dimanche 10 novembre 2019

Opéra : Madama Butterfly au Met


Hier, c'était la retransmission depuis le Met, à New-York, de Madama Butterfly de Puccini, au Kinépolis de Mulhouse.


Il s'agissait à nouveau de la magnifique mise en scène d'Anthony Minghella (réalisateur du "Patient anglais", décédé en 2008), mais avec une distribution bien différente de celle qui nous avait transportés le 4 avril 2016 : voir ma note ici.

La soprano chinoise Hui He, dans le rôle titre (Cio-Cio-San) nous a offert une très belle prestation vocale, fort émouvante par moments, bien que n'ayant pas tout à fait le physique d'une ex-geisha de 15 ans... mais c'est ainsi.

Hui He
Cio-Cio-San




Mais pour tout dire je lui ai préféré de loin Kristine Opolais.

Dans le rôle de Suzuki : très belle prestation de la mezzo-soprano américaine Elizabeth DeShong, toute de discrétion et d'attention aux souffrances intérieures de Madama Butterfly.

Elizabeth DeShong
Suzuki


Elizabeth DeShong interprétait ce même rôle à Covent Garden lors d'une splendide retransmission sur Mezzo en mai 2019 : voir ma note ici.

Le rôle de Pinkerton était assuré par le ténor italien Andrea Carè, qui ne m'a pas convaincu.

J'avais l'impression qu'il s'essayait à jouer le rôle de Pinkerton, sans pour autant réussir à l'incarner véritablement.

Andrea Carè
Pinkerton

Sauf erreur de ma part, il interprétait pour la première fois ce rôle sur la scène du Met.
J'attends d'autres interprétation dans d'autres rôles ...

Je ne pouvais pas ne pas me souvenir de la magnifique interprétation de Roberto Alagna en avril 2016.

En conclusion : une belle soirée, mais je n'ai été ni bouleversé comme ici, ni enthousiasmé comme .




jeudi 7 novembre 2019

Photographie contemporaine à l'Institut du Monde Arabe à Paris


A l'Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris se déroule actuellement (jusqu'au 24 novembre 2019) la Troisième Biennale des Photographes du Monde Arabe Contemporain : ici.

L'Institut du Monde Arabe à Paris
Initiée en 2015 par l'Institut du Monde Arabe et la Maison Européenne de la Photographie, la Biennale poursuit l'exploration de la création photographique dans le monde arabe.

A l'occasion de cette troisième édition, intitulée "Liban, réalités et fictions", l'IMA a choisi de mettre à l'honneur la scène libanaise contemporaine avec des oeuvres réalisées au cours des années 2010.

Lamia Maria Abillama
Clashing Realities
Son objectif est de promouvoir la richesse et la diversité de cette création à travers des expositions réparties sur plusieurs lieux (9 lieux en 2019).

Dahlia Khamissy
The missing of Lebanon

Il s'agit de porter un regard sur le monde arabe contemporain et en particulier le Liban en privilégiant la démarche photographique et en réunissant des créateurs de toutes origines.

Omar Imam
Live, Love, Refugee

Les années de guerre civile au Liban (1975-1990) ont profondément marqué les photographes.

Ieva Saudargaité Douhaini
Dernière ville
Certains photographes ont ressenti le besoin d'entretenir la mémoire d'un patrimoine architectural perdu et de montrer les stigmates du conflit.

Catherine Cattaruzza
I can't recall the edges

Ils sont à cet effet en prise avec la réalité géographique, urbaine et sociale : leur travail de mémoire met en évidence le mélange des communautés et l'exil.

Vicky Mockbel
Electricité du Liban

Mais une nouvelle génération s'est détachée de cette voie pour aborder des thématiques inédites, échappant aux contraintes du réalisme.

Myriam Boulos
Nightshift


Nous nous trouvons emportés dans des paysages, rêvés ou inventés, exprimant la quête d'un ailleurs, le désir d'évasion.

Caroline Tabet
Recueil

Une effervescence artistique certaine transparait au fil du parcours de l'exposition.

François Sargologo
Beyrouth Empire

La plupart des 18 photographes sont libanais, mais certains sont des "étrangers" de passage, qui ont donné du Liban une vision marquée de l'empreinte de leur propre culture.

Maria Kassab
Le Naufrage
Cette passionnante exposition met en évidence une diversité de motifs et d'approches et nourrit un dialogue de sensibilités autour d'un pays meurtri, mais en pleine effervescence artistique.

lundi 21 octobre 2019

Visite fascinante au site historique de l'usine sidérurgique de Völklingen, en Sarre


Mercredi dernier, nous avons passé la journée à Völklingen, près de Sarrebruck (Saarbrücken), capitale du Land de la Sarre, le plus petit Etat Allemand.

La Sarre
Notre objectif était de visiter le site historique de l'usine sidérurgique de Völklingen : Völklinger Hütte. ici.

C'est, dans tout le monde occidental et nord américain la seule usine sidérurgique intégrée (production de fonte) construite et équipée aux XIX° et XX° siècles qui ait fermé ses portes récemment (1986) et qui soit restée intacte.

Völklinger Hütte

Völklinger Hütte, classé au Patrimoine de l'Unesco est un site absolument fascinant.



Voir ici l'historique de ce site (de 1881 à nos jours)




C'est le premier site datant de l'apogée de l'ère industrielle à avoir été ainsi classé au Patrimoine Mondial de l'Humanité le 17 décembre 1994, il y aura 25 ans.




Outre l'interêt de nous immerger dans ce site , nous souhaitions y visiter la V° Biennale UrbanArt,  le plus grand projet d'Art Urbain au monde (L'exposition se termine le 3 Novembre 2019).

Le grand Burden Hall, un silo à minerais construit au début du XX° siècle forme le centre de cette exposition, où de nombreux artistes urbains internationaux exposent leurs oeuvres et installations sur 100 000 m2.

BLASE, France, tient du blasphème et du caractère éphémère
de l'existence : détournement d'une toile ancienne
Technopainting, Tekno Tanz, France, à partir de
soirées techno
Pøbel, images au pochoir de pécheurs et de
paysages scandinaves
Guy Denning, England, Bristol Lady
Mentalgassi, Zuckerberg, ses yeux sont
des caméras de surveillance vidéo

Jef Aerosol, France, la culture du pochoir
Etc,...

A noter une belle exposition sur l'Or des Pharaons : une exposition rassemblant 150 pièces uniques en or de l'Egypte ancienne, mise en place au milieu des machines. 
C'est très beau et surprenant! Voir ici.

L'or des Pharaons au milieu des machines : étonnant!


Et je ne peux absolument pas passer sous silence la saisissante installation de Christian Boltanski dans l'usine de frittage du site, qui ouvre une nouvelle approche profondément émouvante de la question du travail forcé.


11974 hommes, femmes et enfants de 20 pays ont étés recensés comme travailleurs forcés dans cette usine de Völklingen pendant la seconde guerre mondiale.

261 y ont perdu la vie, dont 60 enfants.

Les visiteurs se retrouvent au milieu des murs étroits des archives du souvenir, celle-ci se composant d'innombrables casiers empilés contenant des dossiers.


Par endroit, on distingue un matricule, tandis que des pantalons noirs et des vestes forment une montagne de vêtements.


Les noms chuchotés des travailleurs forcés provoquent l'effroi : le visiteur est transporté dans un autre monde.
Voir ici.

L'histoire exceptionnelle de ce site est une histoire de réussite économique, d'innovations techniques et de réalisations sociales.

Mais c'est aussi une histoire qui a ses zones d'ombre avec des pratiques qui ont été jugées comme crimes de guerre avec le recours au travail forcé: ici.


Les conditions de travail étaient discriminatoires et inhumaines pour les travailleurs forcés.

Le patron, Hermann Röchling, président de l'association allemande de la sidérurgie, proche du nazisme, a participé à la déportation vers les usines sidérurgiques de tout le Reich des travailleurs forcés des pays européens occupés et de la Russie.

Ces travailleurs étaient exploités, moins bien nourris et payés que les ouvriers allemands et étaient considérés comme des inférieurs en valeur et en droits.

Ouvriers Serbes et Russes
du travail forcé à Völklinger Hütte

Une visite passionnante et instructive sur un site historique fascinant!

vendredi 11 octobre 2019

Emily Carr, une peintre avant-gardiste de l'ouest canadien


Nous aventurant cet été dans l'ouest de l'Ile de Vancouver (Colombie Britannique), en direction de Tofino (voir ma dernière note ici), nous avons tout d'abord fait halte au petit port d'Ucluelet situé sur la côte Pacifique de l'Ile : voir ici.

Ucluelet signifie "Le Peuple du port où on est à l'abri" dans la langue de la Nation Nuu-Chah-Nulth (ou Nootkas) sur le territoire de laquelle il est situé.

Emblème de la Nation Nuu-Chah-Nulth
Le petit port d'Ucluelet

Notre attention a été attirée, dans ce lieu assez reculé, non seulement par les traces des autochtones, mais également par les traces laissée par la peintre Emily Carr lors de son séjour à Ucluelet en 1898.

Elle fut attirée en ce lieu isolé par sa passion pour la culture autochtone, totalement intégrée dans la nature, là "où on s'efforce d'être en contact avec l'infini".


Elle y vint pour dessiner et peindre et y a reçu le nom autochtone de "Klee Wyck" ("Celle qui rit").

Nous voulions en savoir plus sur cette artiste, et nous nous sommes rendus par la suite à Victoria, pour visiter la maison où elle a passé toute sa vie.

Maison d'Emily Carr à
Victoria (Ile de Vancouver)


Emily Carr, née en 1871 à Victoria (Ile de Vancouver, Colombie Britannique) et morte à Victoria en 1945, est une peintre parmi les artistes les plus reconnues du Canada.

Emily Carr
Ses peintures ont pour thèmes principaux les forêts de Colombie Britannique et l'art totémique des autochtones des Premières Nations.




Elle part en France en juillet 1910 et est introduite dans le cercle de Gertrude Stein, Matisse et Picasso et y apprend la peinture.

A Paris, elle apprend les techniques de Signac et des Fauves.


De retour au Canada en 1912, elle s'intéresse au sort des autochtones, dont les territoires ont été récemment occupés par les colons britanniques.


Elle fait alors un grand voyage parmi les Peuples Kwakwaka'wakw, Haida et Tsimshian.

Elle monte peu après une exposition de près de 200 toiles et esquisses pour faire connaitre la culture et les traditions des Premières Nations.

Emily Carr n'avait alors que peu de succès, mais sa carrière repris en 1927, alors que la Galerie Nationale du Canada s'intéressait à l'Art Traditionnel des Autochtones.



Elle participa alors à de nombreuses expositions au Canada, avec l'idée de faire apparaitre des liens entre l'Art Autochtone et celui des peintres modernes du Canada, en liaison avec le Groupe des Sept (ici), sans jamais en avoir fait officiellement partie.

Après 1932, elle se voue aux paysages de forêts, de mer et de montagnes, dans un style avant-gardiste, avec une ligne rythmique et calligraphique.


Son objectif est de donner un sens d'identité nationale aux Canadiens, incluant une certaine spiritualité.


Pendant quelques années, elle peindra des totems, dans un style cubiste, afin de rendre ce qu'elle voit comme une tragédie : la prochaine disparition de l'art autochtone totémique.



Vers la fin de sa vie, elle écrira plusieurs livres autobiographiques, où elle reviendra sur ses expériences auprès des autochtones.




La Galerie d'Art de Vancouver possède une importante collection de ses oeuvres.

Ce fut pour nous une très belle découverte !