samedi 8 juin 2019

Au Festival Musiques Métisses à Colmar : les formidables "Violons Barbares"!


Chaque année début juin, nous attendons avec impatience le Festival Musiques Métisses de Colmar, organisé par l'Association Lézard.


Du 7 au 9 Juin 2019 se déroule donc, toujours au Cercle St Martin,  la 23° Edition de ce Festival surprenant, riche en découvertes métissées et toujours d'un très haut niveau musical : ici.



Hier, vendredi 7 Juin, nous avons été subjugués, scotchés par le concert donné par le groupe "Violons Barbares": voir leur site ici.

"Violons Barbares" est composé de deux violonistes, Dandarvaanchig Enkhjargal (Mongolie), connu sous le nom d'EPI, Dimitar Gougov (Bulgarie) et du percussionniste Fabien Guyot.


L'artiste mongol, né en 1968 à Oulan-Bator,  joue du traditionnel morin khoor, violon à deux cordes orné d'une tête de cheval.

EPI

Il pratique également le chant khöömii, ou chant diphonique, qui est un chant polyphonique produit par un seul chanteur : voir ici.

Ecoutez EPI ici! Surprenant!

Depuis 1993, il se produit à travers le monde.

L'artiste bulgare Dimitar Gougov, lui,  joue de la gadulka un instrument à trois cordes mélodiques et onze cordes sympathiques.

Dimitar Gougov

Le percussionniste Fabien Guyot, quant à lui, joue sur tout ce qui est susceptible de produire un son, y compris des tambours africains, des saladiers, des bouillottes,...

Fabien Guyot

Merveilleusement interprétée, leur musique joyeuse et énergique nous emporte vers de vastes contrées, vers les déserts et les steppes mongoles.

Folk mondial, blues kazakh, chants gutturaux mongols, musique bulgares : formidable, électrisant, envoûtant, sauvage!

Ecoutez ici, et ,

Une expérience qui nous a transportés : un très grand bravo!

vendredi 7 juin 2019

Rencontre avec Vilhelm Hammershøi, le maître de la peinture danoise


C'était à Paris, lundi dernier, au Musée Jacquemart André : une magnifique découverte du maître de la peinture danoise, Vilhelm Hammershøi .

Autoportrait
1895

Cette exposition est la première rétrospective qui lui est consacrée en France depuis plus de vingt ans.




Elle réunit une quarantaine d'oeuvres majeures, grâce à des prêts exceptionnels.


Admiré et célébré de son vivant, Vilhelm Hammershøi (1864-1916) est progressivement tombé dans l'oubli après sa mort, excepté dans les pays nordiques.





Redécouvert dans les années 1990, il est parfois considéré comme le Vermeer du XX° siècle et reconnu comme un artiste de la lumière et du silence.


Ses peintures sont surprenantes, absolument magnifiques, et représentent, dans des gammes de gris et de blancs, de subtils intérieurs vides, énigmatiques, parfois habités par des personnages féminins perdus dans une profonde réflexion, souvent vus de dos, tournés vers des murs clairs et nus.





Ses intérieurs, ses portraits, baignent dans une atmosphère étrange, irréelle, dénuée de toute action, de toute anecdote.




La même atmosphère est présente dans l'oeuvre gigantesque où figurent cinq hommes (Cinq portraits 1901). Le tableau dégage une atmosphère de société secrète.


Ce portrait de groupe est considéré comme un des sommets de l'art danois.

Lors de la première moitié du XIX° siècle, les peintres de l'âge d'or danois ont particulièrement excellé dans l'art du paysage.

Hammershøi s'inscrit dans cette tradition mais en lui donnant un sens et une atmosphère bien différents : ses paysages deviennent des paysages intérieurs.




Bien qu'il ait choisi des paysages typiques du Seeland, comme tant d'autres artistes avant lui, il supprime tout détail pittoresque: ce sont de lointaines lignes d'horizon, scandées de quelques arbres, sans aucune présence humaine.




Quand il s'agit de paysages citadins, Hammershøi procède de la même radicalité : il dissous les détails dans une sorte de brume, de lumière voilée.



Les tonalités gris bleu accentuent la sensation d'humidité et de froid, et l'impression que nous sommes dans une ville fantôme, où le temps est comme suspendu.



Le nu constitue sans doute la facette la moins connue de son oeuvre : là aussi, la palette est restreinte, dominée par des tons de gris et les corps ne sont pas idéalisés.



Hammershøi construit ses tableaux lentement, par petites touches, ce qui lui permet de transcrire sur sa toile les infimes variations de la lumière: il en décrit toutes les vibrations.

"Ce qui me fait choisir un motif, c'est tout d'abord les lignes, ce que j'appellerais la tenue architectonique du tableau, et puis la lumière, évidemment."


On pourrait croire, à étudier l'impression d'immobilité qui émane de ses oeuvres, qu'il a peint inlassablement les mêmes intérieurs, alors qu'il a beaucoup voyagé, comme s'il n'avait voyagé que dans son propre univers intérieur, immobile, immuable...

Il a eu une  influence sur le grand cinéaste danois Carl Theodor Dreyer, qui aimait beaucoup ses oeuvres.
C. T. Dreyer
(1889-1968)

Dès l'automne 1904, Rainer Maria Rilke, qui vint le rencontrer à Copenhague, a écrit un essai sur l'artiste, qu'il considérait comme un maître.

R. M. Rilke
(1875-1926)

"Son oeuvre est lente et de longue durée, et quiconque l'étudie trouvera toujours l'occasion de dire ce qu'il y a d'important, d'essentiel dans l'art." Rainer Maria Rilke (Lettre à Alfred Bramsen , mécène et collectionneur d'Hammershøi)

La poésie magique du vide et de la lumière, qui émane de l'oeuvre d'Hammershøi nous surprend et nous touche encore aujourd'hui!

Courez au Musée Jacquemart André, avant le 22 juillet 2019!

A noter absolument : le beau livre de Philippe Delerm, "Intérieur, une rencontre avec le peintre Hammershøi", qui nous fait rentrer un peu plus dans l'intimité du maître.


vendredi 24 mai 2019

A Berlin, un Musée exceptionnel : le Deutsches Historisches Museum


Lors de notre récent séjour à Berlin, nous avons passé un long moment dans le "Musée Historique Allemand" (Deutsches Historisches Museum) : vraiment exceptionnel!

Tout d'abord, ce Musée est situé  dans le plus ancien bâtiment de Unter den Linden, le superbe Zeughaus (L'Arsenal), de style baroque, édifié sous Frederic Ier, roi de Prusse, mais que nous n'avons pas pu admirer de l'extérieur, car il était entouré d'échafaudages.

Le Zeughaus (L'Arsenal)
Façade de l'Arsenal
En 1875, le Zeughaus fut reconverti en "Temple de la Gloire pour l'Armée Prussienne", doté d'un musée des armes et de la guerre.

Blason de la Prusse
(Gott mit Uns ...)

Il a été utilisé par les nazis comme musée de l'armée.

Dès 1952, après les aléas de lourds bombardements, la RDA y installa le "Musée de l'Histoire Allemande".

Après la réunification de l'Allemagne, en 1990, il a accueilli le "Musée Historique Allemand" actuel.

Le Zeughaus, souvent victime des ruptures et des vicissitudes de l'histoire allemande était prédestiné à accueillir ce musée magnifique: c'est d'ailleurs l'un des musées les plus visités de Berlin.

La cour intérieure et sa verrière

Ce Musée occupe également un nouvel ensemble réalisé par l'architecte de la Pyramide du Louvre, Ieoh Ming Pei, que nous n'avons pas eu le temps de visiter.

L'oeuvre de Ieoh Ming Pei

L'exposition permanente au Zeughaus propose un vaste tour d'horizon de 1500 ans d'histoire.

Pour démarrer l'exposition :
le portrait idéalisé de Charlemagne
par Albrecht Dürer (1514)

Sur deux niveaux, l'exposition nous guide à travers les diverses époques de l'histoire allemande, insérée dans un contexte européen.

Le visiteur est conduit du Moyen-Âge à la Première Guerre Mondiale, en passant par la Réforme, la Guerre de Trente ans et l'Empire allemand.

Il se poursuit par la République de Weimar, le régime nazi, l'histoire des deux Etats allemands jusqu'à la chute du Mur et la réunification : très vaste programme qui nécessitera une autre visite!

Le fil rouge de cette exposition permanente passionnante : l'histoire politique façonnée par les souverains, les acteurs politiques et les communautés. 

Et ci-dessous, parmi les quelques 7000 objets historiques remarquables évoquant des individus, des idées, des évènements et des processus historiques...

Le sens du salut hitlérien
Petit homme demande de gros cadeaux

L'Allemagne choisit la liste Hitler ...

Après l'incendie du Reichstag par Hitler

La jeunesse sert le Führer
(1939)
Le III° Reich ? Non!

On peut voir la fameuse machine de codage (de chiffrement électromécanique) Enigma (1937) : voir ici.

Son utilisation la plus célèbre fut celle faite par les nazis et leurs alliés lors de la seconde guerre mondiale.
Les cryptanalystes britanniques, dont Alan Turing (ici) furent capables de déchiffrer les messages transmis via Enigma, permettant ainsi d'écourter le conflit d'au moins deux ans.

ENIGMA

Guide de visite de Paris
pour les soldats allemands

Pétain :
"Conformez vous aux demandes faites
par les autorités militaires
de la puissance occupante!"

L'Appel du 19 Juin 1940 :
"Rien n'est perdu!"

Le Bien Etre par le travail en Allemagne
Un faire-part parodique de la mort d'Hitler :

"...le service de la voirie est chargé des obsèques ..."
L'attentat contre Hitler :

Le Comte von Stauffenberg
qui a transporté en 1944 la bombe
de l'attentat contre Hitler, qui a échoué

L'annonce de la mort d'Hitler :




Un Musée étonnant, saisissant, émouvant, exceptionnel... et, ce qui ne gâte rien, un  café-restaurant sympathique et calme, qui est accessible depuis le Musée même, nous attend à l'intérieur du Zeughaus!


Café restaurant du Musée