mercredi 1 mai 2024

A Bâle, au Kunstmuseum : "Made in Japan", estampes de Hiroshige, Kunisada et Hokusai

 

Le Cabinet des Arts Graphiques du Kunstmuseum de Bâle possède une collection prestigieuse d'estampes japonaises en couleur des XVIII° et XIX° siècles, exposées actuellement pour la première fois, et jusqu'au 21 juillet 2024.

 La majeure partie provient de la collection du Dr Carl Mettler (1877-1942) : le chimiste bâlois légua au Musée sa collection, constituée depuis les années 1920.

Cette très belle exposition s'articule autour des deux grands thèmes de l'estampe japonaise : la représentation des paysages et de la figure humaine.

L'histoire culturelle et sociale du Japon se reflète dans ces splendides estampes polychromes qui, bien qu'étant généralement produites en grand nombre, étaient imprimées avec un grand raffinement.

Nous avons pu admirer lors de la visite de cette exposition les œuvres de Utagawa Hiroshige (1797-1858), Katsushika Hokusai (1760-1849) et Utagawa Kunisada (1786-1865).


L'importance de Utagawa Hiroshige repose sur sa maîtrise du genre représentant le paysage. Voir ici.

Portrait d'Hiroshige peint par Utagawa Kunisada

Son oeuvre, en particulier sa dernière série d'estampes, les célèbres 100 vues d'Edo (ici) fut accueillie avec enthousiasme par des artistes occidentaux comme Vincent van Gogh et Claude Monet.






Voir un autre aperçu de ses œuvres dans cette vidéo : ici.


Katsushika Hokusai est considéré comme l'un des véritables génies créatifs de l'époque d'Edo, ou période Tokugawa, 1603-1868, (ici).

Katsushika Hokusai
 

Au cours de sa longue et prolifique vie, il créa un nombre impressionnant de plus de trente mille dessins, parmi lesquels se distinguent les 36 vues du Mont Fuji.

On l'appelle aussi "le vieillard fou de dessin", "l'homme de la vague" et "le père des mangas".







"Tsunami", l'estampe qui l'a rendu célèbre


Hokusai a été une des figures influentes de l'art dans le monde entier et ses œuvres ont été accueillies très  tôt en Europe par l'avant-garde de la fin du XIX° siècle.

Voir une vidéo ici.

Voir ici le trailer du beau film réalisé en 2020 par Hajime Hashimoto,  consacré à Hokusai.


Utagawa Kunisada était un disciple d'Utagawa Toyokuni I, et se spécialisa dans la conception d'estampes représentant des personnages. Il s'appela aussi Utagawa Toyokuni III.Voir ici.

Il représentait aussi bien des motifs de Kabuki (yakusha-e) que des représentations de belles femmes (bijinga).

Il aurait réalisé plus de dix mille œuvres.







Le Cabinet des Arts graphiques de Bâle compte 350 œuvres de ces trois artistes.

Pour certaines xylographies, qui firent à l'origine l'objet de tirages abondants, il ne reste plus que quelques exemplaires dans le monde entier, et il faut venir à Bâle pour les admirer.

La splendide exposition "Made in Japan" du Kunstmuseum de Bâle offre l'occasion de se replonger dans une forme d'art prétendument connue et de découvrir une collection d'estampes exceptionnelle.

Courez-y vite !

Voir ici la vidéo de présentation de cette exposition (en allemand et anglais).

 

Paul Auster, l'écrivain qui "avait New York dans la peau" est mort

 

J'ai appris cette triste nouvelle ce matin, alors que je venais de terminer hier soir son dernier roman : "Baumgartner", qui m'a passionné. Voir ici.

Paul Auster (3 février 1947 - 30 avril 2024)    

Paul Auster a vécu plus de quarante ans dans le quartier de Brooklyn, à New-York. Ici.

Paul Auster racontait, dans "La Grande Librairie", en 2016 : "Densité, immensité, complexité. C'était ça l'attrait de New-York. Quand on a cette ville dans la peau, le reste de l"Amérique a l'air paumé".

"Paul Auster était un homme immense, avec une pensée tellement intelligente et imagée, s'est émue Fraçoise Nyssen, l'une de ses amies, et dirigeante des éditions Actes Sud, qui ont publié les traductions de l'oeuvre de l'écrivain en français: ici .


"Baumgartner" évoque les inexorables dégâts de la vieillesse et l'appel au secours des souvenirs.

Son épouse, Siri Hustvedt présentait  "Baumgartner" avec ces mots : "C'est un petit livre tendre et miraculeux".

Paul Auster et Siri Hustvedt
 

Sy Baumgartner, professeur de philosophie à Princeton, veuf solitaire de soixante-dix ans entame un voyage dans le grand palais de la mémoire.

Ses pensées, lentement, partent à la dérive "vers le passé, le passé distant que l'on distingue à peine, vacillant à l'extrémité la plus lointaine de la mémoire, et, par fragments lilliputiens, tout lui revient".

Se dessine, dans ce beau roman, une étude sensible, profonde et fouillée sur l'attachement et les méandres du deuil de l'être aimé".

"Baumgartner" est un roman traversé par les forces de l'amour et de la perte, étonnamment lumineux".


samedi 20 avril 2024

Ahmet Altan : "Madame Hayat", un hymne à la liberté

 

Né en 1950, Ahmet Altan est un des journalistes les plus renommés de Turquie. Son œuvre de romancier est traduite en plusieurs langues. Ici.

Ahmet Atlan
 

Accusé pour implication présumée dans la tentative de putsch manqué du 15 juillet 2016, Ahmet Altan a été emprisonné plus de quatre ans à Istanbul avant d'être libéré le 14 avril 2021 sur ordre de la Cour de Cassation de Turquie. 

La veille, la Cour Européenne des Droits de l'Homme avait condamné l’État Turc pour la détention arbitraire du journaliste.

Après Comme une blessure de sabre (Actes Sud 2000), et L'Amour au temps des révoltes (Actes Sud 2008), ses textes de prison ont fait l'objet d'un recueil intitulé Je ne reverrai plus le monde (Actes Sud 2019), couronné par le prix André Malraux. Voir ici.

Madame Hayat (Actes Sud 2021), un roman flamboyant,  a été écrit lors de sa détention arbitraire dans la prison de haute sécurité de Silivri, à l'ouest d'Istanbul. Voir son interview par le Monde des Livres ici.

 Jusqu'à ce jour, Ahmet Altan vit en résidence surveillée dans son appartement d'Istanbul, sans autorisation de quitter le territoire turc.

Ce livre a été couronné par le Prix Femina étranger et rencontre un magnifique succès dans la presse et en librairie, mais il n'a pas pu être publié en Turquie. Voir ici et .

"C'est en marchant dans la cour de ma cellule, pendant des heures, que j'ai créé le personnage de Madame Hayat. Je suis amoureux d'elle. C'est quelqu'un qui a conscience de l'absurdité de l'existence mais ne renonce pas à en jouir: une sorte de sage sensuelle.

C'est une femme concrète, réelle. Avec sa sensualité, son ironie, sa manière de s'assoir, de marcher, de rire, de danser. Elle aime les hommes, et en même temps se moque de leurs ambitions mondaines, au sens de "temporelles", de "séculières"."

Ahmet Altan signe, avec "Madame Hayat" son plus beau roman : un hymne à la liberté. 


Voir une vidéo ici à propos de ce livre.

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Born in 1950, Ahmet Altan is one of Turkey's 
most renowned journalists. His work as a novelist 
has been translated into several languages. 
 

Accused for alleged involvement in the failed 
putsch attempt of July 15, 2016, 
Ahmet Altan was imprisoned for more 
than four years in Istanbul before being 
released on April 14, 2021 by order 
of the Turkish Court of Cassation.

The day before, the European Court 
of Human Rights had condemned the Turkish State 
for the arbitrary detention of the journalist.
 
 After Like a saber wound (Actes Sud 2000), 
and Love in the time of revolt (Actes Sud 2008), 
his prison texts were the subject of a 
collection entitled Je ne verrai plus le monde 
(Actes Sud 2019 ), crowned by the André Malraux
 prize. 
 
 Madame Hayat (Actes Sud 2021), a flamboyant 
novel, was written during his arbitrary 
detention in the high security prison of Silivri, 
west of Istanbul. 


 To this day, Ahmet Altan lives under 
house arrest in his apartment in Istanbul, 
without authorization to leave Turkish territory.
 
This book was crowned with 
the Foreign Femina Prize and met 
with magnificent success in the press 
and in bookstores, but it could not be 
published in Turkey. 
 
 "It was while walking in the courtyard 
of my cell, for hours, that I created 
the character of Madame Hayat. I am in 
love with her. She is someone who is aware 
of the absurdity of existence but does 
not give up enjoying it: a kind of sensual sage.

She is a concrete, real woman. With his sensuality, 
his irony, his way of sitting, of walking, 
of laughing, of dancing. She loves men, 
and at the same time mocks their worldly 
ambitions, in the sense of “temporal”, “secular”.”
 
 Ahmet Altan signs, with “Madame Hayat” 
his most beautiful novel: a hymn to freedom.

 

"La force qui ravage tout", la nouvelle comédie musicale tout feu tout flamme de David Lescot

 

"La force qui ravage tout", que j'ai pu voir au TNN à Nice (Salle de La Cuisine), est une comédie musicale sur l'art et la place qu'il occupe dans nos vies, produite par la Compagnie du Kaïros (ici)

 


Le texte, la musique et la mise en scène sont de David Lescot : ici.

David Lescot

"La force qui ravage tout" est une comédie musicale explosive portée par la même équipe de comédiens-chanteurs et de musiciens qui avait présenté au TNN en 2022 "Une femme se déplace".

"A la sortie d'une représentation de l'Orontea de Cesti, opéra italien du XVII° siècle, les spectateurs se mettent à se comporter de manière de plus en plus étrange et imprévisible.


 

Ils rebattent les cartes de leur vie sentimentale et se mettent à soumettre tous les autres aspects de leur existence au règne de l'amour.


 C'est l'amour désormais qui régit leurs comportements, leur mode de vie ou leurs choix professionnels.

 

Selon une construction chorale, nous les suivons les uns et les autres durant cette première nuit (blanche pour tous), puis au cours de la journée qui suit et jusqu'à la nuit d'après.


 

Au fil de ce temps continu se déroulent leurs histoires et leurs bouleversements, les relations qu'ils nouent, celles qu'ils brisent, celles entre eux resurgies du passé ...




 

... situations absurdes, renversantes, drôles ou tragiques, mais qui laisseront leurs vies sens dessus dessous. (David Lescot)


 "Un LaLaLand contemporain aux allures de chamboule-tout étonnant et drôle." (Elle)

"Une frénésie émotionnelle, ravageuse et euphorique" (Théâtre de la Ville)

"Un spectacle enflammé, drôle et profond, chanté et dansé, qui pose aussi la question de la place qu'occupe l'art dans nos vies." (H. Le Tanneur)

 Présentation du début de la comédie musicale : ici.

Et même : écouter ici l'Orontea de Cesti.

Un grand bravo à toute l'équipe pour cette étonnante et magnifique prestation !

 


vendredi 12 avril 2024

Théâtre : le Cid, magnifiquement adapté et mis en scène par Frédérique Lazarini

 

Frédérique Lazarini nous a offert une mise en scène vibrante, claire, à la fois austère et énergique du Cid de Pierre Corneille, au Théâtre Artistic Athévains, Paris 11°. 

Ce spectacle y est donné jusqu'au 28 avril. Courez-y vite! Voir ici.


Le Cid est une pièce écrite par Corneille en 1637, à l'époque de Louis XIII, qui raconte une histoire d'amour et de guerre située longtemps auparavant, au 11° siècle, en Espagne. Voir ici.


Dans cette pièce, bien connue des collégiens et des lycéens, s'affrontent les élans de l'amour et les exigences de l'honneur guidé par le pouvoir des pères.

 


L'élégante mise en scène de Frédérique Lazarini (ici)  exprime le coeur d'un éternel tragique qui emporte les personnages dans un cycle de vengeances liées à l'honneur et aux liens du sang.

Frédérique Lazarini

Ce Cid resserré, sans l'infante et sa suite, ni les gentilshommes castillans, joué souvent l'épée à la main,  condense l'affrontement entre les élans de la passion amoureuse et le sens du devoir, de manière limpide et implacable.

 



Deux jeunes comédiens incarnent Rodrigue (Arthur Guézennec) et Chimène (Lara Tavella), ces deux héros confrontés au défi effrayant de naître à eux-mêmes et de se faire reconnaitre par leur communauté, pris entre des figures paternelles très fortes.


 

"L'une des trames du Cid est celle de cet affront, cette humiliation exigeant réparation, cette gifle qui blesse l'orgueil, bafoue l'honneur et appelle la vengeance.


Un soufflet qui, aussi dramatique que symbolique, déclenche un processus de vengeance chez les aînés et plonge la jeunesse dans un dilemme qu'elle devra traverser, entre les mailles d'un système patriarcal et archaïque, dans la souffrance et le déchirement creusés par leur passion juvénile." (Frédérique Lazarini)

Le Cid fait partie de nous et de notre inconscient collectif. Nous ne cessons de vibrer pour ses répliques!

"Notre compagnie en propose une version baroque, poignante et profondément méditerranéeenne qui fait la part belle aux rites et à l'action, à un personnage féminin, Chimène, affirmé et audacieux, à l'initiation de ces jeunes héros qui embrassent leurs fonctions, conjurant la mort, choisissant l'honneur, défiant l'autorité de l'Etat et appelant l'amour sans en pouvoir jamais contrôler toute la dimension passionnelle." (Frédérique Lazarini)

Ce chef d'oeuvre, magnifiquement interprété, nous a offert 1h30 de vrai plaisir théâtral : du coeur, de l'audace et du souffle.

Un grand bravo à toute l'équipe de Frédérique Lazarini!

Voir ici le teaser du spectacle.