lundi 10 août 2026

A Tallinn, Estonie : un street-art à l'identité marquée

 

Le street-art à Tallinn, Estonie, a une identité marquée, distincte de la scène internationale type Paris, Berlin ou Londres.


Tout le street-art se concentre autour des quartiers de Kalamaja (au nord-ouest) et de Telliskivi (à l'ouest).



Lors de ce voyage, à part la vieille ville de Tallinn, j'ai visité Telliskivi, un ancien complexe industriel de l'époque soviétique, et des anciens entrepôts délabrés, situés au nord de la gare.






Telliskivi a été reconverti en pôle créatif : on y trouve studios, espaces de co-working, galeries, restaurants et bars, ainsi que du street-art à grande échelle sur les anciens bâtiments industriels. 




Pour les amoureux de la photographie, dont je suis, on y trouve également la branche estonienne du Musée suédois Fotografiska, un espace où le travail de photographes internationaux émergents est présenté (J'avais déjà visité la branche newyorkaise de Fotografiska il y a 2 ans, à Manhattan) : passionnant!



Au début des années 2000 est née la première génération de graffeurs de l’Estonie indépendante post-soviétique. 


Le street-art y fonctionne donc comme un marqueur de rupture générationnelle et politique : une manière de se réapproprier l’espace urbain après des décennies de contrôle visuel soviétique.






Parmi cette génération de graffeurs, il y a une figure centrale :  Edward von Lõngus, souvent comparé à Banksy





Son travail se reconnaît à sa technique de pochoir, souvent en tons monochromes, traitant de thèmes folkloriques estoniens autant que de pop culture et de politique. 


On trouve ses oeuvres également à Riga et Vilnius.


Dans l'ancien ghetto juif à Vilnius

A Riga


Il a été distingué par le ministère estonien des Affaires étrangères pour son travail qui relie l’histoire de l’Estonie à son image de nation numérique, signe que l’État lui-même a récupéré cette figure comme outil de diplomatie culturelle, un cas assez rare de normalisation institutionnelle d’un art né dans l’illégalité !



La seule inscription/tag repérée (par moi) dans la Vieille Ville de Tallinn (Haut Quartier de Toompea) est la suivante, assez significative, à mon goût du mouvement de street-art estonien :





L'inscription estonienne dit : "Ma maalin, järelikult ma olen."

Ce qui signifie : "Je peins, donc je suis"


Le philosophe Descartes tient à la main non pas une plume, mais une bombe de peinture ..

L'auteur remplace penser par peindre, ce qui revient à dire que l'acte de créer est ce qui fonde l'existence ou l'identité du peintre.


Pour le graffeur, peindre est une manière d'affirmer son existence et sa présence dans la ville.



Le street-art devient une pratique intellectuelle et artistique...et non un simple acte de vandalisme.


Ce type d’humour convient bien à l’esprit de Tallinn, en particulier dans le quartier créatif de Telliskivi, où l’on trouve de nombreuses œuvres jouant avec les références culturelles, philosophiques ou historiques.




Cette affiche "Je peins donc je suis" résume en une image une idée profonde : Descartes affirmait que la pensée fonde l’existence ; le street artist estonien répond que la création artistique peut, elle aussi, fonder l’existence.



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