lundi 7 avril 2014

A la Fondation Beyeler : les rêves féconds d'Odilon Redon



Odilon Redon (1840-1916) est l'un des artistes les plus surprenants et les plus exceptionnels  des débuts de l'art moderne. 
Il est véritablement à la jonction des XIX° et XX° siècles.
Voir ici .

Odilon Redon
Autoportrait, 1880

L'exposition de la Fondation Beyeler, à Bâle (jusqu'au 18 mai 2014) lui rend un hommage justifié, par la présentation d'un grand nombre de dessins, peintures, pastels, gravures, absolument extraordinaires, à mon goût, et qui ne représentent qu'une petite partie de son oeuvre étonnante, variée et riche.

Fleur de marécage 1881

Après l'exécution

Les oeuvres exposées, provenant de prêts de musées et de collections particulières de renom, nous donnent un aperçu assez complet de la création  d' Odilon Redon, création que personnellement j'ai découverte, et qui m'a surpris, étonné, intrigué et touché...

Araignée souriante, 1891


Fleur de marais, 1885

Il s'agit là non seulement d'une oeuvre "avant-gardiste", d'un travail de précurseur de l'art moderne, mais d'une création que j'ai perçue comme profondément personnelle et de ce fait particulièrement émouvante.

Odilon Redon nous ouvre les portes d'un univers personnel absolument extraordinaire!


L'inquiétude et la sérénité s'y côtoient et nous troublent, nous renvoyant à nos propres interrogations existentielles : Odilon Redon est Maître de l'ombre et de la lumière!




Le Char d'Apollon, 1910

"L'Art est une fleur qui s'épanouit librement hors de toute règle."

Vase au guerrier japonais, 1905

Ses portraits sont magnifiques de justesse, de douceur et de force.

Portrait de Geneviève de Gonet enfant, 1907

Portrait de Jeanne Chaine, 1903

L'écharpe jaune
Anémones

On pourra, si l'on veut, lui accoler les étiquettes d'auteur d'une oeuvre ambigüe, énigmatique, onirique.
Il s'agit en fait d'une expression artistique où rêve et cauchemar, nature et imagination se côtoient et nous "ouvrent les yeux sur les merveilles du monde visible".

Le Cyclope, 1898, huile sur bois

Les Yeux Clos, 1890
Papillons

 Les sources d'inspiration diverses, y compris les motifs religieux,  se côtoient dans sa création, ainsi que les moyens techniques qui sont tout à fait variés : fusains, pastels, lithographie, huiles,...

Fenêtre de Vitraux, 1904, pastels

Son évolution intérieure le conduit des noirs profonds (fusains et lithographies) à une explosion chromatique (pastels et huiles) totalement magique.


Le Bateau, Vierge avec auréole, 1897
Ophélia, 1903

Odilon Redon est un artiste injustement mal connu, à découvrir ou à redécouvrir!
Si vous en avez la possibilité, précipitez vous à la Fondation Beyeler à Bâle!


vendredi 4 avril 2014

Gustave Doré : un artiste alsacien hors du commun

En ce moment se tient une exposition "Doré & Friends" au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg (jusqu'au 25 Mai 2014). Voir ici .

Né à Strasbourg en 1832, Gustave Doré est le plus fameux et fécond illustrateur du XIX° siècle.

Gustave Doré (1832-1883)


Qui n'a pas été marqué par ses illustrations et ses gravures des oeuvres de La Fontaine, de Perrault, de Rabelais, de Dante ou de la Bible?

La cigale et la fourmi

Le petit chaperon rouge

Pantagruel
En tout cas, ses dessins ont, en un sens, bercé mon enfance!

Mais il fut aussi, et on le sait moins, un excellent peintre et aquarelliste : de 1849 à 1883, date de sa mort, il consacra une énergie bien plus considérable à ses tableaux qu'à ses illustrations.

Les Mendiants de Burgos, huile

Le Cirque de Gavarnie, aquarelle 

 Gustave Doré souffrit toute sa vie du peu de cas fait de sa peinture par les critiques français de l'époque...

Cette exposition se propose de mettre en évidence les inventions graphiques de cet artiste alsacien au génie hors du commun, et d'une productivité exceptionnelle, que fut Gustave Doré, à partir de ses albums de jeunesse : Les Travaux d'Hercule (1847), Trois artistes incompris et mécontents (1851), Des-agréments d'un voyage d'agrément (1851) et Histoire pittoresque, dramatique et caricaturale de la Sainte Russie (1854).



Dés-agréments d'un voyage d'agrément


Ses créations vont influencer un grand nombre d'illustrateurs et d'artistes, tant fut grande sa puissance et son inventivité artistiques, et cette exposition nous permet également d'admirer des oeuvres d'André Gill, Cham, Grandville, Alphonse Allais, Francis Picabia, Max Beckmann, Paul Klee, et beaucoup d'autres.


Paysage de montagne, huile

Jean Cocteau, Jacques Demy, Terry Gilliam font également écho, dans leurs oeuvres cinématographiques, à la puissance créatrice de Gustave Doré.

Famille de Saltimbanques, huile


Le chef d'oeuvre de Gustave Doré est sans conteste son tableau, d'une taille impressionnante (609 x 914 cm) intitulé "Le Christ quittant le prétoire", commencé en 1867 et achevé en 1872.

Le Christ quittant le prétoire
Cette oeuvre frappe par l'ampleur de sa composition et par la vitalité émanant d'une foule grouillante et gesticulante.

La longe restauration de ce tableau s'est achevée en 2003, et nous pouvons désormais le contempler et l'admirer dans la salle consacrée aux peintures de Gustave Doré au Musée d'Art Moderne et contemporain de Strasbourg.

mercredi 12 mars 2014

Au Cap Vert : poissons et pêcheurs.


Sur l'île de Santo Antao, nous nous sommes rendus, depuis Porto Novo, au sud, au village de Tarrafal, un village de pêcheurs isolé, entre mer et montagne, situé à la pointe sud ouest de l'île.

Tarrafal de Santo Antao

Le transfert se fait en 4x4 sur une piste défoncée, dans des paysages volcaniques arides et c'est déjà le début de l'aventure...

Depuis la piste vers Tarrafal


Volcan de Trigo
Puis, par un beau chemin escarpé et aride surplombant la mer, nous avons atteint, plus au nord, le petit village de Monte Trigo, en 3h de marche soutenue...

Sur le chemin vers Monte Trigo
...puis retour à Tarrafal dans une barque de pêcheurs...par mer calme, fort heureusement.

A Tarrafal

La pêche est, ici au Cap Vert, une activité essentielle, mais pour autant, nous n'avons pas vu une activité intense en bord d'océan.

Dans la plupart des petits ports et villages, le long du littoral des îles, le débarquement se fait dans des conditions difficiles, sans aucune infrastructure d'appui à la pêche, ni de commercialisation.
On dénombre 4000 pêcheurs et 1400 petits bateaux.

La région du Cap Vert est une zone de pêche réputée.

A Santo Antao (Porto Novo), Sao Vincente (Mindelo), Sal et Santiago (Praia), il y a des activités de pêche plus "industrielle", avec des petits quais de débarquement, et des chambres de réfrigération, voire de congélation.
Voir ici.


Le Cap Vert, vu ses moyens de développement de la pêche limités, a conclus des accords permettant à des flottes étrangères de pêcher dans ses eaux.

Ces accords sont vus défavorablement par la population : après payement d'un droit s'élevant à moins de 500 000€, les bateaux de l'Union Européenne sont autorisés à prélever jusqu'à 5000 tonnes de thon par an...

Cependant, l'agriculture et la pêche ne représentent que 6,8% du PIB du Cap Vert.
Voir ici.


Découpe puis salage des poissons
à Tarrafal
Coucher de soleil sur Tarrafal
Nous avons bien entendu dégusté nombre de poissons et également de la langouste, toujours grillés, et excellents.

De très nombreuses espèces peuplent les eaux du Cap Vert.
Par exemple :

Badèche
Carangue
Mérou
Thon jaune

Murène

Les îles du Cap Vert sont des lieux de prédilection pour la plongée sous marine et la pêche au gros, pour les touristes "fortunés"... mais les pêcheurs capverdiens, eux, ont des conditions de vie beaucoup plus difficiles...

L'activité de pêche fournit un revenu très aléatoire et les familles vivent encore au jour le jour.

L'analphabétisme est important, et les conditions de vie et d'hygiène placent ces communautés de facto dans une situation encore plus difficile que celle des agriculteurs.

Elles considèrent que l'Etat se désintéresse d'eux et les familles de pêcheurs vivent repliées sur elles-mêmes. La situation des femmes de pêcheurs est tout particulièrement difficile.


Sur l'île de Sal
A Sal, découpe des murènes
Calamars au Marché de Mindelo
sur Sao Vicente
Au Marché de Mindelo

Allez, encore un chant si beau, si "saudade", pour un  si "Petit Pays' : ici.


lundi 10 mars 2014

Nuit au Carnaval de Bâle, pour le "Morgenstreich"


Le Carnaval de Bâle (Basler Fasnacht) débute de façon très spectaculaire, avec le "Morgenstreich" (ou Morgenstraich), le lundi matin qui suit le Mercredi des Cendres, à 4h très précises.

C'est l'un des Carnavals les plus connus et les plus populaires en Europe.
Alors que tous les autres Carnavals se terminent au Mercredi des Cendres, celui de Bâle, au contraire, débute la semaine d'après.
C'est en effet le seul Carnaval qui se déroule en terre protestante.

Nous y étions ce lundi, arrivés par train spécial bondé, parti de Colmar à 2h16.
A Bâle, le ciel était étoilé, et la température de 3°... mais il y avait de la chaleur humaine!
Dès 3h du matin la foule se dirige, en une marée humaine,  vers les rues et la place du centre ville (Marktplatz).

Les lanternes...

A 4h exactes du matin, sur le commandement :
"Achtig! Morgenstraich! Vorwärts! Marsch!"
les lumières de la ville s'éteignent et c'est le défilé des 466 "cliques", au son des tambours et des fifres,
dans un rythme lancinant, magique et fascinant, dans la nuit éclairée seulement par des lanternes de toute beauté.

Le cortège va s'ébranler


Masques et fifres

Plus de 200 lanternes gigantesques caricaturent les évènements de l'année écoulée et viennent se surajouter aux milliers de petites lanternes fixées sur la masques des joueurs de fifres et de tambours.

Les principaux thèmes retenus par les cliques cette année : les innombrables chantiers, les projets contestés de tours dans la ville, la multiplication des interdictions, sans oublier des thèmes internationaux, comme...le scandale des écoutes de la NSA.


Un moment absolument magique!



Puis, rapidement la foule se mêle aux musiciens et aux masques, dans la nuit noire, dans une mêlée indescriptible, mais conviviale et fraternelle, déambulant dans la vieille ville de Bâle, et ce, jusqu'au lever du jour.

Sur les hauteurs de Bâle, la foule assiste alors au lever du soleil sur le Rhin dans un moment inoubliable...

Lever du soleil sur Bâle et le Rhin
Puis masques et tambours prennent un repos bien mérité, après une nuit noire...et blanche...






... ce qui n'empêche pas certains irréductibles de circuler encore dans la vieille ville, une fois le jour levé :


Le thème et l'insigne (Blaggedde, ou Plaquette) du Carnaval de Bâle est, cette année : "Surtout rester propre", ce qui se réfère non seulement à la gestion des déchets, mais aussi et surtout à la vie politique!

Insigne du Fasnacht 2014,
qu'il est recommander d'acheter, si l'on
veut être vraiment participant
au Morgenstreich

Les bâlois et les bâloises considèrent le Carnaval, qui dure 72 heures, comme "Die drey scheenschte Dääg", les "trois plus beaux jours de l'année".
Nous avons passé une nuit blanche, mais étions totalement subjugués : étonnés, surpris, émus, admiratifs...et épuisés.

La tradition du Carnaval de Bâle date de 1529.
En 1798 le Carnaval est interdit, mais reprendra en 1802.
Le premier "Morgenstreich" débutant à 4h du matin précises date de 1835.
Et c'est en 1910 qu'est créé le Comité du Carnaval de Bâle (Fasnachts Comité).



Voir ici un reportage sur le Morgenstreich 2013, qui donne une idée de l'ambiance.
100 000 spectateurs et masques y ont été dénombrés!