Lors de mon précédent voyage à Hambourg, j'ai été très heureux de pouvoir visiter le passionnant "Museum für Kunst & Gewerbe", situé à côté de la Gare (Hauptbahnhof), en particulier pour admirer la section consacrée à l'Art Nouveau et au Bauhaus.
J'y ai découvert les œuvres, magnifiques à mon goût, de Marianne Brandt, une des figures majeures du Bauhaus, particulièrement remarquable pour avoir percé dans "l'atelier des métaux (ou de métallurgie)" (Metallwerkstatt), un domaine alors quasi exclusivement masculin.
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| Marianne Brandt (1893-1983) |
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| Museum für Kunst & Gewerbe, Hambourg |
Née Marianne Liebe à Chemnitz, elle étudie d'abord la peinture et la sculpture avant de rejoindre le Bauhaus de Weimar en 1924.
Elle intègre l'atelier des métaux dirigé par László Moholy-Nagy, où elle doit initialement passer par les tâches les plus rudimentaires demandées aux femmes avant de s'imposer par la qualité de son travail.
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| László Moholy-Nagy (1895-1946) |
L'un des ateliers les plus résolument programmatiques du Bauhaus fut justement cet atelier des métaux.
Il évolua rapidement, passant d'un atelier classique d'orfèvrerie à un laboratoire expérimental qui contribua de manière décisive à définir les liens toujours plus étroits du Bauhaus avec l'industrie.
À partir de 1922, la mission officielle de l'atelier fut de développer des prototypes directement aptes à être fabriqués en série par l'industrie. Sa production comprenait plusieurs services à thé et à café, des ustensiles de cuisine, des bols ainsi que de petits objets tels que des coquetiers, des boules à thé et des cendriers.
Elle devient en 1928 directrice par intérim de cet "atelier des métaux", succédant à Moholy-Nagy lui-même, un fait rarissime pour une femme à cette époque dans une institution pourtant progressiste.
Son travail le plus connu reste la théière Bauhaus MT49 et diverses cafetières et services à thé en métal argenté et ébène, caractérisés par des formes géométriques pures (sphères, cylindres, demi-cercles) totalement dépouillées d'ornement.
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| MT49 |
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| MBTK24SI |
Elle a aussi conçu des luminaires industriels (notamment pour Ruppelwerk, Junker et Kandem) qui ont été produits en série, ce qui était précisément l'objectif du Bauhaus : réconcilier artisanat et production industrielle.
Les objets du Bauhaus, d'un dépouillement rigoureux et entièrement conçus en fonction de leur usage, présentés dans les foires et expositions, furent qualifiés par les critiques de l'époque de « culture de la nudité » (Nacktkultur).
Son approche (la forme suit la fonction, la géométrie comme vocabulaire esthétique, la pensée en termes de série industrielle plutôt que de pièce unique) a directement façonné le design industriel du XXe siècle, de la vaisselle aux objets du quotidien.
On retrouve son héritage dans le minimalisme fonctionnaliste qui traverse le design scandinave, l'esthétique Apple/Braun (via Dieter Rams, lui-même héritier direct du fonctionnalisme du Bauhaus), et plus largement dans toute la tradition du design qui privilégie l'épure géométrique.
Elle est ainsi devenue, a posteriori, une figure de référence dans les discussions sur la place des femmes dans le design et l'architecture moderniste.



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