histoire passionnante de Peille à travers les âges.

Dès le XI° siècle, la petite cité médiévale entourée de remparts dépendait des Vicomtes de Nice, mais elle était dirigée de façon très autonome.

Au XII° siècle, Peille était administrée par trois Consuls et possédait un tribunal.

Siège du Consulat


Son territoire descendait jusqu'à la mer : tout ce qui est aujourd'hui la Côte Monégasque, ainsi que le Rocher de Monaco,  lui appartenait, ainsi que les fiefs de Ste-Agnès, Castellar, Gorbio, La Turbie, Eze, l'Escarène et Peillon.




A la fin du XII° siècle le village est entièrement fortifié par des remparts et un donjon médiéval s'élevait à l'emplacement de l'actuel Palais Lascaris.

En 1651 le Comté de Peille est créé en faveur de Jean-Paul Lascaris-Vintimille, Grand Maître de l'Ordre de Malte et 4° Seigneur de Peille.

Le Palais Lascaris
construit en 1651


En 1386, la Chapelle Saint-Sébastien est construite et devient le siège de la Confrérie des Pénitents Noirs, qui le restera jusqu'en 1860.

Ancienne Chapelle St-Sébastien


Peille appartiendra successivement à la Maison de Savoie, au Royaume de Piémont-Sardaigne, puis à la France de 1792 à 1814, pendant la période révolutionnaire et napoléonienne.



De 1814 à 1860, Peille appartient à nouveau au Piémont, jusqu'au retour définitif à la France sous Napoléon III.


Lors des deux Guerres mondiales, Peille fut, de par sa position stratégique, le lieu de violents combats.

En 1944 , le Couvent Ste-Marie de Peille, appartenant à l'ordre des Soeurs de la Charité et du Bon et Perpétuel Secours, dirigé par Giuseppina Della Sale, dite Soeur Thomasine a recueilli, caché et sauvé des enfants juifs, après le départ de Nice des troupes italiennes et l'arrivée du sinistre Aloïs Brunner, chef de la Gestapo. Voir ici.


Sur un autre registre, les liens entre Peille et Monaco sont très anciens et précèdent d'un siècle l'arrivée des Grimaldi à Monaco et en 1197, les Consuls de Peille cèdent leurs droits sur le Rocher de Monaco aux Génois.

Le Prince Albert II s'est rendu le 6 Avril 2019 à Peille, inscrite dans la liste des sites historiques Grimaldi, et des places sont inaugurées en l'honneur de la famille Grimaldi : ici.




Une autre célébrité, dans un tout autre registre, fréquentait Peille et l'appréciait particulièrement : Léo Ferré.

C'est au coeur du Village, sur la Place Carnot, qu'une plaque de bronze immortalise le coup de coeur prolongé de Léo Ferré avec Peille.



L'artiste est d'ailleurs né pas très loin de Peille, dans la Principauté de Monaco, où il est enterré très discrètement.

Léo Ferré a écrit une chanson-hommage, "Peille", où il évoque ses souvenirs du village. Ferré y évoque ... des farcis et des raviolis, ceux de "Chez Cauvin Nana", restaurant qui existe toujours sur la Place du Village.

"Du fond de ce village où les pierres se parlent, à Peille, je m'en vais ce soir avec Marie, je vous salue Madame, avec tous vos amis ..."

Ecoutez Léo Ferré ici.


vendredi 3 décembre 2021

A La Turbie, le Trophée d'Auguste, pacificateur des Alpes

 

Le Trophée d'Auguste, à La Turbie, dans les Alpes Maritimes, célèbre la victoire définitive d'Auguste sur 44 tribus gauloises des Alpes, qui entravaient les multiples passages alpins et qui furent soumises entre 25 et 14 av. J-C.

Le monument a été élevé en 6 av. J-C

Auguste, né Caïus Octavius (Octave) en 63 av. J-C et mort en 14 apr. J-C était le neveu de César, et le premier Empereur romain ici.


L'Empereur Auguste

Plus qu'une attaque pour accaparer des marchandises, ces peuples imposaient alors à ceux qui empruntaient leurs cols un contrôle des relations commerciales et des mouvements militaires, inacceptables pour l'Empire romain.

Du Col de La Turbie, point le plus haut de la Voie Julia, le monument domine la mer, de San Remo à l'Esterel.

Ce Trophée n'avait aucune vocation militaire

Ce monument marque la frontière entre l'Italie et la Gaule et affirme la puissance et la protection de Rome.

La province militaire des Alpes Maritimes est créée en l'an 7 av. J-C et placée directement sous la dépendance de l'Empereur.

La Ville de Cemenelum (Cimiez), fondée en 13 av. J-C, en face de Nikaia (Nice), en devient la capitale.

Les Arènes de Cemenelum (Cimiez)



Les Thermes romains de Cemenelum

La soumission des tribus gauloises et celto-ligures a permis la continuation de la Via Aurelia (ici) par la construction de la Via Julia Augusta, une voie romaine qui relie la Gaule cisalpine à la Gaule transalpine.

Via Aurelia

Via Julia Augusta



La Via Julia  joue un rôle militaire et commercial important (Elle passe par Vence, Cemenelum, La Turbie et Vintimille).

Le Trophée d'Auguste était à l'origine de dimensions impressionnantes : de presque 50 m de hauteur, il était surmonté d'une statue d'Auguste.

Statue de l'Empereur Auguste
dite de "Prima Porta"

Reconstitution du Trophée d'Auguste

Traditionnellement, les trophées sont dédiés aux divinités de la Victoire.

Le Trophée d'Auguste s'inscrit dans le paysage d'un sanctuaire voué à l'Héraclès Monoïkos (Hercules Monoecus, d'où découle le nom de Monaco) : Auguste est ainsi assimilé à Héraclès-Hercule, demi-dieu promis à l'immortalité après la réalisation de ses douze travaux.

Pièce de collection de 10€ de Monaco
à l'effigie d'Hercules Monoecos

Laissé à l'abandon à la fin de l'Empire Romain, il subira de grandes destructions, servira de forteresse au Moyen-Âge, avant d'être miné en 1705, sur ordre de Louis XIV,  (encore lui!) pour servir de carrière.

Ses pierres servirent en particulier à la construction de l'Eglise Saint-Michel de La Turbie.

Eglise Saint-Michel de La Turbie

Eglise St-Michel et le Trophée des Alpes

En 1865, les vestiges sont classés au titre des Monuments Historique.


Dans les années 1930, il est restauré partiellement, grâce au mécénat d'Edward Tuck, un philanthrope américain, qui passe ses hivers à Monte-Carlo.

Edward Tuck

Les travaux sont dirigés par Jules Formigé.

Il est inauguré le 26 avril 1934.


Vous pouvez visiter le Trophée des Alpes : ici.