samedi 9 février 2019

Tomi Ungerer : L'Alsace est orpheline!


Tomi, notre impertinent nous a quittés, et nous sommes tous un peu orphelins, en Alsace!

Tomi Ungerer, né à Strasbourg le 28 novembre 1931 vient de nous quitter le 9 février 2019 à Cork (Irlande) à 87 ans. Voir ici.

L'un des plus brillants dessinateurs de sa génération, Tomi Ungerer, fin observateur de la société de son temps, en a livré une satire virulente.

Visitez si vous le pouvez, le Musée Tomi Ungerer à Strasbourg : ici!

Tomi Ungerer, l'impertinent!



vendredi 8 février 2019

Opéra : une Norma exceptionnelle à La Fenice


C'était mercredi 6 février, en rediffusion, Mezzo nous a offert une magnifique Norma interprétée à La Fenice, à Venise!

Norma est une tragédie lyrique en deux actes de Vincenzo Bellini (1801-1835).
Le livret est de Felice Romani d'après "Norma ou l'infanticide" d'Alexandre Soumet.

Vincenzo Bellini

Emporté à 33 ans, Bellini a laissé, malgré sa courte carrière, des opéras parmi les plus joués du répertoire lyrique : La Sonnambula (1831), Norma (1831), I Puritani (1835).

Norma fut créée à La Scala le 26 décembre 1831.

Voir ici la bande annonce du spectacle à La Fenice.

Tout d'abord, écouter un opéra, même en rediffusion, qui est joué à La Fenice à Venise est pour moi un moment d'émotion.

J'ai en effet eu l'occasion à deux reprises d'y écouter, sur place, à quelques années d'intervalle La Bohème et ce fut absolument magique.

Ensuite, l'évènement venait du fait qu'il s'agissait de la rediffusion de Norma donné le 16 mai 2018 avec Mariella Devia dans le rôle titre.

Il s'agissait là de l'adieu à la scène, à 70 ans, de la grande soprano italienne (Voir ici) après 45 ans d'une carrière exceptionnelle.

Elle a interprété, dans les plus grands opéras du monde, les plus grands rôles de soprano, en particulier dans le domaine exigeant du bel canto (Donizetti, Rossini, Bellini).

Mariella Devia

La "grande prêtresse" du bel canto avait en effet choisi Norma et La Fenice (en 3 représentations) pour ses adieux à l'opéra.

Mariella Devia continuera cependant à donner des récitals et à assurer ses tâches d'enseignement.

Norma

Voir ici le magnifique "Casta diva"!

On ne peut pas ne pas admirer son timbre de voix, son souffle, sa présence scénique: une incarnation de Norma vécue de bout en bout !

Norma et Adalgisa

A ses côtés, ses partenaires, galvanisés ont donné le meilleur d'eux-mêmes : le ténor roumain Stefan Pop (Pollione), la mezzo-soprano Carmela Remigio (Adalgisa) et la basse Luca Tittoto ( Oroveso).

Stefan Pop
Carmela Remigio
Luca Tittoto

L'Orchestre et les Choeurs de La Fenice étaient placés sous la direction contrastée et attentive de Riccardo Frizza.

Cette soirée d'adieu a laissé opérer pleinement le charme hypnotique de la diva Mariella Devia, l'une des plus exceptionnelles chanteuses de ces cinquante dernières années.

Voir ici la scène finale, les applaudissements...et les fleurs.

vendredi 1 février 2019

Théâtre : Edward Bernays et la manipulation des masses


Hier, à la Comédie de l'Est, à Colmar, nous avons assisté à une représentation passionnante et remarquablement interprétée : "Un démocrate". 

Le texte et la mise en scène étaient de Julie Timmerman.
Avec Anne Cantineau, Mathieu Desfemmes, Julie Timmerman, Jean-Baptiste Verquin.

Julie Timmerman

Edward Bernays (Voir ici), double neveu de Sigmund Freud (par son père et par sa mère), invente dans les années vingt à New York des méthodes de manipulation des masses sans précédent.

Edward Bernays
1891-1995
Sigmund Freud
1856-1939

Une publicité ne suffit pas pour vendre un produit, quel qu'il soit.

Il faut lancer des modes, créer l'évènement, susciter le désir, en faire parler dans la presse, et avant tout, remplacer le mot "propagande" par celui de "relations publiques".

Les "relations publiques", ça consiste à façonner l'opinion par tous les moyens possibles.

Transformer de la "communication" en "information", Bernays appelait cela la "fabrique du consentement".


Toujours au nom de la démocratie US, il met au point la "fabrication du consentement" et vend indifféremment savons, cigarettes, bacon, pianos, présidents et coups d'Etat,...

Eddie (Edward Bernays) ne VEND pas : il fait en sorte que les gens ACHÈTENT.

Eddie a compris très tôt ce qui faisait courir les hommes, les pulsions profondes qui sont les vrais moteurs de leurs actions.


Il sait où appuyer, quels leviers actionner, quelles cloches faire sonner, et le citoyen devient un consommateur docile qui achète, vote, part à la guerre - librement, croit-il.

Ses méthodes se répandent dans le siècle et arrivent jusqu'aux oreilles du chef de la propagande nazie Joseph Goebbels, qui les met en pratique.

Joseph Goebbels
1897-1945
La propagande nazie agit ainsi comme un poison à action lente et insidieuse qui se répand dans chaque fibre de la société allemande.

Affiche à l'occasion de la journée mondiale de l'Holocauste
le 27 janvier 2017, à l'Hotel de Ville de Paris

Des voisins, des amis et des concitoyens se sont alors transformés en parias et en ennemis de l'intérieur.

Voir ici à ce sujet ma dernière note à propos du spectacle Berlin 33.

Eddie est horrifié de l'apprendre, car c'est un démocrate : son "gouvernement invisible" a pour but de préserver la Démocratie...
... mais sans guide, les hommes sont des bêtes...

Edward Bernays meurt paisiblement à 103 ans et laisse derrière lui un Système de manipulation des foules qui s'est imposé partout et a transformé le monde: que reste-t-il de la Démocratie ?

Bernays a écrit un livre en 1928, "Propaganda" (Voir ici) qui a influencé les idées et les méthodes de la manipulation psychologique, y compris l'utilisation des fake news chères au locataire actuel de la Maison Blanche.


On peut lire gratuitement ce livre en ligne  ici.

Voir ici l'analyse de Sandrine Aumercier (Edward L. Bernays et la Propagande) dans Revue du Mauss 2007/2 N°30.

Les idées de Bernays sont encore démultipliées à notre époque où les réseaux sociaux et internet offrent un levier exceptionnel aux manipulations, aux rumeurs, aux fake news, aux théories du complot de tous poils et aux cyber-manipulations...

... par exemple lors de la dernière élection présidentielle américaine, qui font la une de l'actualité...




...sans oublier l'utilisation des big data et des données individuelles récupérées à l'insu des utilisateurs par les GAFA (Google, Apple, FaceBook, Amazon)...pour mieux les manipuler.




Lors de ce spectacle, passant du mode épique à la comédie de la com', du cabaret à la tragédie de la résistible ascension d'Edward Bernays, Julie Timmerman questionne l'état de la démocratie à travers le parcours de cet homme.

Ce spectacle parfaitement maitrisé est une traversée épique à l'humour impitoyable de la vie et de l'oeuvre d'un des hommes les plus influents du XX° siècle.

Voir ici un reportage sur Edward Bernays.
Voir ici le trailer de la pièce de théâtre.
Voir ici "Un Démocrate" au Festival d'Avignon.
Voir ici une émission de France Culture.

Dans un contexte de crise des démocraties européennes, cette pièce de théâtre est un appel à la vigilance et à l'esprit critique!