J'ai assisté en mai 2026 au Teatro Regio de Turin à une magnifique représentation de l'Opéra de Bellini, I Puritani, que je ne connaissais pas, et j'avoue que j'ai été enthousiasmé. Voir ici et là.
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| Vincenzo Bellini (1801-1835) |
Cette production s'inscrit comme l'un des sommets de la saison de l'institution italienne.
Confiée au metteur en scène français Pierre-Emmanuel Rousseau, cette nouvelle coproduction (avec l’Opéra Orchestre National de Normandie Rouen) a fait l'objet d'une analyse dramaturgique pointue et d'une réception critique très enthousiaste, malgré les exigences redoutables de la partition. Voir ici.
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| Pierre-Emmanuel Rousseau |
Pierre-Emmanuel Rousseau, qui signait ici la mise en scène, les décors et les costumes, a choisi de s'éloigner du simple drame historique de la guerre civile anglaise pour se concentrer sur l'espace mental des personnages, et en particulier celui d'Elvira.
La démarche du metteur en scène est audacieuse et tranche nettement avec une approche traditionnelle de l’œuvre !
Rousseau a resserré l'action autour de l'isolement d'Elvira, une femme seule perdue au milieu d'une garnison d'hommes et de soldats.
Le metteur en scène analyse ainsi la folie qui s'empare de la protagoniste lorsqu'elle ressent à nouveau le poids de l'abandon, qui passe de maternel à amoureux au moment où elle se croit trahie par Arturo.
On la retrouve, à l'ouverture du second acte, dans la chambre même où elle avait vu sa mère morte, en train d'inscrire à grands coups de pinceau rouge, en caractères géants, le nom d'Arturo sur le papier peint, avant que sa folie frénétique ne soit apaisée par ceux qui la tiennent de force sur le lit pendant que Giorgio annonce à l'assemblée son état mental précaire.
Sa glissade vers la folie n'est pas traitée comme un simple artifice théâtral, mais comme une lutte psychologique violente contre des hallucinations causées par ce violent sentiment d'abandon.
On pourrait résumer cet opéra ainsi : I Puritani, entre bel canto et psychanalyse.
S'inscrivant dans le thème de la saison du Teatro Regio baptisée "Rosso" (Rouge), la mise en scène utilise des touches de rouge vif (notamment via les lumières de Gilles Gentner) pour incarner la passion, la folie et la résistance humaine face à l'austérité grise et noire du monde puritain.
Fort d'une sensibilité visuelle particulière, Rousseau construit un spectacle élégant et recueilli, suspendu entre réminiscences néoclassiques et tensions romantiques.
Le tout se déroule dans un cadre scénique essentiellement fixe, d'une élégance noble et bourgeoise, recouvert de boiseries et de tapisseries à motifs végétaux, mais modulable par le jeu de rideaux intérieurs qui se déplacent et s'abaissent.
L'espace, toujours dans la pénombre, est éclairé avec précision par Gilles Gentner dans des tonalités de gris, de vert d'eau, de violet et de noir ; il comprend des portes, un patio vitré, deux lustres de cristal et un double escalier central propice à un roman gothique.
La transposition temporelle est délibérée : Rousseau situe l'action au XIXe siècle, contemporain de la création de l'œuvre, et non dans l'Angleterre des années 1640.
Des arias comme "bello è morir per la libertà" résonnent ainsi différemment, dans un contexte de bouleversements révolutionnaires européens.
Au pupitre, le chef romain Francesco Lanzillotta retrouvait Pierre-Emmanuel Rousseau après leurs collaborations passées à Turin (Il barbiere di Siviglia en 2023 et La Rondine en 2024).
Francesco Lanzilotta
La critique a salué sa capacité à faire respirer la longue mélodie bellinienne tout en évitant le piège de la monotonie.
Lanzillotta a su faire ressortir les détails d'une orchestration que Bellini avait voulue plus raffinée pour le public parisien de 1835, dosant l'équilibre entre la douceur élégiaque et l'énergie martiale (notamment dans le célèbre duo d'hommes « Suoni la tromba »).
L'Orchestre et le Chœur du Teatro Regio (préparé par Gea Garatti Ansini) ont offert une performance d'une grande clarté.
I Puritani est connu comme "le Défi du Bel Canto": cet opéra est réputé pour sa tessiture inhumaine et ses exigences techniques virtuoses.
Le quatuor réuni à Turin a relevé le défi avec brio : le plateau a réuni des chanteurs de premier plan : John Osborn (Arturo), Gilda Fiume (Elvira), Nicola Ulivieri (Giorgio) et Simone Del Savio (Riccardo).
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| John Osborn (Arturo) |
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| Gilda Fiume (Elvira) |
En résumé, on peut dire que cette production propose une lecture cohérente mais clivante des Puritani : Rousseau déplace l'enjeu dramatique du politique et de l'amour contrarié vers une exploration des traumatismes de l'enfance et de la psychopathologie féminine, dans un écrin visuel raffiné, gothique-bourgeois.
La tension entre ce projet intellectuel et le registre lyrique et pathétique propre à Bellini constitue le point de débat central de la réception critique.
Mais personnellement j'ai été enthousiasmé par cet Opéra !
Une magnifique soirée dans le bel écrin du Teatro Regio Torino!














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