jeudi 3 décembre 2009

Petite histoire de Pénitents


Les Confréries de "Pénitents" ne sont pas des "ordres" fondés par l'Eglise mais des associations de laïcs, catholiques, ayant un but spirituel, mais aussi social, bien avant que n'existe la Sécu.

Un but d'entr'aide, de bienfaisance et de soutien mutuel dans les villages italiens et du sud de la France: il y en a des traces évidentes à Nice, où les confréries sont encore trés actives, en Avignon...

Dés le XIII° siècle, il s'agissait d'apporter une amélioration à la société de l'époque, voire sous le Pape Innocent III, de racheter les chrétiens captifs des "barbaresques" (Pénitents Rouges)

La création d'une confrérie de Pénitents se faisait à l'époque devant notaire, car il y avait des biens à gérér, comme par exemple des chapelles propres à la confrérie.

Ensuites, elles étaient reconnues par un décrêt de l'évêque du lieu, pour Tende, celui de Vintimille.
Leurs membres portaient, en signe d'humilité et de pénitence un vêtement spécifique appelé "cagoule".
Suivant la couleur de cette cagoule, ils étaient appelés Pénitents Blancs, Rouges, Noirs,...

A Tende, 3 Confréries de Pénitents ont été reconnues par l'évêque de Vintimille.

Les Pénitents Blancs, institués vers 1590, donnaient des subsides aux plus pauvres et aidaient les malades. Leur chapelle est la petite chapelle de l'Annonciade, ornées de fresques magnifiques, de Canavesio et Baleison, à l'abri de la "Porte Lombarde". Voir photo en haut à gauche.

Les Pénitents Noirs , ou "de la Miséricorde", fondés en 1592, sont placés sous la protection de Jean-Baptiste. Leur symbole est le Pélican, qui se dépouille de ses entrailles pour nourir ses petits. Voir à droite photo de leur chapelle. Les "Noirs" accompagnaient les mourants connus et inconnus, les condamnés à mort, les prisonniers...

Les Pénitents Rouges, fondée en 1596 étaient placés sous la protection de la Trinité. Ils pratiquaient, avec les "Noirs" la quête des céréales, mises ensuite sous clef dans le "Frumentario" ; cela servait aux nécessiteux en cas de besoin ou en cas de destruction des récoltes. Voir à gauche la photo de leur chapelle.


A noter aussi l'existence à Tende de la "Confrérie de saint Eloi", différente des précédente : c'est la Confrérie des muletiers, charretiers, charrons, importante à l'époque, de par le transit alpin important d'animaux via le Col de Tende. Elle a son autel propre dans la collégiale, depuis 1738.

Toutes ces confréries sont toujours bien vivantes à Tende, depuis le rattachement à la France, même si elles ne s'occupent plus essentiellement d'entr'aide ; elles sont régies par le régime des Associations loi de 1901 et s'occupent essentiellement de la restauration des monuments dont elles ont la responsabilité, en liaison avec les Monuments Historiques.



mercredi 2 décembre 2009

Coup d'oeil sur la Collégiale de Tende


Le plus beau monument de Tende, qui recèle un nombre important de merveilles architecturales, est sans conteste sa Collégiale (Notre Dame de l'Assomption).

La première église ayant été incendiée en 1466, Honoré Lascaris choisit lui-même les plans du nouvel édifice, qui fut consacré en 1518 par l'évêque de Vintimille.

On peut parler, à propos de cette collégiale, de style "gothique austère" mais avec de fortes influences lombardes et baroques.

Magnifique portail en schiste vert de la Roya, exécuté en 1562 par les frères Barthélémy et Pierre Varences venus de Cenova, dans le Val d'Aroscia.

On y voit les armes des Lascaris et de la Maison de Savoie, qui encadrent les armes de France.

On y découvre en outre les écussons des syndics des communes, qui portent la belle formule : "ID PODUIT UNITAS" (L'Union a réalisé ce Chef d'Oeuvre).

Car il s'agit réellement d'un Chef d'Oeuvre, qui abrite entre autres la Chapelle funéraire des Seigneurs Lascaris, Comtes de Tende et de Vintimille, Seigneurs de Limone et de Vernante et du Val de Lantosque.

Y sont conservées les dépouilles d'Honoré Lascaris (déc. 1474), de Marguerite l'Amazone, de René le Batard Duc de Savoie (déc. 1525), mortellement blessé en protégeant le Roi de France François I° au désastre de Pavie.

On peut y admirer, dans une chapelle latérale un tableau représentant la Vierge, les anges et des pêcheurs, dont l'un, en bas à gauche est "poussé aux fesses" vers la Vierge par un angelot qui ne ménage guère ses efforts pour atteindre son but.

J'y ai repéré, dans un confessionnal, une gravure ancienne qui était là il y a déjà longtemps, pour porter à la contrition et à la réflexion, où l'on peut lire : "Le sono perdonati molti peccati perche ha amato assai."... traduction inutile.

J'y passerais des heures, dans le confessionnal, je ne sais pas, mais dans la collégiale, certainement, allant de découvertes en découvertes!



mardi 1 décembre 2009

L'orgue insolite des Frères Serassi

Dans la collégiale Notre Dame de l'Assomption de Tende, j'ai déjà eu l'occasion d'entendre fonctionner l'orgue insolite des célèbres facteurs d'orgue de Bergame : les Frères Serassi.

Etonnant et unique!

Cet orgue a été construit en 1673, restauré en 1730, abandonné et rénové entièrement par les facteurs d'orgue Serassi en 1807.

Leur facture était la plus célèbre de Lombardie au XIX° siècle et ils imposèrent leur style et leur esthétique à toute la facture d'orgue italienne.
A cet époque, l'orchestre devient symphonique et l'orgue italien s'oriente vers une sorte d'esthétique orchestrale.

L'orgue italien prend donc l'orientation étonnante d'un orchestre à part entière qui serait là, même dans une collégiale, pour accompagner un opéra.

Nous sommes ici pour un spectacle, en témoignent les rideaux d'opéra sur le devant de l'orgue. L'orgue reste cependant un instrument à part entière, gardant aussi son caractère d'accompagnement religieux.

On peut entendre des jeux de percussion aux effets insolites qui font résonner les voûtes de la collégiale : roulements de tambours, cymbales, grosse caisse, clochettes, et même une "voix humaine".

L'orgue de la collégiale de Tende pouvait également aborder sans crainte le registre des musiques militaires et folkloriques, qui, à l'époque, frisaient la vulgarité ; l'important était l'effet sonore obtenu.

Il y avait là un côté "baroque" tardif qui avait certainement pour objet de faire affluer les fidèles, la fin justifiant les moyens.

Une curiosité tout de même!

lundi 30 novembre 2009

Tende et ses linteaux

Mes pas m'amènent ces jours-ci au détours des ruelles -véritable labyrinthe - du Vieux Tende.

Tende, sur la frontière italienne, dans la Haute-Roya, n'est officiellement française que depuis le 16 Septembre 1947.

C'est un gros bourg médiéval situé à un emplacement privilégié, au contact du monde alpin et du monde méditerranéen.

Tende a toujours été un lieu de passages depuis les temps les plus reculés.

Tende est située sur une voie de communications pacifiques et commerciales (la route du sel), mais aussi sur la voie des invasions : légions romaines, tribus barbares, hordes sarrasines, armées provençales, génoises, savoyardes, espagnoles, autrichiennes, françaises, italiennes, allemandes,...

L'histoire passionnante et méconnue de Tende et de La Brigue, village voisin, en font une des régions les plus attachantes des Alpes Maritimes.

L'histoire des Comtes de Tende est liée à l'histoire de la Maison de Savoie, à celle du Comté de Nice et aussi à celle ...des Empereurs de Byzance...

On trouve des traces nombreuses de cette histoire mouvementée, lorsqu'on veut bien déambuler dans les dédales de la Vieille Ville de Tende.

Un aperçu de cette histoire nous est donné en regardant tout simplement de près les linteaux des certaines portes, en schiste vert de la Roya.

Exemples, parmi d'autres :

En haut à gauche : linteau de la porte de l'ancienne maison Chianea, dont un membre est devenu Comte de St Etienne de Tinée en 1700. Inscription en latin ( sentence morale pour se protéger du mal) :"Celui qui craindrait quelque chose ferait injure aux dieux de la maison. Ici, la crainte est vénération, les funestes puissance infernales tremblent." On remarque la Croix du Duché de Savoie, les 3 lys de France, martelés pendant la révolution.

A droite : linteau du XVII°. Toujours la Croix du Duché de Savoie, le monogramme du Christ (IHS) et des feuillages stylisés, symboles d'hospitalité.

A gauche à nouveau : près de l'ancienne "Maison de Curie", place du Traou ( de l'échafaud) un des premiers tribunaux existant en Europe au XII° s. La porte et son linteau sont de 1510. On y voit les armes du Duché de Savoie, et l'Aigle bicéphale et byzantin des Lascaris. Egalement IHS en gothique. Sur les côtés on trouve la rose de Luther, car les Ducs de Savoie étaient protestants.

A doite à nouveau : Sur ce linteau un passage de l'Epitre de Paul aux Hébreux : "Nous n'avons point ici bas de cité permanente, mais nous cherchons celle à venir", une sentence en référence aux communautés protestantes, car Claude, le fils de René le Bâtard de Savoie, Comte de Tende était protestant.


....un tout petit aperçu des traces de l'histoire passionnante de Tende!


Je vous dirai un mot plus tard de la Collégiale de Tende, le plus beau monument du village, de style gothique, baroque et lombard, reconstruite en 1518, suit à un incendie en 1446.

A suivre...

dimanche 29 novembre 2009

Promenade au village de Pinocchio

Je suis à nouveau revenu avec plaisir traîner mes guêtres au "Village de Pinocchio", c'est à dire à Vernante, dans le Piémont italien.

Vous connaissez l'histoire de la marionnette créée en 1881 par Carlo Collodi ? C'est un chef d'oeuvre hors du temps, mais pas hors de l'espace, car Pinocchio a son village, bien réel!

Savez vous aussi qu'au XX° siècle, ce conte a été l'ouvrage le plus vendu en Italie, avec dix millions d'exemplaires, juste après, bien sûr, la Divine Comédie de Dante (onze millions d'exemplaires).

L'un des premiers dessins de Pinocchio réalisé pour Collodi fut celui de Enrico Mazzanti ci-contre : il date de 1883.

Et pourquoi Vernante? Quel lien avec la marionnette au nez qui s'allonge?

Tout simplement, au départ, parce que Attilio Massino, dessinateur et illustrateur turinois d'albums de Pinocchio, est venu s'y installer, en 1944.

La municipalité reconnaissante a lancé le projet des fresques (Murales) sur les façades des maisons.
Inutile de dire que les habitants ont au départ rechigné à voir leurs façades ainsi décorées.
Quoiqu'il en soit, à partir de 1989, le dessinateur Bruno Carletto et son équipe a rendu possible ce projet.

Nous pouvons admirer actuellement 130 façades décorées dans le village, sur des épisodes de la vie de Pinocchio....ce qui a sans nul doute été un bon plan pour les visites et la prospérité de cette petite bourgade fort sympatique.

Autre caractéristique de ce village que je connais bien, ce qui ne gâte rien : des douceurs, les Vernantesi, délices au chocolat fourré et au rhum.

Egalement un café ( sur la photo) où l'on peut déguster l'un des meilleurs chocolats chauds italiens du coin, crémeux à souhaits.

Et pour finir, un authentique pub irlandais , à l'enseigne "Il Cavallino" où déguster une vraie Guinness avec de délicieux paninis (si, c'est possible!) préparés à la demande est un grand plaisir ; car tout celà est préparé avec soin et servi avec gentillesse et humour par Luciano, le maître des lieux! (pub non payée...)

Donc, si vous passez par là, n'hésitez pas!


samedi 28 novembre 2009

L'homme descend du singe...

...et le singe du cocotier.
C'est la version darwinienne (légèrement simplifiée) des choses.

L'histoire de la création dans la Bible est beaucoup plus complexe : elle nous raconte la chute du premier homme, Adam, suite à une sombre histoire d'arbre de la connaissance du bien et du mal. Pas facile à comprendre cette histoire de chute originelle!
Est-ce là une invention de juifs ignorants?
Et peut-on dire que la version de Darwin est plus proche de la vérité?

Jusqu'à présent, ces deux versions - visions - des choses semblaient inconciliables...

Jusqu'à ce que je lise dans un ouvrage du grand philosophe Léon CHESTOV (1898-1944), pas assez connu, car il sort par trop des sentiers battus, sa propre perception des choses.
Elle me semble, sous l'humour fin qui le caractérise, porter en elle une vérité.

Dans "Le Pouvoir des Clefs" (Flammarion 1967), on peut lire p 84:

"Si l'homme descendait du singe, il trouverait à la façon du singe ce dont il a besoin. On me dira que de tels gens existent et qu'ils sont même fort nombreux. certainement, mais il suit de là seulement que Darwin et les Juifs avaient également raison.

Une partie des humains descend d'Adam, sent dans son sang la brûlure du péché de son ancêtre, en souffre et aspire au Paradis Perdu, tandis que les autres proviennent du singe pur de tout péché. Leur conscience est tranquille, rien ne les torturent et ils ne rêvent pas à l'impossible.
La Science consentira-t-elle à ce compromis avec la Bible?"

"Ah Chestov et les questions qu'il sait poser, la mauvaise volonté qu'il sait montrer, l'impuissance à penser qu'il met dans sa pensées!" s'exclamait Gilles Deleuze dans "Différence et Répétition"

vendredi 27 novembre 2009

Où vais-je, ou courge?...


...ou plutôt où suis-je. Où mes pérégrinations ont-elles entraîné mes pas, aujourd'hui ?

Où se situe ce lieu où je me trouvais ce matin même?

Quiz!

Examinez bien la photo de gauche : un détail vous mettra sur la voie.

Cet endroit ne pouvait pas ne pas retenir mon attention : ayant pour nom Saint-Vincent, le patron des vignerons et en plus le prénom de mon fils.

Donc, pour vous mettre sur la piste : un lieu entouré de montagnes. Et pas loin, il y en a de fort belles, bien enneigées pour la saison! Voir photo de droite.

?

Celà pourrait être en "France de l'intérieur", comme disent souvent les alsaciens? Alors, en Savoie, pourquoi pas?

Mais ce n'est ni en Savoie, ni en Haute Savoie...Alors, où donc est-ce?

Mais oui! Dans l'ancien domaine de la Maison de Savoie (qui avait pour capitale Turin, en 1563, ne l'oublions pas!) , pour être exact. Les Etats de Savoie se composaient alors d'une dizaine de "baillis", dont le Val d'Aoste.

En 1861 Victor Emmanuel II incorpora dans le Royaume d'Italie les états de la Maison de Savoie qui n'avaient pas été récupérés par la France, dont le Val d'Aoste, région désormais autonome de la République Italienne.

Eh oui, cette photo a été prise au Val d'Aoste.

C'est une région qui vaut vraiment le détour, le séjour, et qui offre de splendides possibilités de randonnée, ne serait-ce que dans le Parc National du "Gran Paradiso" : ma-gni-fique!
D'ailleurs, 50% des valdôtains parlent encore le français.
Le petit détail qui pouvait vous mettre sur la piste, sur le panneau : "575 m slm" , soit "575m sul livello del mare"...au dessus du niveau de la mer, en italien!