vendredi 10 janvier 2025

En Albanie : Gjirokastra, une "ville de pierre" fascinante

 

Gjirokastra (ou Gjirokastër) est une ville fascinante du sud de l'Albanie, que j'ai eu l'occasion d'admirer en octobre dernier, lors d'un voyage formidable dans ce beau pays : une très belle découverte!

L'Albanie, avec Gjirokastër au sud
 

Cette ville ottomane préservée et classée au Patrimoine mondial de l'Unesco est l'une des plus belles villes des Balkans.

Elle est souvent appelée "La Ville de pierre"en raison de son architecture caractéristique et de ses toits en ardoise.

 

Une ville animée et fort sympathique.

Gjirokastra est célèbre, entre autres,  pour ses grandes maisons fortifiées datant de l'époque ottomane, telle la "Maison Skenduli", construite vers 1700, que nous avons pu visiter.

L'extérieur de la Maison Skenduli

La famille Skenduli était l'une des plus riches familles du sud de l'Albanie à cette époque, 

Le descendant de la famille, et propriétaire actuel, Nasip Skenduli, nous a guidé et fait visiter les lieux, visite agrémentée d'histoires et d'anecdotes passionnantes.

L'intérieur de la Maison Skenduli



Nous n'avons malheureusement pas pu visiter le château de Gjirokastra, l'un des plus grands châteaux d'Albanie, qui domine la ville et la vallée de la Drino, suite à une pluie battante et un brouillard dense sur les hauteurs.

Voici le château tel que nous aurions pu le voir par beau temps!

La ville reflète un mélange d'influences byzantines, ottomanes, et communistes.

Elle est le lieu de naissance de plusieurs personnages célèbres, comme Ismail Kadaré, l'écrivain francophone le plus célèbre des Balkans (ici).

Ismail Kadaré

Voir ici et là mes deux notes sur cet écrivain passionnant.

On ne peut pas ne pas mentionner également Enver Hoxha, l'ancien dictateur communiste d'Albanie, né à Gjirokastra, de sinistre mémoire, bien que le silence soit désormais de règle sur ses exactions (ici).

Le dictateur Enver Hoxha en 1971

 

Une anecdote : le dictateur mégalomane avait fait placer son nom en lettres gigantesques sur une colline albanaise bien en vue, et après sa mort, les albanais se sont empressés de déplacer deux lettres et d'afficher ainsi "Never Hoxha"!

Les ruelles étroites et pavées de motifs noirs, blancs et roses de la vieille ville, leurs maisons biscornues, et leurs bazars traditionnels aux habitants aimables sont un véritable voyage dans le temps.

A noter également que Lord Byron séjourna dans cette région en 1809.

Dans "Le Pélerinage de Childe Harold", Byron évoque l'Albanie comme un lieu de beauté sauvage et de mystère, reflétant les thèmes de la nature et de la solitude: ici.

Lord Byron (1788-1824)

Ne pas mentionner la gastronomie locale serait une erreur : les plats vous font voyager dans le temps, et au travers d'influences variées et fort savoureuses!



Sans oublier le raki local...pour les amateurs.


Gjirokastra est une destination parfaite pour les amateurs d'histoire, de culture, de paysages et de gastronomie!

 

vendredi 3 janvier 2025

Opéra : Rigoletto de Verdi à l'Opéra Bastille, dans une version inédite et glacée

 

J'ai assisté, juste avant les fêtes de Noël, à l'Opéra Bastille, à une représentation de Rigoletto de Verdi, dans la production de Claus Guth, débutée en avril 2016, qui offre une nouvelle perspective, à mon avis discutable, sur l’œuvre de Verdi.


 
Claus Guth, metteur en scène

 Cette mise en scène nous a proposé une vision glacée, qui a peiné à susciter l'émotion, malgré la qualité musicale de l'orchestre (Dirigé par Domingo Hindoyan) et des interprètes: Roman Burdenko (Rigoletto), Henri Bernard Guizirian (Double de Rigoletto), Rosa Feola (Gilda), Liparit Avetisyan (Le Duc de Mantoue).

Roman Burdenko

Rosa Feola

Claus Guth a choisi un décor en forme de gigantesque  boite en carton symbolisant les souvenirs et la malédiction qui pèse sur le personnage principal, Rigoletto, représenté comme un clochard tourmenté par son passé et pétri de remords, qui revit la mort de sa fille à laquelle il a contribué bien involontairement.


Le choix scénographique à mon avis regrettable est celui de l'inclusion de vidéos candides (c'est très à la mode en ce moment...).

 

L'opéra est un long flash-back où Rigoletto revit les tragédies de sa vie à travers une petite boite en carton qui contient ses souvenirs, en particulier la robe ensanglantée de Gilda.

On retrouve bien, tout au long de cet opéra, les thèmes du patriarcat, de la superficialité de la noblesse, de la tragédie de la malédiction.

 

J'ai trouvé que les choix de mise en scène lors de l'enlèvement de Gilda étaient plus que confus, ainsi que celui de représenter Gilda à trois âges de sa vie par trois ballerines, inutile.

Personnage paradoxal, Rigoletto est à la fois un bouffon difforme, servant le Duc de Mantoue dans ses opérations de séduction, et l'incarnation de l'amour paternel à l'égard de sa fille Gilda.

C'est un opéra magnifique, que j'ai (plus ou moins) apprécié dans différentes mises en scènes : une, anachronique, au Met de New-York, qui se déroule à Las Vegas ! (ici), une magnifique à l'Opernhaus de Zürich (ici), et celle que j'ai de loin préférée, splendide, au Gran Teatre del Liceu, à Barcelone (ici).

A l'Opéra Bastille, le public a applaudi chaleureusement les artistes et cette matinée a fait ... carton plein.

La scène finale


vendredi 6 décembre 2024

Photographie : Le phénomène Vivian Maier

 

Depuis la découverte de l’œuvre photographique de Vivian Maier en 2007-2009 par John Maloof, jeune agent immobilier de 25 ans, le "phénomène Vivian Maier" prend de l'ampleur, et les expositions se multiplient un peu partout : ici.

Vivian Maier (1926-2009)

Voir ici la biographie de Vivian Maier.

J'ai eu l'occasion de m'émerveiller à nouveau, il y a quelques jours, devant les photographies de Vivian Maier exposées au Musée de la Photographie Charles Nègre de Nice (du 19 oct 2024 au 16 mars 2025).

Il est bien connu désormais que Vivian Maier travailla comme gouvernante d'enfants à Chicago au début des années 1950 et pendant plus de quatre décennies, tout en menant une activité intense de photographe autodidacte.


Son corpus photographique colossal comptait, lorsqu'il a été découvert,  plus de 120 000 négatifs, des films, des enregistrements divers ainsi qu'une multitude de pellicules non développées.


 

Elle photographiait la rue, les gens, les objets, les paysages, tout ce qu'elle voyait, tout simplement.


Elle racontait la beauté des choses ordinaires, cherchant dans le quotidien et le banal l'irruption furtive du réel.


 Son monde c'était les autres, les inconnus, les anonymes.



 Elle a réalisé de nombreux autoportraits avec l'insistance de quelqu'un qui est en quête de soi-même. 



La rue était son théâtre, ses images, un prétexte.

Son œuvre immense, en Noir et Blanc, puis en couleur, est à la fois fascinante et mystérieuse.

 

Pour plus de photographies, voir sur le site qui lui est consacré : ici.

Voir également  ici une présentation de photographies de Vivian Maier.

Voir ici une interview à propos de la découverte des photographies de Vivian Maier.

vendredi 29 novembre 2024

Au Théâtre National de Nice : Le Mage du Kremlin

 Le TNN, Théâtre National de Nice, dans sa salle de La Cuisine, nous a offert un magnifique spectacle  tiré du roman de Giuliano da Empoli ( Grand Prix du Roman 2022 de l’Académie Française).


Raymond Auzet a adapté librement et magnifiquement ce roman et il nous plonge, dans une adaptation intelligente, dans un voyage passionnant dans l’histoire contemporaine et ses tragédies.

Et tout particulièrement, il nous entraîne au cœur du pouvoir russe, dévoilant les secrets de l’ère Poutine et nous poussant à réfléchir sur les dangers de la toute puissance.


Nous avons ainsi assisté à une interprétation brillante de Philippe Girard, en Mage, et Hervé Pierre, en oligarque.

A eux seuls, ces compères du chaos font froid dans le dos…

Les comédiens qui les accompagnent sont absolument magnifiques et concourent à faire de cette représentation un spectacle passionnant et effrayant.


Dans Le Mage du Kremlin, l’auteur relate sa rencontre imaginée à Moscou avec l’énigmatique Vadim Baranov, autrefois artiste, largement inspiré de Vladislav Sourkov, amateur de rap, écrivain et metteur en scène de théâtre d’avant garde, qui fut l’homme de l’ombre de Vladimir Poutine.

Le Mage du Kremlin raconte comment un système politique glisse vers un post-modernisme qui emporte peu à peu toutes les valeurs fondatrices.

En cela l’histoire nous concerne tous. Le spectacle donne à voir les mécanismes qui font de ce pays un laboratoire effrayant, de ce que pourrait devenir le pouvoir à l’avenir.(Roland Auzet)


Giuliano Da Empoli nous alerte, tout comme il nous avait alerté dans son précédent livre, passionnant et tout aussi inquiétant : Les ingénieurs du chaos.


Giuliano Da Empoli



vendredi 8 novembre 2024

Cinéma : Nomadland, un drame américain

 

J'ai vraiment aimé le film Nomadland, drame américain réalisé par Chloé Zhao (ici) et qui est sorti en 2020. 

 

Les acteurs principaux sont Frances McDormand (Fern), et David Strathairn (David).

J'ai apprécié particulièrement Frances McDormand dans les films des frères Coen (Sang pour Sang, Fargo, The Barber, Burn after reading) et dans Three Billboards deMartin McDonagh .Sa filmographie est impressionnante.

Ce très beau film sincère, magnifiquement interprété par Frances McDormand,  a obtenu le Lion d'Or à la Mostra de Venise 2020, le Golden Globe du meilleur film dramatique et l'Oscar du meilleur film en 2021.

En 2011, Fern perd son emploi après l'effondrement économique de l'usine américaine de plâtres à Empire, cité ouvrière du Nevada (ici) où elle travaillait pendant des années avec son mari, récemment décédé.

Empire, Nevada, désormais ville fantôme

 

Un visage marqué par une vie qui s'en est allée

Elle décide alors de vendre la plupart de ses biens, achète un van aménagé pour y vivre en nomade, en rupture avec les standards de la société américaine et parcourir l'Ouest américain  à la recherche d'un emploi. 

Elle accepte d'ailleurs un emploi saisonnier dans les grands entrepôts d'Amazon pour la période hivernale.

Au cours de son road trip, elle rencontre d'autres nomades américains des temps modernes, qui sont dans sa situation, qui lui apprennent les techniques de base de survie et d'autosuffisance pour la route et l'accompagnent dans sa découverte des vastes étendues de l'Ouest américain.


L'action se déroule dans les grands espaces du Nevada et de l'Arizona, que je connais bien et où j'ai vécu mes propres road trips.

C'est la vision sombre d'une crise économique que l'Amérique propose bien souvent à ses travailleurs. 

Un déclassement pour Fern, mais elle s'aperçoit qu'elle n'est pas seule dans cet espace infini : la solidarité, l'entr'aide et les regards bienveillants des autres déclassés sont là.

Un film à la fois triste, émouvant et magnifique!

Voir la Bande annonce ici.

Frances McDormand

David Strathairn