lundi 3 juin 2024

Paul Auster : La Musique du Hasard (The Music of Chance, 1990)

 

J'ai retrouvé il y a peu  un livre de Paul Auster, "La Musique du Hasard" que j'avais dans ma bibliothèque depuis sa publication en 1991 par Actes Sud, et que je n'avais pas encore lu...

Après avoir apprécié la lecture de "Baumgartner", son dernier livre publié peu avant sa mort (ici) je me suis précipité sur cet ouvrage, et je dois dire que j'ai été absorbé par la lecture de ce thriller étrange, à la magnifique écriture, ne pouvant plus mettre de côté les aventures rocambolesques de Nashe et de Pozzi.


Nashe, qui a hérité de deux cent mille dollars se débarrasse de ce qu'il possède, achète une voiture, et entreprend de sillonner l'Amérique.

Ainsi rencontre-t-il Pozzi, joueur professionnel de poker, avec qui il décide de miser le restant de sa fortune dans une partie "facile" contre deux millionnaires excentriques, Flower et Stone, et le plus extravagant commence alors...

Voir ici la présentation de ce livre, le 13 septembre 1991, par Olivier Barrot (FR3, "Un livre, un Jour, Archive INA)

A chacun de ses romans, Paul Auster révèle une nouvelle dimension de sa maitrise romanesque.

Il a l'art de combiner une esthétique européenne avec des mythes américains.


Voila un livre scintillant de coïncidences et de conjonctions révélatrices, écrit avec une habileté narrative étonnante.

Ici, trailer du film réalisé en 1993 par Philip Haas : "The Music of Chance". 


La semaine passée, en me promenant dans le quartier de Park Slope, à Brooklyn, j'ai eu une pensée émue pour Paul Auster, qui y a habité plus de quarante ans.


A Brooklyn : Prospect Park, un lieu de vie ressourçant

 

Prospect Park est un immense parc de 210 ha situé à Brooklyn, sur les hauteurs du quartier résidentiel de Park Slope (ici) et adjacent au magnifique Brooklyn Museum, à Grand Army Plaza et au Brooklyn Botanic Garden. Ici.

Quartier résidentiel de Park Slope, Brooklyn


Prospect Park

Ce Parc a été construit en 1866-1874 par Calvert Vaux et Frederick Law Olmsted, les créateurs de Central Park à Manhattan.

 

Ils ont déclaré par la suite que Prospect Park était leur chef-d’œuvre, car, contrairement à Central Park où les autorités leur avaient imposé beaucoup de contraintes, là, ils avaient pu réaliser leur idéal de parc naturel en plein cœur de la ville.

Calvert Vaux, 1824-1895  



Frederick Law Omsted, 1822-1903

Au NO de ce Parc, on trouve une grande prairie où sont organisés des concerts en été, au NE un Jardin Botanique, à l'Est, un ravin boisé et un zoo et au Sud un Lac de 24ha où l'on canote aux beaux jours.


Prospect Park est plus rustique que son rival de Manhattan, et bien agréable et ressourçant. C'est le rendez-vous dominical des Brooklynites.

En semaine, par contre, c'est assez désert, surtout dans sa partie Est.

J'y étais un samedi et il y avait assez peu de monde : c'était fort agréable.

Le petit plus : s'acheter avant d'y parvenir un bagel au "creamy cheese" dans une des boutiques de Park Slope et le déguster sur un banc ombragé près d'une petite cascade.


A noter qu'en arrivant de Park Slope, nous sommes accueillis à l'entrée de Prospect Park par Gilbert du Motier, Marquis de Lafayette, en tout cas par le Mémorial qui a été érigé en 1917 : ici.


Magnifique découverte, qui s'est poursuivie par une visite du formidable Broolyn Museum, qui n'a pas grand chose à envier au Metropolitan Museum de Manhattan !

The Brooklyn Museum

A suivre donc!




dimanche 2 juin 2024

Ed Palermo Big Band, à l'Iridium, à Times Square, Manhattan

 

J'ai eu la chance et le plaisir de pouvoir écouter  la semaine passée le grand saxophoniste Ed Palermo et son Big Band au fameux Iridium Jazz Club, situé à Times Square, dont il est l'un des habitués.

Ed Palermo à l'Iridium

 


"The Ed Palermo Big Band" est un ensemble basé à New York, actif depuis la fin des années 1970 et qui joue des compositions et des arrangements de leur leader, le saxophoniste, né dans le New Jersey, Ed Parlermo. Ici.

Il est surtout connu pour ses arrangements de la musique de Frank Zappa : ici.

Frank Zappa, 1940-1993 (à 52 ans)

Mais Ed Palermo a aussi joué et enregistré des compositions de Todd Rundgren, The Beatles, Miles Davis, The Rolling Stone, et beaucoup d'autres ...

 Il reconnait avoir été influencé par le fameux saxophoniste John Coltrane. Ici.

John Coltrane, 1926-1967 (à 40 ans)

En 2018, la formation de Ed Palermo a été reconnue comme "The best band on the rise" in "Downbeat Poll's rising star category".

Les spectateurs ont particulièrement apprécié la prestation de la violoniste virtuose (au violon électrique)  Katie Jacoby: voir ici son site et voir ici avec une autre formation.

Ecoutez ici "Nothing is Easy", Iridium 2016.

Ici, Iridium 2014, "Breathless",...

Ici, Iridium 2012, "Scarface",...

Un concert vraiment formidable, dans une ambiance à la fois survoltée et conviviale, qui m'a d'ailleurs donné l'occasion de faire la connaissance de leur bassiste, Robbie Mangano : ici.

 

samedi 1 juin 2024

Au Nord Est de Central Park : "The Harlem Meer," un havre de paix retrouvé

 

Il est facile d'accéder au Nord Est de Central Park, à Manhattan, par le Métro (Central Park North, lignes 2 et 3), situé à l'intersection de  110th Street  et de Malcolm X Avenue, et à l'Ouest de Fifth Avenue, au sud de Harlem, donc. 

Détail d'une carte de 1868 où figure The Harlem Meer

Là, nous accédons immédiatement à un havre de paix magnifique: "The Harlem Meer", moins fréquenté que le sud de Central Park.

The Harlem Meer

Ce lac artificiel fait actuellement 45 000 m2 et 1,21 km de circonférence.

"Harlem Meer", également appelé "Harlem Lake" tire la première partie de son nom du quartier proche de Harlem et la seconde partie du mot néerlandais "Meer" qui signifie lac.

Voir ici pour l'histoire  précise et complexe de la création de ce lac, "Harlem Meer".

Mais de 1973 à 1986, cette zone, le lac et les installations étaient en déclin total.

 La véritable réhabilitation de ce lac, après de nombreux aléas, date de la période 1986-1993, sous la direction d'un organisme à but non lucratif, "The Central Park Conservancy" (ici).

Au bord du lac


 

Cette Institution privée a construit, sur la rive nord du lac "The Charles A. Dana Discovery Center", un centre d'information (Visitor Center) et de pédagogie sur les questions environnementales , le seul de ce type situé au Nord de Central Park.

Il a été construit par les architectes Buttrick White & Burtis (ici) dans un style censé mettre en évidence le caractère romantique du site. Et j'avoue que c'est réussi!

The Charles A. Dana Discovery Center

 


 C'est le seul lac de la région où la pèche soit autorisée (catch-and-release only).

On a dénombré pas moins de 50 000 poissons dans ce petit lac.

On y trouve la"Yellow Perch",  un poisson commun en Amérique du Nord, dénommé "Crappie fish", ainsi qu'une espèce invasive, le "Snakehead fish".

Yellow Perch

Crappie fish

Snakehead fish

On y trouve également une variété de héron, le "Black crowned night heron", ainsi que des "Muskrats".

Black crowned night heron

Muskrat

Les alentours de ce petit mais splendide lac comportent des sentiers, des aires de repos et de pic-nic, agrémentés d'une splendide végétation et d'animaux en liberté.



On y découvre même un petit ilot de tranquillité bien caché agrémenté d'une magnifique et gracieuse   fontaine.

Et voila une de ces merveilles dont New York, la ville qui ne dort jamais, a le secret, pour le bonheur de ses habitants et des touristes qui se hasardent hors des sentiers battus!

 

vendredi 10 mai 2024

La déportation de plus de 2000 enfants de la Réunion entre 1963 et 1981: un scandale d'Etat oublié ?

 

Il y a plus de 60 ans, ce sont 2000 enfants de la Réunion, abandonnés ou non,  qui ont étés transférés en Métropole entre  1963 et 1981 à l'instigation de Michel Debré, alors tout-puissant député de l'île jusqu'en 1988.

Michel Debré

 

Le premier objectif de Michel Debré est de "moderniser l'île". Or, à la Réunion, on compte en moyenne sept enfants par femme.

En 1965, le député s'inquiète :"Bientôt, 60% de cette île aura moins de vingt ans!". Il faut alors évacuer le trop plein vers la Métropole.

Avec un taux de chômage frôlant les 40%, une région en plein bouillonnement décolonial : l'explosion n'est pas loin! Il faut à tout prix détourner l'île de la tentation autonomiste!

Il fallait alors non seulement déporter (il faut appeler les choses par leur nom) les mineurs orphelins vers la Métropole, mais aussi les enfants retirés à leurs parents sous la promesse fallacieuse qu'un avenir brillant les y attendait: ce n'était qu'une escroquerie morale...

 

"Historien de l'enfance orpheline, j'ai rarement été confronté à tant de souffrances. Dans les archives on trouve des cas d'enfants de 12 ans qui font des tentatives de suicide, qui sont internés, tombent en dépression, deviennent délinquants.

Cette migration est une institution républicaine. Elle participe de l'utopie qui consiste à arracher des enfants à un milieu vicié pour les faire renaître ailleurs. Les autorités n'ont pas grand-chose à faire de ces gosses, l'important pour elles, c'est de nettoyer les bidonvilles, de faire oublier la crise sociale à la Réunion et d'injecter du sang neuf dans les départements en déclin. Debré agit avec bonne conscience: il élève le niveau de vie et dégage le maximum d'enfants pour soulager la démographie réunionnaise. C'est une politique qui a modernisé l'île et qui a fait souffrir les enfants, indissociablement". (Ivon Jablonka)

Les enfants embarquaient dans un avion pour Paris et étaient transférés à Guéret, dans la Creuse avant d'être dispatchés dans toute la France.

 Envoyés dans des départements ruraux de la Métropole, et en particulier dans la Creuse, ces enfants ont passé toute leur enfance loin des leurs, dans des conditions souvent difficiles.

Enfants réunionnais dans la Creuse
 

Certains enfants ont été adoptés, d'autres placés en foyers, en couvent ou à gages, pour aider aux travaux des champs, ou dans une entreprise familiale. 

Certains enfants ont subi, dans les familles d'accueil des conditions de travail qui s'apparentaient à de l'esclavage moderne, parfois même des violences physiques ou sexuelles. 

Une mémoire défaillante sur un crime impuni

Les choix opérés étaient déjà ceux de l'Assistance Publique au XIX° siècle : placer les "pupilles" dans l'agriculture et l'artisanat dans des zones dépeuplées telles que la Creuse.

Ce transfert forcé d'enfants réunionnais n'avait soulevé en Métropole que de l'indifférence, les DOM étant considérés à l'époque comme "pas vraiment français".

 Des témoignages ont été publiés:


 


 Au début 2013, un "Comité pour la Commémoration du cinquantenaire des Enfants Déportés de la Creuse" a été créé, mais en 2014, le Ministère concerné n'avait pas encore mis en place les réparations morales. Qu'en est-il aujourd'hui, dix ans après ?

Une Résolution Mémorielle a été votée le 18 février 2014 à l'Assemblée Nationale pour rendre justice aux "Enfants de la Creuse", à l'instigation d'Ericka Bareigts, députée PS de la Réunion.

 Depuis plusieurs années, les "Associations d'ex-enfants réunionnais de la Creuse " réclamaient la création d'un centre de mémoire dédié à cette histoire, à Guéret ; un autre centre devrait être créé à la Réunion et ce sera bientôt chose faite, en principe : ici.

 

Cinquante ans après, une'"enfant de la Creuse" retrouve sa sœur.

Voir ici une vidéo sur l'histoire de ces déportations.

Voir une vidéo ici : "Les enfants de la Réunion, un scandale d’État oublié"

Ici , vidéo : "Les enfants de la Creuse".

Voir ici une vidéo "Les Réunionnais de la Creuse".

Ici , vidéo : "Arrachée à ma famille à la Réunion".

Que sait-on de la déportation de milliers d'enfants ukrainiens par la Russie ?

 

Une enquête de l'Université américaine Yale démontre l'existence d'un système planifié par l’État Russe afin de séparer les mineurs ukrainiens de leurs parents et de les déporter.

 

Il y aurait en Russie un réseau d'au moins 43 camps fermés où vivraient depuis des mois plus de 6000 mineurs ukrainiens séparés de force de leurs parents et soumis à des programmes d'endoctrinement pro-russe.

Il est intitulé "Programme systématique de la Russie pour la rééducation et l'adoption des enfants ukrainiens".

Il établit "l'échelle, la chaîne de commandement, et une logistique complexe soigneusement orchestrée", selon le Directeur exécutif du "Humanitarian Research Lab" de Yale.

Voir ici un article détaillé de France-Info sur ce sujet. 

 

Maria Lvova-Belova avec des orphelins ukrainiens
 

Maria Lvova-Belova est la Commissaire Russe aux "Droits des Enfants".

Le visage angélique d'un sombre trafic
 

 Ce système auquel sont soumis les mineurs ukrainiens sans le consentement de leurs parents, s'apparente à un crime de guerre, dénoncent les chercheurs de Yale.

D'ailleurs, l'enlèvement de masse d'enfants ukrainiens par la Russie a valu à Vladimir Poutine et à Maria Lvova-Belova une inculpation de la Cour Pénale Internationale, sous le chef d'accusation de "crimes de guerre" et de "déportations illégales".

La Commissaire et le Président

Voir ici un début d'article de l'Express.

Voir ici  et (en anglais).

Voir ici un article du Monde à propos d'un rapport d'Amnesty International.

Les enfants déportés de la région de Donetsk et de Marioupol seraient disséminés sur tout le territoire de la Fédération de Russie, jusqu'en Extrême-Orient.

 

Les plus âgés seraient envoyés dans des camps pour y suivre "une éducation patriotique russe et un entrainement militaire, de maniement d'armes et de véhicules militaires".

La CPI considère "comme acquis" que ces transferts forcés est "l'un des vecteurs de la vaste politique de destruction de l'identité ukrainienne" menée par la Russie.

Human Rights Watch alerte du danger dans lequel se trouvent les quelques 32 000 enfants pris en charge dans les institutions de type orphelinats, dans les territoires occupés. 

L'Organisation "Save Ukraine" travaille sans relâche au rapatriement des enfants déportés.

Voir ici un article éclairant de "The Ukrainian Week".


 Il est  par ailleurs instructif de se référer à l'histoire sinistre de la déportation systématique de populations par l'URSS dans les années 1930 et durant la Seconde Guerre Mondiale : voir ici.