mardi 3 juillet 2018

Blog en pause


Blog en pause estivale!
Qui plus est mon ordi vient lui aussi de prendre
des vacances...
Bon mois de juillet!

vendredi 15 juin 2018

En Californie : découverte du Mount San Jacinto State Park



Dans l'Ouest américain il n'y a pas que les National Parks (Grand Canyon, Yosemite, Yellowstone, Bryce et j'en passe), il y a aussi les State Parks qui, bien que moins spectaculaires valent cependant le détour.
Il nous offrent souvent un accès à la vie sauvage (... into the heart of the wilderness) et à de merveilleuses découvertes.

La mission affichée de ces State Parks californiens est d'offrir au public, par un magnifique contact avec la nature, un ressourcement, des parcours de randonnées souvent soutenues, et toujours, avec une pédagogie fort bien faite, une sensibilisation à la diversité biologique californienne et à la préservation des ressources naturelles et culturelles.


Le Mount San Jacinto State Park, situé au dessus de Palm Springs, au sud de la Sierra Nevada offre de magnifiques forêts d'altitude, des pics granitiques, de belles prairies alpines et 80 km de sentiers de randonnée...


Le plus haut sommet atteint les 3000 m (le second plus haut sommet de Californie du Sud).


L'été y est agréable, mais l'hiver très froid avec de soudaines et fortes chutes de neige.

On y accède par le spectaculaire Palm Springs Aerial Tramway, le plus grand téléférique rotatif au monde (ouvert en 1963), qui permet de passer rapidement du désert de Sonora et sa chaleur aux montagnes San Jacinto, à près de 2600 m d'altitude, où il peut faire une bonne dizaine de degrés en moins.


Lors de la montée de 2000 m, nous traversons cinq zones climatiques différentes.

En hiver on peut ainsi quitter le désert et sa chaleur pour venir faire de la raquette à neige dans le parc.


On a une vue plongeante sur Palm Springs
et ses champs d'éoliennes, à gauche


Le tram est vitré et sa cabine tourne lentement ce qui permet d'avoir une vue à 360° pendant les 15 minutes que dure l'ascension.

Il est à noter que les montagnes du San Jacinto State Park sont sismiquement actives, car situées non loin de la Faille de San Andreas : elles continuent d'ailleurs à s'élever lentement.

John Muir (1838-1914), le fameux écrivain américain et l'un des premiers naturalistes modernes, militant de la protection de la nature, a visité et exploré de nombreux sites de l'Ouest sauvage en Californie, dont celui-ci. Voir ici.

John Muir

A noter : il a créé le Sierra Club : ici. 
Il s'agit d'une des premières organisations de préservation de l'environnement à grande échelle dans le monde.
En dehors de son activisme environnemental, ce club organise de nombreuses activités de randonnée et d'escalade.
Il est toujours très actif.


Le fameux sentier de randonnée qui parcours la Sierra Nevada, sur près de 340 km a d'ailleurs été nommé en son honneur : le John Muir Trail (JMT).

John Muir a déclaré, après avoir visité le Mount San Jacinto

"The view from Mount San Jacinto is the most sublime spectacle to be found anywhere on this earth!"

Point de vue depuis le Parc

Une grande partie du Parc est constituée en réserve naturelle où de nombreuses espèces animales sont protégées, dont une espèce de geai, le Steller's Jay, magnifique oiseau assez peu farouche que l'on rencontre également dans d'autres parcs californiens: ici.

Le Steller's Jay


vendredi 8 juin 2018

En Californie : le Lac Salton, une bombe à retardement écologique


En avril dernier, venant de l'Arizona, et nous rendant à Palm Springs, en Californie, nous avions tenu à voir de plus près cette triste curiosité qu'est le Lac Salton (Salton Sea)...

... en fait, une autre facette du rêve californien!


Il s'agit là d'un lac dit "endoréique". Qu'est-ce à dire ?

Le bassin où se situe ce lac retient les eaux dans une dépression fermée : l'eau ne peut quitter ce bassin que par évaporation ou infiltration.


Le fait que l'écoulement des eaux soit fermé amène à une forte concentration de sels et autres minéraux dans l'eau, ainsi que de substances polluantes.

Salton Lake

Les bassins endoréiques se trouvent la plupart du temps dans des zones désertiques, ce qui est le cas ici.

Les plages bordées de vase et de croûtes de sel

Beaucoup de lacs endoréiques ont fortement rétréci ces dernières années : la Mer d'Aral, le Lac Tchad, la Mer Morte, le Grand Lac Salé (en Utah : voir ma note de 2012 ici), quatrième lac endoréique au monde,...

Le Lac Salton a une superficie de 974 km2, une altitude de -90 m et une profondeur maxi de 15 m.


Ce lac a été créé par une importante crue du Colorado survenue en 1891; la région fut alors colonisée et d'importants travaux d'irrigation entrepris.

Mais en 1905, une nouvelle crue du Colorado provoqua une catastrophe : l'eau se déversa pendant plusieurs mois dans la plaine Salton, noyant fermes et habitations, et créant ainsi une véritable mer intérieure, le plus grand lac de Californie.

Sa superficie change en fonction de l'évaporation, et des prélèvements pour l'agriculture.

Le Lac Salton était jadis un paysage de carte postale, avec plages de sable fin et myriades d'oiseaux migrateurs.

Dans les années 1950...

L'ancienne station balnéaire huppée de Bombay Beach est devenue une ville fantôme, alors qu'elle attirait tout Hollywood dans les années 1950-1960...

... et maintenant...

La plupart des maisons sont en ruine et les caravanes délabrées voisinent avec des carcasses de bateaux éventrés.

Pélicans blancs sur
la rive nord du Lac Salton

A partir des années 1970, la Californie s'est trouvée face à une catastrophe écologique : le lac est maintenant sinistré, gorgé de sel (il est plus salé que l'Océan Pacifique), d'engrais, de phosphates, de cadmium, d'insecticides et de pesticides...et sa profondeur diminue et les poissons meurent.


Partout, sur les bords du lac : des tilapias
Une odeur d'oeuf pourri vient des plages, jonchées de milliers de poissons morts...

Qui plus est, "en s'évaporant, l'eau découvre un fond constitué de poussières toxiques qui se dispersent dans l'air au moindre coup de vent." explique Kerry Morisson, le fondateur de l'ONG locale Ecomedia Compass, qui milite pour la restauration du lac.

Cette pollution affecte toute la population voisine du lac : un enfant sur cinq y est asthmatique et le taux de cancers y est exceptionnellement élevé.


Ce lac est une étape primordiale pour la migration de près de 400 espèces d'oiseaux et faute de poissons, les oiseaux risquent de disparaitre.


Les agences gouvernementales et de nombreuses associations de défense de l'environnement en appellent au gouvernement californien afin d'agir.

De grands projets ont vu le jour dont l'objectif est de protéger la faune et l'environnement, et des travaux, étalés sur ... 75 ans devraient permettre de réhabiliter ce lac (Coût : 10 Milliards de $), mais si rien n'est fait, l'impact de la catastrophe écologique a été chiffré à 70 Milliards de $.


Une digue de 84km devrait permettre de séparer un espace de marais salants pour les oiseaux, au sud, d'un espace de loisirs au nord.

En attendant, et si rien n'est entrepris à court terme, le Lac Salton est une véritable bombe à retardement écologique pour la Californie!

Pour compliquer la situation de cette zone, la Faille de San Andreas passe le long du Lac Salton, et une nouvelle et mystérieuse faille vient d'être identifiée sous le lac, The Trough Fault : voir ici.

Plusieurs centaines de mini tremblements de terre ont étés
enregistrés récemment autour de cette nouvelle faille.
Les experts pensent que le futur "San Andreas Mega Quake" (The Big One) pourrait prendre naissance au Salton Lake.


vendredi 1 juin 2018

Les poupées Kachina des indiens Hopi


Lors de nos passages à Phoenix (Arizona), nous ne manquons pas de nous précipiter au magnifique "Heard Museum" (ici). 

Nous y étions donc à nouveau en avril dernier.

The Heard Museum



Le Heard Museum est un musée formidable consacré à l'art amérindien passé et actuel.

Nous venions à nouveau y admirer les poupées Kachina des Hopis, dont le musée possède une époustouflante collection.

Jeune fille Hopi avec poterie

Nous sommes en effet sensibilisés à la culture Hopi et touchés par ces "poupées" et ce qu'elles représentent et symbolisent.



La réserve Hopi est totalement enclavée dans la grande réserve Navajo, à l'extrême Nord Est de l'Arizona, non loin du Four Corners, limite entre l'Arizona, l'Utah, le Colorado et le Nouveau-Mexique.

En 2016, nous avions pu nous y arrêter et passer une nuit dans la réserve Hopi, à Second Mesa, sur notre route entre l'Arizona et le Nouveau-Mexique.

Nous y avions étés fort bien accueillis et avons pu y goûter à des spécialités, en particulier le maïs bleu.

Le maïs bleu sacré des Hopis

La réserve est d'une très grande pauvreté, comme beaucoup de réserves amérindiennes.


Le village de Walpi en 1941.
Il n'a pas beaucoup changé!

Cette pauvreté n'empêche pas les artistes Hopi de créer des poteries de toute beauté, ainsi que ces fameuses poupées Kachina.

Voir ici mon article sur la potière Hopi Nampeyo.

La culture Hopi est très différente de la culture Navajo, beaucoup plus intériorisée, discrète, et attachante, peu portée sur le commerce et l'argent.

Dans la réserve Hopi, les photos sont interdites, de façon à ce que les visiteurs gardent des images dans leur tête et leur coeur, et non pas dans un fichier numérique.

Alors, que sont les Kachina ?

Le peuple Hopi croit que les esprits de leurs ancêtres, les Kachinas (ou Katsinas) voyagent depuis la chaîne volcanique des San Francisco Peaks (Montagnes sacrées au Nord Ouest de l'Arizona, près de Flagstaff) vers les villages Hopi, et retour, via le Sunset Crater, lieu également sacré.

Les Montagnes sacrées des San Francisco Peaks, en Arizona

Ce sont les esprits du feu, de la pluie, du serpent,... esprits bienfaisants, espiègles ou malfaisants.

Au Heard Museum

Les Kachinas sont une sorte d'inventaire du monde visible et invisible.

Six mois par an, lors des fêtes rituelles, ces esprits s'incarnent dans des danseurs masqués et costumés.



Les petites poupées Kachina représentent les danseurs et sont offertes aux enfants pour qu'ils se familiarisent avec le monde des esprits.


La cosmogonie des indiens Hopi rejoint curieusement la vision des artistes surréalistes et la pensée jungienne, en ce sens qu'il y a unité entre rêve et réveil, monde intérieur et monde extérieur, imagination et réalité, car les éléments de chaque paire forment les deux faces d'un même monde unitaire.

Les Kachina relient les humains au monde des esprits et animent les principes de la Nature dans laquelle les Hopis sont profondément intégrés au quotidien.

J'ai un faible pour la Nuvak' China, ou Snow Kachina, qui symbolise un esprit important durant les mois d'hiver.
Il vit au sommet des San Francisco Peaks : il apporte le froid, l'humidité et la neige aux Hopis, essentiels pour les cultures.

Snow Kachina
Ce sont des artistes réputés qui créent ces poupées, qui demandent un travail considérable et magnifique de précision et d'expression.

Les poupées authentiques sont des oeuvres d'art uniques et signées, sculptées par des artistes reconnus, dans les racines de cottonwood (peuplier).

Pour plus de détails voir ici et (en anglais).

vendredi 25 mai 2018

De retour de notre (bref) séjour à Alcatraz


Lors de notre récent voyage en Californie, nous nous sommes offerts un (bref) séjour dans une charmante petite île située au coeur de la Baie de San Francisco : Alcatraz.

Alcatraz

On n'y trouve plus actuellement que des colonies de goélands et autres oiseaux et les restes de ce qui fut un grand "hôtel" pourvu de nombreuses "chambres" sans vue sur la mer, chambres un peu petites, il est vrai...


Une cellule

Le règlement de cet établissement particulier comporte des articles qui font frémir.

L'article 5 du Règlement intérieur du Pénitencier d'Alcatraz stipule par exemple :
"Vous avez le droit d'être logés, nourris, blanchis, et soignés, si nécessaire.
Rien d'autre ne vous est dû."


On disait, à l'époque de la création du pénitencier (1934) :
"Mettez vous hors la loi, et vous irez en prison. Si vous ne respectez pas la loi de la prison, alors, direction Alcatraz!"

Seuls quelques uns des 1545 criminels incarcérés à Alcatraz sont demeurés célèbres, tel Al Capone (ici), "Doc" Barker, Alvin Karpis, George "Machine Gun" Kelly,...

Al Capone, incarcéré de 1934 à 1939
à Alcatraz

La plupart des détenus incarcérés dans ce pénitencier avaient été jugés trop difficiles pour rester dans d'autres prisons.


Il y a eu 14 tentatives d'évasion, dont la plus célèbre, en 1962, celle de Franck Morris et des frères Anglin, qui ont réussi à s'enfuir à la nage et se sont probablement noyés.

Cellule d'isolement

De nombreuses rumeurs concernant les mauvaises conditions d'incarcération à Alcatraz sont sans doutes dues à l'isolement.
Si la plupart de ces rumeurs n'étaient pas fondées (la prison était propre et la nourriture bonne), Alcatraz n'en était pas moins un véritable quartier de haute sécurité.

Bob Kennedy

Robert F. Kennedy, alors Ministre de la Justice, fit fermer Alcatraz en 1963 en raison des coûts de gestion et de maintenance élevés.

Après la fermeture d'Alcatraz, l'île devint un domaine public inexploité.

Différents projets virent le jour dont celui d'y construire un parc d'attraction sur le thème de la conquête de l'espace...

Mais ce qui est moins connu c'est que des activistes amérindiens occupèrent l'île à trois reprises : une fois en 1964, puis 2 fois en 1969.

Au départ, 78 amérindiens de tribus différentes, hommes et femmes, investirent l'île, sous la direction de Richard Oakes, un indien Mohawk, directeur du Département des Etudes Indiennes au Collège d'Etat de Chicago.

Richard Oakes, activiste Mohawk

En moins d'un mois, ils furent 600 à occuper le Rocher d'Alcatraz, représentant plus de 50 tribus différentes et y restèrent 19 mois.

Une telle coopération intertribale était alors sans précédent.

Les amérindiens à Alcatraz en 1969

Une proclamation "We hold the Rock" vit le jour.

Les activistes souhaitaient y construire un centre culturel et universitaire, et un centre d'études indiennes pour l'écologie.

"Nous nous consacrerons à dépolluer les eaux et l'atmosphère de la baie de San Francisco. Nous travaillerons à restaurer la vie des poissons et des animaux dans cette zone et à revitaliser la vie marine menacée par le mode de vie de l'homme blanc. Nous mettrons en place des installations pour dessaler l'eau de mer au bénéfice de l'homme. "

Cette occupation s'inscrivit dans le contexte de l'American Indian Movement fondé en 1968 à Minneapolis

Tipi sur le rocher d'Alcatraz

Ils revendiquèrent Alcatraz au nom " des indiens de toutes les tribus".
Il faut noter que dans des temps reculés, certaines tribus indiennes Ohlone et Miwok s'y rendaient déjà à l'occasion.

Indians Welcome




Ils offrirent au gouvernement américain d'acheter Alcatraz pour 24$ en colliers de perles et tissus.


Dans une "Proclamation au Grand Chef blanc et à tout son peuple", il soulignèrent avec ironie qu'Alcatraz semblait convenir à l'établissement d'une réserve indienne, puisqu'il n'y avait aucun équipement moderne et que l'île était déserte...

« Nous pensons que cette île que vous appelez Alcatraz est idéale pour recevoir une réserve indienne telle que les Blancs la conçoivent. En fait nous pensons que cet endroit présente déjà toutes les caractéristiques des réserves indiennes :
  1. Elle est éloignée de tous les services et n'est desservie par aucun moyen de transport adéquat ;
  2. Il n'y a pas d'eau courante ;
  3. Les services sanitaires sont insuffisants ;
  4. Il n'y a ni pétrole ni minerai ;
  5. On n'y trouve pas d'industrie et donc le chômage y est très élevé ;
  6. Il n'y a aucun service de santé ;
  7. Le sol est rocheux, impropre à toute culture et il n'y a pas de gibier ;
  8. Il n'y a pas d'équipements scolaires ;
  9. L'endroit a toujours souffert de surpopulation ;
  10. La population y a toujours été considérée comme prisonnière et tenue dans une totale dépendance des autres. »



Les médias et le public ont soutenu un temps les occupants indiens.

Puis, avec le temps, les manifestants finirent par renoncer, être délogés par la police et partir pacifiquement, en juin 1971.

La gestion du domaine fut alors confiée au "National Park Service".

L'un des nombreux occupants d'Alcatraz

Alcatraz est désormais un parc naturel et historique, ouvert au public, peuplé de nombreuses espèces d'oiseaux (faucons, oies, colibris, cormorans, goélands,...)

Vue de San Francisco depuis
les bâtiments du pénitencier