jeudi 8 novembre 2018

En Alsace : randonnée au Frankenbourg, le château fort de Clovis


Il est quasiment impossible de randonner en Alsace et au Pays de Bade voisin, de l'autre côté du Rhin, sans trouver sur son chemin, les ruines plus ou moins bien conservées d'un château fort, qu'il ait été résidentiel ou défensif!

Le "Chemin des châteaux forts d'Alsace", long de 450 km, parcourt l'Alsace du Nord au Sud en 26 étapes et traverse ... 80 châteaux forts!

Château du Frankenbourg

L'Alsace est une des régions d'Europe qui compte le plus de châteaux forts : voir ici.

Voir mes notes précédentes sur le Schauenburg, le Landsberg, le Hagueneck, le Pflixbourg, le Hohlandsbourg, le Birkenfels, ...

Dimanche dernier, notre randonnée démarrait à La Vancelle (Wanzel en allemand) , village fort joliment situé au pied du versant sud du massif de l'Altenberg (855 m), qui sépare le Val de Liepvre et le Val de Villé, au sud du Bas-Rhin.

La Vancelle sur la carte de France

Au départ, La Vancelle était un petit village de bûcherons qui a, de par son exposition plein sud, attiré de nombreuses résidences secondaires.

Les habitants du village sont curieusement surnommés 'Cocattes', terme qui désigne la pomme de pin dont les habitants se servaient pour se chauffer.


Le village est mentionné pour la première fois dans une Charte de Charlemagne de l'an 774 sous le nom de Bobolino Cella. Voir ici pour plus de détails.

La pente est raide dès la sortie du village, en lisière de la forêt.

En grimpant vers le château du Frankenbourg (714 m), situé au sommet du Schlossberg,  on rencontre les vestiges d'une enceinte protohistorique en gros blocs, présentant les mêmes encoches en "queue d'aronde" que le "mur païen" du Mont Sainte-Odile. 

On le date entre le V° et le I° siècle avant J.C.

Le "mur païen" au pied
du Frankenbourg
Assemblage des blocs de pierre en "queue d'aronde"

Ce "mur païen", en appareil cyclopéen, qui s'étire sur près de 11 km, l'une des énigmes d'Alsace, est le plus grand monument mégalithique d'Europe, certainement élevé par des populations celtes.

La tradition fait remonter le Château du Frankenbourg au Roi des Francs, Clovis, d'où son nom.


Clovis I°, Roi des Francs
482-511

Voir ici pour l'histoire complète de ce château.


Il date du XII° siècle et présente les caractéristiques des châteaux forts de ce temps : type d'enceinte, emplacement au sommet d'une butte, murs à bossages.

Plan du Frankenbourg


Les Comtes de Frankenbourg seront nommés à partir de 1192 landgraves de Basse-Alsace, c'est-à-dire représentants de l'Empereur.



Au XIII° siècle, les Comtes de Frankenbourg font donation du Château à l'Evéché de Strasbourg (encore lui !) qui en sera propriétaire jusqu'à sa ruine.



Il souffrira du passage des Suédois (encore eux!), de la Guerre de Trente Ans (encore elle!), et, comme nombre de ces châteaux, d'un incendie consécutif à la foudre, en 1682.



La vue depuis le Frankenbourg est magnifique: on aperçoit le Val de Villé, et la plaine d'Alsace.




Notre randonnée se poursuit jusqu'au Chalmont, butte conique (704 m) coiffée d'énormes blocs de grès fracturés qui a inspiré les légendes.

On dit qu'il s'agirait là de l'une des assises d'un pont que des fées auraient lancé par dessus la vallée, vers le Rocher des Géants du Taennchel. Allez savoir !

Vue du promontoire du Chalmont

Charlemagne y aurait même, dit-on, caché un trésor, d'où son nom.

Charlemagne
Roi des Francs et Empereur
742-814

Cette agréable randonnée (4h30, 12 km) qui nous ramène, après une belle boucle, à La Vancelle, nous a permis de profiter d'une nature automnale splendide, au travers de belles forêts de hêtres, et de nous plonger, une fois de plus, dans l'Histoire et les légendes.

mardi 6 novembre 2018

Brève visite en Slovaquie, à Bratislava


Etant à Vienne en septembre dernier, nous nous sommes laissés tenter par une mini "croisière" sur le Danube, avec pour objectif de passer une journée en Slovaquie et de découvrir Bratislava.

Les deux capitales sont en effet très proches l'une de l'autre: 60km.


En voiture, il faut compter 1 heure et en bateau 1h à l'aller et 1h30 au retour.


La Slovaquie, en Europe Centrale, est membre de l'Union Européenne depuis 2004.

La Slovaquie et les pays tchèques ont étés regroupés artificiellement dans l'entité de la Tchécoslovaquie de novembre 1918 au 31 décembre 1992, avec une période de démantèlement par l'Allemagne nazie, et une reconstitution en 1945.

Slovaquie et République Tchèque se sont séparés pacifiquement le 1° janvier 1993.

La croix serait d'origine byzantine

La population est de 5 400 000 habitants dont 10% de Hongrois, qui parlent le hongrois, le slovaque et le tchèque.


En effet, la Slovaquie était auparavant sous domination hongroise, dès l'an mille, puis austro-hongroise.

Armoiries de Bratislava en 1436
Armoiries plus récentes

Il existe d'ailleurs  en Slovaquie un parti politique dont l'objectif est de défendre les intérêts des magyarophones.

Bratislava est la capitale et la plus grande ville de Slovaquie (420 000 habitants).

Au cours de son histoire, elle a été connue sous le nom de Pressburg (Presbourg en français ; il y a d'ailleurs à Paris une rue qui porte ce nom) et également de Pozsony, en hongrois.

L'arrivée à Bratislava par le Danube nous permet d'apercevoir de nombreuses cabanes de pêcheurs, 


des ruines de châteaux-forts,


ainsi que le château qui domine la ville, au dessus d'immeubles sans personnalité.


Ce château date du X° siècle et ses 4 tours sont le symbole de la ville: voir ici.

Le Château imposant mais brulé en partie en 1811
et non restauré


La vue depuis le château, sur le Danube et au delà, n'est pas exceptionnelle:



Par contre, les petites ruelles colorées de la vieille ville ne manquent pas de charme et rappellent par moments des coins sympathiques de Prague.

Ambassade de France




On y découvre de belles églises baroques à la décoration intérieure chargée.



On ne peut pas ne pas citer la Cathédrale Saint-Martin, où furent couronnés onze rois et huit reines de l'Empire austro-hongrois.

C'est là que fut couronnée, le 24 juin 1741,  Marie-Thérèse d'Autriche, Reine de Bohème et "Roi" de Hongrie (parmi ses innombrables titres):

Couronnement de Marie-Thérèse d'Autriche
dans la Cathédrale Saint-Martin

On aperçoit également de nombreux bâtiments à l'architecture sombre et rectiligne et quelques bâtiments en centre ville qui demandent à être "rafraîchis".

Il est possible, comme à Prague, de fréquenter quelques clubs de jazz...mais le temps nous a manqué.



On dit que la vie nocturne y est trépidante: le nombre de bars animés, de restaurants où coule le vin slovaque et de clubs de musique en vieille ville en témoignent.

En résumé, Bratislava est une ville à taille humaine, avec un côté provincial marqué, une ambiance méridionale et des airs de Prague. 

Aller à Bratislava depuis Vienne en bateau est une idée d'escapade intéressante, mais tenter une comparaison entre la magnifique Vienne impériale et la petite capitale slovaque encore en développement est impossible : un fossé les sépare, et ces deux villes semblent aux antipodes.

Des années de domination soviétique, des immeubles sombres et sans âme, voire à l'abandon, donnent aussi à Bratislava une atmosphère par moments déroutante...

Renovate me !



samedi 3 novembre 2018

Dol-de-Bretagne, berceau des Stuarts d'Ecosse


Quelle ne fut pas ma surprise, en faisant une halte à Dol-de-Bretagne (Département d'Ile-et-Vilaine, en Région Bretagne, 5700 habitants), sur ma route vers Saint-Malo, de voir, en centre ville, la "Grande Rue des Stuarts", le "Passage des Stuarts".

Dol-de-Bretagne
Le nom de la localité est attesté sous les formes Dolum au VII° siècle, Doli en 1158, Doul au XIII° siècle.

Dol est un mot gaulois pour désigner un méandre, et le breton Dol signifie "lieu bas, voire inondable, et fertile, qui se situe dans un méandre".
Dol-de-Bretagne est effectivement situé dans un méandre du Guioult.



Dol-de-Bretagne, fondée certainement à l'époque celtique, devient au VI° siècle l'un des premiers évêchés de Bretagne.



Saint Samson de Dol (mort vers 565), premier évêque de Dol, et fondateur de l'Abbaye de Dol, est l'un des sept saints fondateurs de Bretagne. 


Après des épisodes particulièrement troublés de pillages, par les Vikings, d'invasions, par les Normands, les Norvégiens, et les Anglais, la bourgade de Dol se retrouve, à la fin de la guerre de Cent Ans très appauvrie : en 1437, un tiers de la population se retrouve sans logement.

Mais venons en aux Stuarts d'Ecosse!

Blason des Stuarts d'Ecosse

Pour moi, à l'évocation de ce nom, résonne immanquablement à mes oreilles les airs poignants du drame Maria Stuarda de Donizetti, magnifique duo de reines et de divas, avec, dans le rôle titre Joyce DiDonato : voir ici.



J'ai voulu en savoir plus sur le lien entre cette jolie petite ville de Bretagne et la dynastie des Stuarts d'Ecosse!

C'est une histoire qui commence à Dol, au XI° siècle avec Alan Dapifer, premier Sénéchal héréditaire de l'Evêché et noble breton qui combat à la bataille d'Hastings en 1066.

Son arrière petit-fils, Walter Fitzalan I°, mort en 1177, devint le premier Grand Intendant, ou Sénéchal Royal  d'Ecosse.

Il faut noter que "Sénéchal" se dit "Steward" en anglais : il s'agit du doyen et du chef des serviteurs au service du roi.
La famille Fitzalan prit progressivement ce nom de "Steward", puis "Stewart", francisé en "Stuart".

Cette dynastie a donné plusieurs Grands Intendants d'Ecosse.

Le premier Stuart à monter sur le trône d'Ecosse est Robert II Stuart : il fonde ainsi la dynastie Royale des Stuarts, qui donnera quinze souverains qui règneront sur l'Ecosse entre 1371 et 1714.

Robert II Stuart
Cette dynastie s'est rendue célèbre avec la Reine d'Ecosse Marie Stuart (1542-1567), couronnée en 1543 et devenue Reine de France(1559-1560) : voir ici.

Marie Stuart

Marie Stuart est certainement la plus connue des souverains écossais à cause de son destin tragique qui inspira écrivains, compositeurs et cinéastes.

En effet, elle sera exécutée après 18 ans de captivité pour complot de meurtre contre Elisabeth I°qui la percevait comme une menace, car elle était considérée comme l'héritière légitime du trône par les catholiques.

Execution de Marie Stuart
le 8 février 1587

A partir de 1603 huit Stuarts règneront sur l'Angleterre...

vendredi 19 octobre 2018

A Milan : le Duomo, une pure merveille


Nous étions en visite dans le nord de l'Italie (Piémont et Lombardie) en juillet dernier, et nous nous sommes posés pour une bonne semaine à Milan.

Notre première visite, toutes affaires cessantes, fut pour le Duomo : une pure merveille!

Des billets coupe-file nous ont permis d'aborder ce chef d'oeuvre intégral dans les meilleures conditions, en commençant par les splendides terrasses.

La façade seule témoigne
de la complexité du Duomo
avec ses sédimentations de siècles d'architecture

Le Duomo di Milano, construit en 1386, (Cathédrale de la Nativité de la Sainte-Vierge) est la troisième plus grande église du monde, et la deuxième plus grande cathédrale gothique, après la Basilique Saint-Pierre à Rome, et la Cathédrale Notre Dame du Siège de Séville.



A l'endroit où se dresse le Duomo, se trouvait la Cathédrale Santa Maria Maggiore, construite au V° siècle, où fut baptisé Saint-Augustin, et la Basilique Santa Tecla.

Elles furent détruites en partie par un incendie en 1075.

En 1386, le Seigneur de la ville, Jean Galeas Visconti, prend le contrôle des travaux, et opte pour un projet ambitieux, une construction en marbre de Candoglia (Dans le Val d'Ossola, au Piémont : ici), adoptant le style gothique international :ici.

Jean Galeas Visconti
Duc de Milan
1351-1402

Ce marbre de Candoglia présente des variations chromatiques du plus bel effet .

La visite commence donc par les terrasses du Duomo, où notre regard ne sait plus où se poser:  nous allons d'étonnement en étonnement...



Pour diriger le chantier du Duomo ont été appelés des architectes français et allemands, qui rencontrent tout de suite une forte hostilité de la part des maîtres lombards, accoutumés à d'autres méthodes de travail : ils restent donc peu de temps.




L'édifice se construit dans un climat de tension, dû aux nombreuses modifications, qui donneront tout de même une oeuvre complètement originale, tant dans le paysage italien qu'européen de l'époque.



Du XIV° au XIX° siècles, la construction continuera et des améliorations de styles différents seront apportées à l'édifice.

Le Duomo en 1832
avec les ateliers du chantier

En 1805, sur la demande insistante de Napoléon I°, Giuseppe Zanoia prend en charge le déroulement des travaux afin de terminer la façade pour le couronnement de Napoléon en tant que roi d'Italie, mais le projet ne sera achevé qu'en 1813.


Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, le Duomo subit des dommages collatéraux et après la guerre, l'édifice est restauré.

Un tank allemand sur la place du Duomo

Dans les années 1960, la pollution atmosphérique, l'abaissement du niveau de la nappe phréatique, les travaux du métro ainsi que la dégradation naturelle des matériaux imposent de nombreux travaux et en 1966 la place est fermée à la circulation, le trafic du métro doit être ralenti.

Les travaux se terminent en 1986 ... date anniversaire de sa construction, débutée 600 ans auparavant!

De tous ces travaux d'entretien permanents est née l'expression, en dialecte milanais, Longh comm la fabbrica del Domm, pour désigner quelque chose d'interminable.

Le style du Duomo est le fruit de tous les travaux des siècles passés : il ne répond à aucun mouvement précis, mais suit plutôt une idée "gothique" colossale et fantasmagorique toujours réinterprétée.


A l'intérieur, 52 piliers polystyles divisent les cinq nefs et soutiennent les voutes en croisées d'ogives et donnent l'impression d'un "tunnel gothique" tout à fait impressionnant.

A noter : des chapiteaux monumentaux


Pavage du sol, commencé en 1584
et terminé ... entre 1914 et 1940

On y trouve une curieuse statue de Saint-Barthélémy écorché :


A noter également, parmi une multitude de merveilles de tous ordres, la fameuse "Relique du Saint Clou"accrochée à 42m au dessus du Grand Autel, visible de tout le Duomo grâce à une lanterne rouge, relique qui aurait été trouvée par Sainte Hélène, et ... utilisée comme mors pour le cheval de Constantin I°...

Le Saint Clou, conservé au Duomo
depuis 1461
Le Duomo est absolument stupéfiant de par ses dimensions.

Quelques chiffres : hauteur : 108,50m; hauteur de la façade : 56,50m; longueur intérieure : 148m; 52 colonnes; 135 flèches; 3400 statues,... on n'en finirait pas...


Mais ce qui frappe le visiteur, au delà des proportions de cet édifice extraordinaire, c'est une impression de puissance architecturale, et de splendide unité au travers de 600 ans d'ajouts, de modifications et de restaurations!