samedi 21 mars 2015

Théâtre : Requiem d'Hanokh Levin, à la Comédie de l'Est



Hier soir, nous avons été surpris, dérangés, passionnés par la pièce "Requiem" du dramaturge et metteur en scène israélien Hanokh Levin donnée à la Comédie de l'Est à Colmar.

Hanokh Levin

Né en 1943, Levin est mort prématurément d'un cancer en 1999.
L'oeuvre dramatique de Levin se compose de 52 pièces : des cabarets satiriques, des comédies, des tragédies.
Ses oeuvres sont montées désormais partout dans le monde.

Levin est reconnu comme étant au niveau de Strindberg, Beckett ou Tchekov.

Les pièces de Levin traitent de la tristesse de la vie, de la bassesse humaine, de la dégradation et de la mort, de façon tout à fait personnelle, grinçante et atypique, mais c'est un iconoclaste optimiste.

Son écriture est concise, musclée, et on y trouve beaucoup de profondeur et plusieurs niveaux de compréhension. 
Ses personnages scrutent leurs vies gâchées, sans réussir à échapper à une cruelle absurdité.

Requiem

Quelle que soit la forme théâtrale choisie, Levin met crûment son public face à ce qu'il considère comme étant l'absurdité essentielle de l'existence humaine.

"Requiem", le "chant du cygne" de l'auteur, est une pièce écrite juste avant sa mort à 56 ans; elle  est inspirée de 3 nouvelles de Tchekov et nous narre l'histoire d'un fabricant de cercueils qui enterre sa femme, d'une jeune mère qui refuse de pleurer la mort de son enfant et d'un cocher qui porte le deuil de son fils, mais n'a d'autre confident que son cheval...

Requiem

"Requiem" est un carnaval où se retrouvent joyeusement les vivants et les morts. 

La pièce est délibérément déjantée : refusant une quelconque unité de style, elle oscille entre farce, tragédie et revue de cabaret. 

Cette indécision fondamentale est à prendre comme un ultime pied de nez à l’absurdité de la vie.

Pour Cécile Backès, la metteure en scène inspirée de ce "Requiem" étonnant et touchant,  la pièce se doit d’être une « fête collective » et la musique interprétée en direct sur le plateau viendra rythmer ce carnaval des fous.

On y rencontre un cheval, une chèvre et puis trois anges hilares qui ont toujours une histoire drôle à raconter. Certaines scènes m'ont fait penser à des toiles oniriques de Marc Chagall.


Requiem


Les trajets en carriole en compagnie d’ivrognes ou de prostituées sont bien sûr l’occasion de pousser plus loin la réflexion métaphysique.

Les acteurs, Philippe Fretun, Felicien Juttner, Maxime Le Gall, Anne Le Guernec, François Macherey, Simon Pineau et Pascal Ternisien sont tous formidables!

"Un "Requiem" pour qui? Pour lui, Levin, le poète qui se sait condamné en écrivant la pièce. Pour nos morts, aussi. Et surtout pour nous, les vivants, épris de tendresse et de compassion." Cécile Backès

J'avais déjà vu, et apprécié, une courte pièce d'Hanokh Levin en 2012, déjà la Comédie de l'Est à Colmar ; voir ma note ici.


mercredi 18 mars 2015

Opéra : La Donna del Lago de Rossini au Met!


Nous avons assisté, avec grand plaisir, le samedi 14 mars, au cinéma Kinépolis de Mulhouse, à la transmission en live de "La Donna del Lago" de Rossini.

Nous avions assisté, le 29 mai 2013 à la transmission,  en live également, de ce même opéra depuis Covent Garden (Royal Opera House).

Voir ma note ici.

Nous avions gardé le souvenir d'une mise en scène très onirique, propre aux brumes des Highlands, et cette mise en scène assez fantastique nous avait subjugué au point de faire passer les voix aux second plan...un comble!

Or, à relire ma note de l'époque, les interprètes étaient les mêmes que ceux que nous avons entendus au Met : Joyce Di Donato (Elena), Juan Diego Florez (Giacomo/uberto), Daniela Barcellona (Malcolm)...

Joyce Di Donato (Elena)

Juan Diego Florez
(Giacomo/Uberto)

Daniela Barcellona (Malcolm)

Deux mises en scène fondamentalement différentes et des interprètes absolument exceptionnels!


Joyce Di Donato et Daniela Barcellona

Je ne reviens par sur la thématique : voir ma note de 2013.

Je dirais simplement que nous avons apprécié des interprètes absolument fabuleux dans les vocalises ardues et magnifiques du bel canto rossinien!

Une direction d'orchestre au top niveau : Michele Mariotti.

Une mise en scène, à mon goût, un peu trop "réaliste" de Paul Curran : kilts et folklore écossais étaient au rendez vous, ce qui contrastait fort avec la mise en scène onirique de Covent Garden de 2013.

Ecoutez ici l'air "Cielo! in quel estasi" dans l'Acte I.

Voir ici la note de JCMemo sur cet opéra.

dimanche 8 mars 2015

Francis Huster triomphe dans "Le joueur d'échecs" de Stephan Zweig


Nous avons eu le grand plaisir d'assister hier samedi 7 mars à la représentation de la pièce de Stefan Zweig , "Le joueur d'échecs", au Théâtre Rive Gauche, à Paris.

Stefan Zweig (1881-1942), très grand écrivain autrichien, fit partie de la fine fleur de l'intelligentsia juive viennoise.
(Voir ici)
Connu pour Amok, La pitié dangereuse, La confusion des sentiments, ...Zweig analyse avec lucidité ce qu'il considère être l'échec d'une civilisation.

Ce texte, Le joueur d'échecs, a été interprétée magistralement par le grand acteur Francis Huster (Voir ici), seul en scène, qui triomphe dans cette pièce (150° représentation)!

Stefan Zweig
Francis Huster
Fuyant la guerre, Stefan Zweig prend la bateau qui l'emporte en Amérique du Sud.

Pendant la traversée, un combat s'engage, qui le passionne, ainsi que tous les voyageurs : au dessus d'un jeu d'échecs s'affrontent le champion du monde Czentovic, une brute lente, cupide, inculte, antipathique, qui n'a jamais perdu une partie, et le mystérieux Monsieur B., un aristocrate viennois sensible, raffiné, qui vient d'échapper aux griffes de la Gestapo...



Qui gagnera?
L'intelligence et la culture ont-elles encore une chance dans ce monde qui sombre dans la barbarie?



Cette fable palpitante qui nous emmène jusqu'aux frontières de la folie est considérée comme le chef d'oeuvre de Stefan Zweig.


Après l'avoir achevée, il se donna la mort, en compagnie de sa femme, Lotte.

Voir ici la bande annonce de ce spectacle bouleversant, adapté par Eric-Emmanuel Schmitt et mis en scène par Steve Suissa.

mercredi 4 mars 2015

Dans les plantations de thé du Kerala



Nous avons passé en février deux jours magiques au dessus de Munnar, une station d'altitude du Sud Ouest du Kerala, à 1600m d'altitude sur la chaîne des Ghats Occidentaux.

Les Ghats occidentaux, chaine de montagnes plus anciennes que l'Himalaya, sont couverts de forêts épaisses et arrosés par un climat tropical humide.

Ils sont peuplés d'éléphants, de tigres, de singes et de nuées d'oiseaux évoluant au sein de réserves naturelles.
Ces montagnes s'avèrent également être des stations climatiques agréables.

L'altitude maximum de la région de Munnar est de 2700m.
Munnar était la station d'altitude préférée des Britanniques...

Plantations de thé

L'histoire de Munnar, où il fait frais et humide,  est liée à la culture du thé : thés bio, thés verts, thés noirs, thés qui sont ensuite parfumés et épicés (Masala tea...).

Plantations de thé

Les feuilles de thé fraiches sont bien entendu périssables et doivent être transformées immédiatement après récolte sinon elles sont perdues.

Plants de thé


La ville se fit connaitre des occidentaux avec la visite de John Daniel Munro, dans les année 1870.
Munro loua en 1877  55 000ha sur les collines du Kanan Devan à la famille royale du lieu afin d'y développer la culture du thé.

Plantations de thé

En 1924 Munnar fut en proie à une terrible mousson qui provoqua glissements de terrain et inondations, mais les habitants parvinrent à tout replanter en quelques mois.

Employée de plantation à Munnar
Actuellement, 24 000ha de plantations de thé recouvrent la région, avec une production annuelle de 50 000 tonnes. C'est ici qu'est implantée la multinationale Tata Tea Limited, l'un des leaders mondiaux de la production de thé. 

Plantations de thé

Les paysages sont splendides, l'air est pur et l'atmosphère très calme.

Les plantations, qui s'étendent à perte de vue, sont parsemées de grands arbres, qui apportent une ombre bienfaisante.


Un lac se découpe dans une vallée...


Des ONG européennes aident les communautés de producteurs à être plus autonomes et mieux formés, et à produire du thé bio selon les normes internationales. 
Des consortiums ont ainsi été mis sur pied pour aider nombre d'agriculteurs à monter leur propre usine de thé, se passant ainsi du contrôle des grands propriétaires de plantations.

Thé bio du Kerala

Il y a actuellement plus de 10 000 petits producteurs qui sont passés à la culture organique
Leurs usines vendent ensuite le thé fini par le biais des circuits de Commerce Equitable.

Au Marché de Munnar...
...où le Mahatma Gandhi est toujours vénéré.

lundi 2 mars 2015

Opéra : Bryn Terfel magistral dans "Le Vaisseau Fantôme" de Wagner


Le 24 février, revenus la veille de notre périple en Inde du Sud, nous nous sommes plongés dans la magie sombre du Vaisseau Fantôme de Richard Wagner, opéra en trois actes créé en 1843, retransmis en live du Royal Opera House.


Dans sa mise en scène minimaliste, Tim Albery se concentre sur la psychologie et l'idéalisme du Hollandais errant et maudit, magistralement interprété par le grand baryton-basse Bryn Terfel.

Avec lui, le Hollandais manifeste une force brute, une présence saisissante, à la fois démoniaque et sensible...
Bryn Terfel


Le chef d'orchestre Andris Nelsons, par la puissance de son interprétation nous a transportés au coeur même du souffle et du génie de Wagner.
D'ailleurs cette oeuvre a été inspirée au compositeur par une expérience personnelle de violente tempête en mer Baltique.

Cet opéra est le premier chef d'oeuvre de Wagner.
L'univers fantastique, la musique impétueuse et les thèmes chers à l'auteur, la rédemption, l'amour, l'errance, font de cette oeuvre nourrie par le romantisme allemand, l'une des plus connues et appréciées.

La rédemption du Hollandais maudit par l'amour de Senta
(Adrianne Pieczonka)

Voir ici le trailer du Royal Opera House.

Voir ici une interview (en anglais) de Bryn Terfel sur sa perception de ce rôle.

Une nouvelle soirée lyrique magistrale!
Décidément, nous ne sommes jamais déçus par les productions du Royal Opera House!

dimanche 1 mars 2015

Opéra : Jonas Kaufmann relève le défi dans "Andrea Chénier" de Giordano


Notre voyage en Inde du Sud a été "encadré" par deux magnifiques retransmissions d'opéras en live depuis le Royal Opera House (Covent Garden) à Londres.

Tout d'abord, le veille de notre départ, Andrea Chénier d' Umberto Giordano, le 29 janvier 2015.

Puis, le lendemain de notre retour, Le Vaisseau Fantôme de Richard Wagner, le 24 février 2015.

Bel accompagnement et bel accueil, à notre retour...et des interprètes époustouflants.

Tout d'abord ce bel opéra, Andrea Chénier, qui nous a fait découvrir un auteur que nous ne connaissions pas.
Umberto Giordano est né dans les Pouilles en 1867 et est mort à Milan en 1948.

Umberto Giordano

Il compose en 1894 cet opéra, sans doute son meilleur, sur un livret de Luigi Illica.
La première, donnée à La Scala en 1896 connait un grand succès.

Il est alors reconnu comme l'un des plus grands compositeurs de l'opéra moderne italien.
Son rôle titre est souvent le point de départ de nombreuses carrières de ténors.

Andrea Chénier s'inspire de la vie du poète André Chénier (1762-1794) guillotiné lors de la Révolution française.

André Chénier

Parmi les interprètes de ce fameux rôle, citons Mario del Monaco, Franco Corelli, Placido Domingo, José Carreras, Marcelo Alvarez...

La théâtralité de l'opéra de Giordano se prête particulièrement bien à une retransmission dans une salle de cinéma : de l'opulence des premières scènes dans l'aristocratie pré-Révolutionnaire aux horreurs de la Terreur, le grand spectacle est au rendez-vous.


Ce soir là, nous avons eu le très grand plaisir de voir et d'écouter Jonas Kaufmann dans une interprétation magistrale!
Kaufmann a relevé le défi, dans une production inédite du Royal Opera House, dirigée par le metteur en scène David MacVicar...

L'opéra est célèbre pour ses airs difficiles très prisés par les chanteurs, notamment l'aria L'improvviso ("Colpito qui m'avete...Un di all'azzuro spazio") qui demande une force et un panache particuliers.

Ecouter ici cet air chanté par Jonas Kaufmann.

Jonas Kaufmann
Jonas Kaufmann
et Eva Maria Westbroek

L'orchestre du ROH était dirigé par le passionné et talentueux Antonio Papano, que nous écoutons ici lors de la représentation générale.

Une magistrale soirée lyrique de passion et de mort!


vendredi 27 février 2015

Au Tamil Nadu, le pays des temples


Le Tamil Nadu, en Inde du Sud compte environ 72 millions d'habitants sur 130 000 km2.
Cet Etat a été créé selon des critères linguistique en 1956 : il correspond aux régions de l'Inde où l'on parle Tamoul.
Tamil Nadu signifie d'ailleurs "Pays des Tamouls".
Les Tamouls sont des dravidiens au teint foncé.

Le Tamil Nadu en Inde du Sud

D'abord appelé "Etat de Madras", il a pris son nom actuel en 1960.

Madras, appelé désormais Chennai, en est la capitale et est la 4° ville de l'Inde par sa taille.

Topographie du Tamil Nadu
Nous sommes arrivés à l'aéroport International de Chennai, pour filer ensuite sur Mamallapuram, au sud de Chennai, le temps d'admirer, de loin, le Sea Shore Temple...

Mamallapuram
The Sea Shore Temple
...et de plus près, le Five Rathas Temple :

Five Rathas Temple

Puis nous sommes partis vers Pondicherry/Puducherry, où nous avons séjourné une semaine, dans un cadre humanitaire.

A Pondicherry

Non loin se trouve la fameuse "cité idéale" d' Auroville, fondée par Sri Aurobindo et "Mère".

Le cas de Pondicherry est particulier en ce sens où Pondicherry est la capitale du "Territoire de Pondicherry", enclavé dans l'Etat du Tamil Nadu.

Ce comptoir français fut rétrocédé à l'Inde en 1954, et il y vit encore une minorité francophone.
On y trouve, dans la "ville blanche", les rues Suffren, Dumas, Romain Rolland, La Bourdonnais,...

Réputé pour ses temples dravidiens extraordinaires, le Tamil Nadu est un état profondément hindouiste.

C'est ici que les temples sont les plus nombreux, les plus grands, tel que celui de Srirangam à côté de Trichy/Tiruchirappalli...



Srirangam



 ...les plus petits...








...et  les plus kitsch:




On y vénère les dieux principaux : Brahma, Vishnu et Shiva, : voir ici

Ils représentent les "attributs" de Dieu: création, développement et destruction.

La Trinité Brahma, Shiva, Vishnu

Et il y a aussi tous leurs avatars...ce qui fait du monde : on parle de 33 millions de dieux...

Celui qui a ma faveur, et qui est d'ailleurs le plus vénéré en Inde est Ganesha, ou Ganapati, le dieu à tête d'éléphant, le fils de Shiva et de Parvati.

Ganesha
C'est le dieu de la sagesse, de l'intelligence, de l'éducation et de la prudence : en somme, le plus utile pour la vie de tous les jours!

Il a toujours le petit air comique d'un dieu qui ne se prend pas au sérieux...



Ce dieu massif, puissant et réfléchi est accompagné d'un petit rat mobile et malicieux: les deux se complètent et ont ainsi les atouts nécessaires pour résoudre les problèmes du monde!