vendredi 11 août 2017

Retour chez les Walser, au pied du Mont Rose


Cet été, nous voulions profiter d'un passage dans le Piémont italien pour faire un bref séjour dans un village Walser situé au pied du Mont Rose (4634m) : le village d'Alagna Valsesia (1205m).

Alagna Valsesia
au nord du Piémont
La rue principale d'Alagna,
Walser Stross

Entrevue du Mont Rose enneigé (4634m)
depuis le hameau de Pedemonte (Commune d'Alagna)

Les Walser étaient un peuple paysan germanophone qui, au Moyen Âge, a colonisé de hautes vallées alpines, qui appartiendront plus tard à la Suisse, à l'Italie, au Liechtenstein, à l'Autriche et à la France.

Habitat Walser

Ces peuples avaient fait irruption dans le Haut Valais, d'où l'origine du nom (Walliser), en provenance vers le IX° siècle de terres souabes et bavaroises surpeuplées.

Les premiers déplacements des Walser au delà des frontières du Valais remontent au début du XIII° siècle.
Lorsque furent fondées les communautés dans le Val d'Aoste et dans la Valsesia et la région d'Alagna, les implantations se firent petit à petit, de façon presque inaperçue, car les nouveaux venus n'établirent pas tout de suite des liens avec la population locale : au début, ils se fournissaient toujours dans le Valais, et étaient ainsi autonomes, puis ils finirent par s'approvisionner au marché local.

On voit la région d'Alagna, au sud et le Haut Valais au nord
séparés par la frontière suisse

Il s'agissait alors de familles relativement favorisées par le sort, et solvables, qui se sont investies dans l'agriculture d'altitude et l'élevage.

Hameau de Pedemonte
(Commune d'Alagna Valsesia)

En quelques générations, les Walser ont essaimé, fondé de nombreuses petites colonies dans des contrées dépeuplées ; ces familles ont défriché les hautes vallées alpines, imposé leurs langues (des dialectes alémaniques : le walserdeutsch, le walsertitsch, le töitschu,...Voir ici), leurs techniques d'habitat, d'aménagement des sols, leurs techniques hydrauliques, leur artisanat du bois, du textile, ainsi que leurs moeurs religieuses de cultivateurs et d'éleveurs.

Leur devise : "L'air des Walser est un air de liberté!"


Depuis le XI° siècle, ce petit peuple valaisan allemand a fait preuve d'une force de travail et d'une expansion exceptionnelle aux quatre points cardinaux, toujours dans le cadre d'une agriculture de haute montagne, entre 1200 et 2000m d'altitude.

Ces migrations et leur installation en altitude a été favorisée par les seigneurs féodaux locaux qui souhaitaient peupler les hautes vallées inhabitées et ainsi contrôler les cols alpins.


Zone de peuplement des Walser



En contrepartie, les Walser ont obtenu des droits et des libertés importants.

Les Walser ont en particulier essaimé dans les hautes vallées des Grisons, en Suisse.

Il y a 6 ans, j'étais allé avec des amis randonneurs m'aventurer sur leurs traces en suivant une partie du magnifique sentier d'altitude du Walserweg dans les Grisons : voir ici.


Mon intérêt pour le peuple Walser n'a pas faibli au cours de ces années et l'occasion nous était donnée de visiter une de leurs implantations en Italie, à Alagna Valsesia, au nord du Piémont, au pied du Mont Rose, situé sur la frontière avec la Suisse.

Alagna Valsesia est un remarquable témoignage de la vie et de l'architecture traditionnelle des Walser, avec leurs maisons aux larges balcons fleuris au printemps et en été et au soubassement de pierre.


Les barres transversales des parois sont en mélèze.
Le toit à deux pentes est couvert de lourdes lauzes en pierres du pays.
Les gouttières sont creusées dans des demi troncs en mélèze.


Sur tout le pourtour de la maison, les galeries couvertes sont bordées de barres transversales caractéristiques servant au séchage du foin, du seigle et du chanvre. 

En outre c'est un lieu de vie sympathique pour les familles qui y vivent toujours, à l'abri des intempéries.


Ces galeries sont reliées par des escaliers extérieurs. 
Le tout donne l'impression de maisons fort agréables à vivre, tant aux beaux jours qu'en hiver.



Et, pour finir, un exemple du patois Walser "töitschu"  :
«Méin oalten atte ischt gsinh van in z'Überlann, un d'oaltun mamma ischt van Éischeme, ischt gsing héi van im Proa. Stévenin ischt gsinh dar pappa, la nonna ischt gsinh des Chamonal. [...] D'alpu ischt gsinh aschua van méin oalten pappa. Ich wiss nöit ol z'is heji... Ischt gsinh aschuan d'oaltu, un d'ketschu, gmachut a schian ketschu in z'Überlann. Méin pappa ischt gsinh la déscendance, dschéin pappa, aschuan méin oalten atte, ischt gsinh aschuan doa .. »
Traduit en français :
« Mon grand-père venait de Gaby, ma grand-mère d'Issime, du hameau Praz. Stévenin était le père, mémé provenait de la famille de Chémonal. [...] L'alpage [au vallon de Bourines] appartenait sans doute à mon grand-père. Je ne sais pas si c'était du côté de mon père. Elle appartenait aux vieux, ils avaient une très belle maison à Gaby. Victor, mon père, était de la descendance, son père, mon grand-père, venait de là-haut... »