vendredi 5 juillet 2024

La Gare de Colmar (Alsace) copiée sur celle de Gdańsk (Pologne) ?

 

Je viens de remarquer dans Le Point Colmarien (Le Magazine de la Ville de Colmar) de Juin 2024 une petite phrase qui m'a intrigué :"La Gare de Colmar a été construite sur le modèle de la Gare de Gdańsk , en Pologne" : voila qui est pour le moins surprenant !

La Gare de Colmar

La Gare de Colmar est un bâtiment original et magnifique qui fait l'admiration de tous les voyageurs.

On peut lire ici l'histoire des gares successives, depuis la première gare mise en service en 1840 par la "Compagnie du Chemin de fer de Strasbourg à Bâle", jusqu'à la Gare actuelle, inaugurée en 1907 par l'administration allemande de l'époque.

La Gare dessinée par Hansi en 1907

Cette gare a été construite entre 1902 et 1907 dans un style typique de l'époque, mélangeant le style néo-Renaissance avec des éléments Art Nouveau (Jugenstil en Allemagne), avec des détails architecturaux magnifiques, par l'architecte allemand Charles Krug, sur les instructions de la "Direction Générale Impériale des Chemins de Fer d'Alsace-Lorraine".

Les travaux sont entrepris sur des plans inspirés de ceux de la Gare de Dantzig, ville qui dépendait alors également de l'Empire Allemand, avait été récupérée par la Prusse en 1815 et était devenue en 1878 la capitale de la Province de Prusse-Orientale : ici.

"Gruss aus Dantzig"
 

La Gare de Dantzig a été mise en service le 19 Juillet 1852, mais a trouvé son apparence définitive par la construction entre 1896 et 1900 du bâtiment voyageurs dans un style Néo-Renaissance flamande, alors très prisé en Europe du Nord.

La Gare de Dantzig, devenue Gdańsk
 

Le traité de Versailles de 1919 fit de Dantzig une ville libre, sous le contrôle de la Société des Nations, à partir de 1920: ici.

Après la Seconde Guerre Mondiale, Dantzig fut occupée par les troupes soviétiques, puis rattachée à la Pologne et prit alors le nom de Gdańsk: ici.

En 1945, lors de l'avancée de l'Armée Soviétique en Allemagne, la gare est incendiée et ruinée, et, lorsque Dantzig est annexée à la Pologne, les autorités polonaises font reconstruire la gare à l'identique.
 

La Gare de Dantzig, devenue Gdańsk

Donc, voila la réponse à la question : Colmar et Dantzig (devenue Gdańsk) appartenaient toutes les deux à l'Empire Allemand à l'époque où les deux gares ont été construites, à peu de temps d'intervalle, le modèle architectural de Dantzig ayant été repris à Colmar.

La Gare de Colmar
 

Lorsque l'Alsace-Lorraine redevient française, au lendemain de la première guerre mondiale, l'Aigle Impérial qui se trouvait sur le fronton du bâtiment voyageurs est remplacé par les armes de Colmar et l'inscription "Erbaut 1905-06" devient "Anno Domini 1905-06".

La Gare de Colmar a été le témoin de l'histoire mouvementée de l'Alsace au XX° siècle: elle a subi d'importants dommages pendant la Première Guerre mondiale, mais a été reconstruite avec soin après la guerre.

 


A l'origine, le Hall de la Gare était orné de vitraux qui symbolisaient la Force et la Vapeur , mais ils ont été détruits par l'explosion d'un train de munitions en 1944.

Les actuelles baies vitrées du Hall ont été réalisées en 1991 par Jean Le Gac. Elles représentent un peintre libérant deux sœurs jumelles à côté des rails.

Témoin de l'Histoire Alsacienne, la magnifique Gare de Colmar est un monument historique qui incarne l'évolution économique, culturelle et politique non seulement de la Ville de Colmar mais aussi de toute l'Alsace.


lundi 17 juin 2024

"The Jefferson Market Library" : l'un des bâtiments les plus remarquables et fantaisistes de New York

 

Au cœur de Greenwich Village, à l'angle de la 6° Avenue (Avenue of the Americas) et de la 10° Rue, on ne peut manquer le bâtiment remarquable et sa tour fantaisiste de la "Jefferson Market Library". 


Ce bâtiment a été initialement construit pour abriter "The Jefferson Market Courthouse" (Tribunal de la 3° circonscription judiciaire).

Ce grand édifice en brique, construit en 1877 dans un style gothique victorien abrite aujourd'hui une bibliothèque (Section de la New York Public Library).


 



 


A l'origine, en 1833, se trouvait sur cet emplacement, outre les hangars du Jefferson Market, une grande tour octogonale en bois qui faisait office de vigie pour prévenir les risques d'incendie.

A cette époque, les sessions du tribunal se tenaient dans des pièces situées au dessus des bâtiments du Marché.

La tour et les installations de l'époque du "Jefferson Market" furent démolies par la suite, afin de construire en 1877 un nouveau Marché ainsi que deux bâtiments jumeaux : le Tribunal (Jefferson Markert Courthouse) et une prison (Jefferson Market Prison : ici).

La prison sur la gauche, désormais démolie, le Tribunal et la 6° Avenue

Un troisième bâtiment, de style Art Déco,  a existé dans cette zone, de 1931 à 1971 : une prison pour femmes.

Ces deux bâtiments ont été construits par l'architecte Frederik Clarke Withers, du Cabinet Vaux and Whithers. Vaux était par ailleurs l'un des deux créateurs de Prospect Park à Brooklyn (ici).

Frederik Clarke Withers, 1828-1901

En 1958, la démolition du bâtiment du "Jefferson Market Courthouse" était envisagée, mais une levée de boucliers a abouti à la réutilisation de l'édifice en tant que "Jefferson Market Public Library" dont l'inauguration a eu lieu en 1967.

 

"The  AIA Guide to New York City", catalogue exhaustif qui recense les bâtiments remarquables des 5 "boroughs" newyorkais décrit ce bâtiment remarquable et fantaisiste comme suit :"Un assemblage de type  Neuschweinsteinien, de vitraux, de toits en pente raide, de pignons, de pinacles, d'embellissements gothiques vénitiens et d'une tour et d'une horloge complexes : l'un des bâtiments les plus remarquables de la ville".

Le bâtiment en 1905

 Faisant le raisonnement qu'un tel bâtiment avec une tour et une horloge pourrait le faire ressembler à une église, quelle que soit sa véritable destination, Withers a décidé d'y ajouter quelques éléments architecturaux de style religieux mais avec un contenu laïc, tel que le tympan montrant une scène du "Marchand de Venise" en lieu et place du Christ en majesté.

Les vitraux ont tous des motifs à caractère non religieux.


En 1885, un panel d'architectes américains sponsorisés par "The American Architect and Building News" l'a désigné comme le 5° plus beau bâtiment d'Amérique.

En 2012 et 2019 le bâtiment a été restauré et mis aux normes.

Le bâtiment en cours de restauration

 Visitez ici cet exceptionnel bâtiment.








vendredi 14 juin 2024

Maurice Kish, peintre américain de la "réalité populaire"

 

Maurice Kish, peintre et poète, est né en 1895 à Dvinsk, en Russie (ville connue également sous le nom de Denenburg ). cette ville s'appelle désormais Daugavpils et est située au sud-est de la Lettonie: voir ici l'histoire complexe de cette ville et la tragédie vécue par ses habitants juifs massacrés lors de la Shoah en Lettonie: ici et .

Il est mort à New York en 1987.

Un portrait. Autoportrait ?

Dvinsk était un grand centre de la culture juive dans la Russie du XIX° siècle, mais également une ville où la population vivait dans une grande pauvreté.

Maurice Kish, alors jeune homme, a décidé de quitter Dvinsk pour les Etats-Unis et s'y est livré à différentes activités :  boxeur amateur, poète, instructeur de "Catskills Dance",  ouvrier d'usine (peintre décorateur dans une verrerie).

Il a étudié l'art à la "National Academy of Design" .

Les principaux sujets de ses tableaux ont été les villes et les activités humaines qui s'y déroulaient et en particulier la vie des travailleurs industriels, monotone et harassante.

(Au Brooklyn Museum lors de ma visite récente)



 

A l'époque où il a peint ces tableaux, Maurice Kish résidait à Williamsburg (Brooklyn) et son attention était obligatoirement attirée par les énormes usines polluantes qui étaient au bord de l'East River.

Kish s'est également inspiré des scènes de la vie traditionnelle juive, souvenir de sa jeunesse passée à Dvinsk.

Musiciens Klezmer





 D'autres sujets plus légers l'ont également inspiré :




 
 
 

 
 Les critiques d'art ont décrit sa vision comme étant celle d'une "réalité populaire": ses sujets et son style de peinture reflétant ce qui pouvait être important pour le spectateur "ordinaire".


mercredi 12 juin 2024

Laura Wheeler Waring: une artiste emblématique de la "Renaissance de Harlem"

 

Laura Wheeler Waring, née le 16 mai 1887 dans le Connecticut et morte le 3 février 1948 à Philadelphie est une éminente artiste peintre et enseignante afro-américaine surtout connue pour ses peintures d'afro-américains réalisées pendant la période dite de la "Renaissance de Harlem" ("Harlem Renaissance"): ici.

Laura Wheeler Waring

Le mouvement dit de la "Renaissance de Harlem"est un mouvement culturel qui a eu une importance fondamentale dans le domaine de la littérature et des arts afro-américains entre 1918 et la fin des années 1930: ici.

Elle a été influencée par Monet, Manet, Corot et Cézanne, dont elle a pu admirer les œuvres en Europe et elle a su remettre en question le stéréotype de race.

Laura Wheeler Waring
 Sa réputation s'est développée grâce à ses grandes qualités artistiques et à l'imagination avec laquelle elle a su réaliser de magnifiques portraits qui sortent de l'iconographie habituelle.

Woman with Bouquet, vers 1940

 

J'ai pu admirer ce beau tableau au Brooklyn Museum il y a deux semaines.

Souvent associés avec l'amitié et l'affection, les zinias représentés ici, tenus par cette femme, symbolisent également l'absence ou la perte d'un compagnon. Le regard lointain de cette femme suggère qu'il y a, derrière ce portrait, un mystère plus profond.





 Laura Wheeler Waring a été reconnue et respectée pour son engagement de toute une vie pour  la promotion de la culture et de l'histoire des Noirs.

Elle a enseigné l'art pendant plus de trente ans à l'Université Cheyney de Pennsylvanie.




 Elle a eu la possibilité de voyager en Europe et en particulier à Paris, en 1914, puis en 1924-1925.



 

Son travail a été rapidement exposé dans de grandes institutions américaines dont la Corcoran Gallery, à Washington, le Brooklyn Museum, le Musée d'Art de Philadelphie, la Smithsonian National Portrait Gallery,...



" Waring est un modèle parfait pour des petites filles animées de grands rêves. Déterminée et entièrement engagée dans la poursuite de sa passion, la jeune Laura a su rapidement concrétiser ses rêves. Elle avait confiance en elle, croyait en ses dons et saisissait chaque opportunité qui se présentait à elle." (Patricia Tilton, critique d'art)

Portrait par James Weldon Johnson

Voir ici une video (en anglais), consacrée à son œuvre, et intitulée: "Beautiful shades of brown".