vendredi 21 septembre 2018

Maria Lassnig au Kunstmuseum de Bâle : rendre visibles les émotions corporelles


C'était avant l'été : de passage à Bâle, nous nous sommes rendus au Kunstmuseum pour une exposition des oeuvres de Maria Lassnig (du 12 mai au 26 Août).

80 dessins et aquarelles y ont été exposés : étonnant, passionnant, et dérangeant.

Maria Lassnig
Maria Lassnig (1919-2014) est une artiste autrichienne connue pour ses auto-portraits, et son travail cherchant à rendre visibles les émotions corporelles: voir ici.


Ses oeuvres mettent en évidence une recherche picturale et graphique visant à expliciter sa conscience du corps (body awareness).




Maria Lassnig a ainsi fixé sur le papier et sur la toile les sensations de soi avec humour et gravité, ardeur et dureté.


Elle a cherché - et réussi - à représenter non pas ce qu'elle voyait, mais ce qu'elle ressentait.


Son travail reste en même temps ancré dans une étude minutieuse de la réalité.




Par le biais de ses dessins, de ses aquarelles et de ses toiles, elle nous donne accès non pas à ce qui est directement visible d'un animal ou d'un être humain, mais véritablement à son essence intime...


... à la singularité de l'Autre.


Elle place son propre corps au centre de son oeuvre


Maria Lassnig compte parmi les artistes qui ont marqué le XX° siècle, avec une oeuvre protéiforme et novatrice.





C'est la première femme artiste à s'être vu décerner en 1988  le Grand Prix de l'Etat Autrichien.










vendredi 24 août 2018

Au Piémont : la somptueuse Casa Cavassa de Saluzzo



Lors de notre séjour estival à Saluzzo, au pied du Mont Viso, au Piémont italien, nous sommes allés de surprise en surprise.

Tout d'abord, la ville elle-même, magnifique, siège d'un Marquisat de 1142 à 1548, date à laquelle il fut rattaché à la France: voir ici
Saluzzo devint alors Saluces.

Le Duomo de Saluzzo
1491
Façade d'une demeure du centre historique,
perché sur la colline
Une autre surprise : notre logement dans un ancien monastère cistercien, une adresse magique, au coeur et tout en haut de la vieille ville médiévale, monastère où les cellules des moines offrent désormais des aménagements douillets et des terrasses donnant sur le cloître (San Giovanni Hôtel) :

L'ancien monastère San Giovanni
devenu résidence de charme,
havre de paix  confortable


A deux pas de notre monastère, nous avons étés étonnés, et agréablement surpris de découvrir, au N° 5 de la Via San Giovanni, la Casa Cavassa (XV° siècle) du nom de la Famille de Saluzzo originaire de Carmagnole, la plus puissante après celle du Marquis lui-même.

La Casa Cavassa
qui atteint six étages dont trois sous terre
avec une vue magnifique

Derrière son beau portail Renaissance, elle abrite désormais le Museo Civico.

Le portail Renaissance de la Casa Cavassa


Galeazzo Cavassa fit, au XV° siècle, une ascension sociale rapide à la Cour du Marquis de Saluzzo Ludovico II.

Un Marquis éclairé

Le Marquis le nommera, en 1464 Vicaire Général du Marquisat, c'est-à-dire Haut Fonctionnaire chargé de l'administration civile et trésorier du Marquisat.

Cette période fut une période de paix, et de développement d'une cour vivante d'artistes et d'intellectuels : une école de chirurgie a été fondée, des lois révolutionnaires sur la santé promulguées,...

Le Marquis lui fit don de cette somptueuse demeure, un logement de fonction, en quelque sorte, qui sera transmis à son fils Francesco qui devint à son tour Vicaire Général du Marquisat.

Francesco Cavassa


La devise ambigüe de la Famille Cavassa, que l'on retrouve dans de nombreuses fresques à l'intérieur de cette belle demeure est "Droit Quoy Qu'il Soit', ou 'Droit Quoi Qu'il Soit' qu'on peut interpréter par 'Justice de toute façon', ou par 'En avant Quoi Qu'il arrive' associée à l'image du chevasson qui remonte le courant.




Ce bâtiment, beaucoup plus tard, fut acheté, en 1883 par le Marquis Emmanuele Tapparelli D'Azeglio, diplomate (Il fut ambassadeur à Londres), philanthrope, érudit, amateur d'art.

Emmanuele Tapparelli D'Azeglio
1816-1890
Il restaura cette demeure en ne gardant que les fresques et éléments Renaissance et en la meublant d'oeuvres et d'antiquités du XV° et du XVI° siècles provenant de sa très riche collection personnelle.



La Salle de Justice
En 1888, il fit don de cette maison extraordinaire à la Ville de Saluzzo aux fins d'en faire un Musée.



On peut admirer les magnifiques fresques monochromes de Hans Clemer, peintre flamand qui oeuvra à la Cour des Marquis de Saluzzo entre 1496 et 1511: voir ici.

Vue des fresques sur le mur de la galerie
1506-1511

Hercule

Dans les splendides salles et les chambres se succèdent les plafonds peints, les fresques, les cheminées monumentales, les meubles anciens, les stalles sculptées : de pures merveilles.

L'Adoration des Mages, 1530
triptyque de Jacobino Longo
peintre d'origine d'Alba, Piémont






On s'attarde volontiers devant le chef d'oeuvre qu'est la Vierge de la Miséricorde de 1500 de Hans Clemer.

La salle de la Vierge de la Miséricorde
de Hans Clemer


Cette visite d'un édifice Renaissance remarquablement restauré avec goût nous a donné une idée vivante de la période la plus riche du Marquisat de Saluzzo.

dimanche 19 août 2018

En Alsace : visite au Château du Hagueneck


En randonnant en Alsace, il est quasiment impossible de ne pas se trouver au pied de la ruine plus ou moins bien conservée d'un château.

L'Alsace est en effet une Région au patrimoine riche et varié.

De nombreux peuples y ont laissé leurs traces, et on rencontre partout des vestiges de leur présence tout au long des siècles ou des indices de leur passage.

L'un des nombreux châteaux alsaciens
(le château de l'Ortenbourg)
L'Alsace est la région d'Europe qui compte le plus de Châteaux forts. 

Leurs silhouettes font partie du paysage alsacien tout au long des Vosges, et sur 480 km du Nord au Sud, on ne compte pas moins de 80 châteaux dont chacun vaut le détour et nous raconte l'histoire mystérieuse du Moyen Âge, des conflits de pouvoir et des guerres incessantes: voir ici.

Le très fameux Haut Koenigsbourg du XII°siècle
entièrement restauré au début du XX° par
Guillaume II de Hohenzollern

Si les preux chevaliers devaient avoir un pays, ce serait l'Alsace!

Ces châteaux et forteresses sont parfois rénovés mais le plus souvent en ruines.

Ils offrent souvent une vue imprenable sur la plaine d'Alsace, comme c'est le cas du Pflixbourg (ici) et du Hohlandsbourg (ici), rénové et très fréquenté, que nous connaissons bien, et que nous avons revu samedi dernier.

Château du Pflixbourg
Château du Hohlandsbourg

Mais il en est tout autrement du Château du Hagueneck au pied duquel nos pas nous ont à nouveau menés aujourd'hui, par une belle journée d'été.

Ce Château, situé sur la commune de Wettolsheim, non loin de Colmar, est peu visible, car perdu dans la forêt et on ne l'aperçoit que lorsqu'on est à ses pieds.


C'est une simple construction rectangulaire, dominée par son donjon, haut de 18m.



Il est vivement recommandé de respecter les consignes de sécurité:



Situé à 420 m d'altitude, le Hagueneck marquait la frontière Nord de la Seigneurie épiscopale de Rouffach, fief de l'Evéché de Strasbourg, en ce début du XIII° siècle.

Seigneurie épiscopale de Rouffach

Ce Château n'avait pas de rôle militaire, mais seulement résidentiel : il est en effet de faible envergure, situé au fond d'un vallon, et loin des voies de circulation importantes.



Voila encore une histoire mouvementée!

En 1263, les textes mentionnent qu'il s'agit de la propriété d'un ministériel épiscopal du nom de Burckhard de Hagueneck, qui possédait également le village de Wettolsheim sur le ban duquel se situe le Château.

Vers 1300, le Château est vendu aux Chevaliers de l'Ordre de St Jean de Jérusalem...

Blason de l'Ordre de St Jean de Jérusalem

 ... pour, finalement, en 1303, tomber entre les mains des Chevaliers de Laubgassen, qui entrent en conflit avec les Hattstatt.

Blason des Laubgassen

Résultat : le Château sera incendié et détruit en 1304.

Au cours du XV° siècle, le Château sera inféodé à différentes familles dont les Ribeaupierre de Ribeauvillé.

Blason de la Famille des Ribeaupierre
de Ribeauvillé

Il finira par être la propriété jusqu'en 1626 des Seigneurs de Rust, noble famille de Colmar.

Détruit par les Suédois pendant la Guerre de Trente ans, le Château ne sera jamais reconstruit.

L'Ordre de Malte héritera des ruines en 1672...

Blason de l'Ordre de Malte

Lors de la Révolution, ce qui reste de ce Château sera vendu comme bien national.

Le Château du Hagueneck est classé Monument Historique depuis 1923 et est propriété de la Commune de Wettolsheim.