J'ai visité les Pays Baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) en juillet dernier avec grand intérêt.
Ce qu'on y trouve, ce ne sont pas des symboles abstraits mais des objets directement liés à des trajectoires familiales encore vivantes dans la mémoire de nombreux Baltes aujourd’hui.
Première occupation soviétique : juin 1940-juin 1941 (environ 1 an) Suite au pacte germano-soviétique (pacte Molotov-Ribbentrop) et à son protocole secret, l’URSS annexe les trois États baltes en juin 1940.
Occupation nazie : 1941-1944 (environ 3 ans).
L’Allemagne envahit l’URSS en juin 1941 (opération Barbarossa) et occupe les Pays Baltes jusqu’en 1944.
Seconde occupation soviétique : 1944-1991 (environ 47 ans).
L’Armée rouge reprend le contrôle des Pays Baltes en 1944, qui restent intégrés à l’URSS jusqu’à leur indépendance retrouvée en 1991.
Au total, l’occupation soviétique cumulée (deux périodes) dure environ 48 ans, contre 3 ans pour l’occupation nazie.
La répression soviétique dans les Pays Baltes s’est déployée par vagues, avec une intensité particulière à deux moments : immédiatement après l’annexion de 1940, puis surtout après le retour soviétique de 1944.
Juin 1941 : la première grande déportation.
Dans la nuit du 13 au 14 juin 1941, en quelques heures et selon un plan minutieusement préparé par le NKVD, environ 40 000 personnes sont arrêtées et déportées : près de 15 000 en Estonie, autant en Lettonie, environ 18 000 en Lituanie.
Les listes visent les catégories jugées “socialement dangereuses” : anciens officiers, fonctionnaires, policiers, industriels, commerçants, membres du clergé, intellectuels, mais aussi de simples paysans aisés.
Les familles sont réveillées la nuit, on leur donne parfois moins d’une heure pour rassembler leurs affaires, puis elles sont entassées dans des wagons à bestiaux.
Les hommes sont souvent séparés des femmes et enfants dès le départ (beaucoup de pères de famille sont envoyés directement dans des camps du Goulag où le taux de mortalité est effroyable, tandis que femmes et enfants sont exilés dans des “villages spéciaux” en Sibérie ou au Kazakhstan).
Cette opération est interrompue une semaine plus tard par l’invasion allemande.
1944-1949 : le retour soviétique et la guerre de partisans.
Après la réoccupation de 1944 par l'URSS, la répression prend une ampleur différente car elle s’accompagne d’une guerre de résistance armée prolongée — les “Frères de la Forêt” (metsavennad en estonien, meža brāļi en letton, miško broliai en lituanien).
Je reviendrai sur cette importante guerre de résistance dans une autre note.
Mars 1949 : l’opération Priboï, le point culminant.
C’est la déportation la plus massive : en trois jours (25-28 mars 1949), environ 90 000 personnes sont déportées des trois Pays Baltes (environ 20 600 d’Estonie, 42 000 de Lettonie, 29 000 de Lituanie), officiellement pour briser le soutien paysan aux partisans et forcer la collectivisation des terres.
Contrairement à 1941, les familles entières partent ensemble, mais la destination (le froid extrême de la Sibérie, un travail forcé dans des conditions sanitaires très dures) provoque une mortalité élevée chez les enfants et les personnes âgées durant les premières années.
Bilan et mémoire.
Au total, sur l’ensemble de la période 1940-1953, on estime que les trois pays ont perdu, entre déportations, exécutions et exil, environ 15 à 20% de leur population d’avant-guerre (en comptant aussi les pertes liées à l’occupation nazie et à l’émigration).
Je consacrerai une autre note à la dictature brutale et à la violence nazies qui ont sévi de 1941 à 1944, en particulier au bilan effroyable de l'extermination des juifs, en particulier en Lituanie (Shoah par balles).

.webp)







Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire