vendredi 16 mars 2018

A Venise, à la découverte de la Scuola Grande dei Carmini


Nous étions à nouveau à Venise pour 10 jours en octobre/novembre 2017, au début de la période de l'acqua alta...

Saint-Marc

... ce qui ne nous a pas empêché de continuer notre visite de lieux de Venise que nous ne connaissions pas encore (!) et en particulier de continuer à nous intéresser aux Scuole Grandi (en vénitien schole grandi) ...

Les Scuole sont un phénomène typiquement vénitien : elles se sont développées entre le XV° et le XVIII° siècles.

Elles sont le siège de confréries de laïcs sous le patronage d'un saint protecteur.

Carte de Venise au XVI° siècle

La plupart d'entre elles ont une fonction corporative et mutualiste, ou d'assistance envers un groupe social précis.

Par la confraternité qui unissaient leurs membres, et aussi par la solidarité envers les plus démunis, elles ont joué un rôle important pour la cohésion sociale de Venise, et, partant, pour sa puissance et sa fierté.



Les Scuole étaient toujours à proximité d'une église ou d'un monastère. On y pratiquait le soutien matériel et spirituel de ses membres, mais les ecclésiastiques n'y exerçaient aucun contrôle administratif.

Carte de Venise au XVII° siècle

Elles étaient "petites " (Scuole Piccole) ou "grandes" (Scuole Grandi) selon leur importance sociale et économique.
Voir ici la liste des Scuole de Venise selon les quartiers.

Il est intéressant de noter que leur prolifération coïncide avec l'explosion de l'art vénitien entre le XV° et le XVIII° siècle : il y en aura près de 300!

Carte de Venise au XVIII° siècle

Du point de vue architectural, les Scuole sont des édifices rectangulaires ; à l'intérieur on trouve deux grandes salles superposées reliées par un escalier, et qui sont souvent magnifiquement décorées.

Les revenus provenaient de cotisations et de dons généreux de mécènes qui étaient en compétition pour que leur Scuole soient les plus richement décorées.

Les plus grandes Scuole abritent des oeuvres d'artistes exceptionnels : le Tintoret, le Titien, Tiepolo, les Bellini, Bambini,...

La plus riche est la Scuola Grande de San Rocco, dans le sestiere de San Polo : ici.
Elle abrite une collection exceptionnelle de toiles du Tintoret.

La Scuola Grande di San Rocco

Il y a aussi la Scuola Grande di San Marco, qui fait face au Campo Santi Giovanni e Paolo : ici.

La Scuola Grande di San Marco
Parmi les principales, il y a également la Scuola Grande di San Teodoro, connue des touristes car de nombreux concerts y sont organisés : ici.

La Scuola Grande di San Teodoro
Nous y avions assisté en 2014 à La Traviata : ici.

Mais nous avons découvert lors de notre dernier voyage vénitien en novembre 2017 la Scuola Grande dei Carmini, plus discrète, moins visitée, située dans le sestiere du Dorsoduro, mais qui abrite également de très belles oeuvres, en particulier de Tiepolo et de Nicolo Bambini.

La Scuola Grande dei Carmini
La Scuola fut fondée en 1594, Pasquale Cicogna étant Doge, et le bâtiment fut terminé dans la première moitié du XVII° siècle.

Les façades monumentales vers le Campo Santa Margherita et le Campo dei Carmini sont l'oeuvre de Baldassare Longhena.

La Scuola abritait la confrérie des Carmélites.

Pasquale Cicogna
1509-1595
Doge de Venise
La Scuola fut la dernière école à se voir attribuer le titre de Scuola Grande par le Conseil des Dix de la République, en 1767.

A cette occasion, elle s'ouvre aux femmes, le seule des Scuole à le faire.

En 1807 elle fut supprimée par décret napoléonien, mais en 1853, l'Empire Autrichien a autorisé sa réouverture, et elle continue ses activités aujourd'hui.

Au rez-de-chaussée, se trouve la salle dite "de la Chapelle".

Salle de la Chapelle
On peut y admirer 19 monochromes de Nicolo Bambini, peintre baroque du XVIII°: ces peintures ont pour thème principal la vie de la Vierge.

C'est l'un des très rares endroits à Venise entièrement peint avec des monochromes : ici, ils reflètent l'austérité et la simplicité de l'Ordre du Carmel.





On rejoint l'étage par un magnifique escalier décoré de sirènes, d'anges dorés et de putti :


A l'étage se trouve la belle salle capitulaire :

Salle capitulaire
On y trouve les toiles de Giambattista Tiepolo qui font la notoriété de la Scuola Grande dei Carmini.

Certaines de ces toiles ont pour thème des miracles liés à la Vierge Marie, mais le tableau le plus grand et le plus impressionnant est celui que nous pouvons admirer au plafond :

Réalisé par Tiepolo
de 1739 à 1744

Elle représente Notre Dame du Mont Carmel remettant le scapulaire au bienheureux Simon Stock, en lui disant : "Quiconque mourra revêtu de cet habit sera préservé des flammes éternelles".

La salle des archives du XVIII° est également remarquable!


Une magnifique découverte!

vendredi 2 mars 2018

Opéra : La Bohème de G. Puccini en direct du Met : magnifique!



Le 24 Février, en direct du Met à New York, ce fut une magnifique soirée avec La Bohème de Giacomo Puccini.
C'est sans doute l'Opéra le plus populaire au monde!


Dans le Paris du XIX° siècle, c'est le coup de foudre entre Rodolfo et Mimi, tous deux sans le sou.
Alors que Mimi est petit à petit rongée par la maladie, Rodolfo veut la quitter dans l'espoir qu'elle prenne un nouvel amant riche qui pourra lui permettre de vivre...

Je ne compte plus le nombre de fois où il m'a été donné de voir La Bohème, dans une salle de spectacle ou en retransmission live, et je revois cet opéra avec toujours autant de plaisir et d'émotion.

Je me souviens tout particulièrement d'avoir vu deux fois La Bohème à quelques années d'intervalle à La Fenice de Venise. Voir ici.

Il y a peu de temps, c'était sur la chaîne Mezzo, la rediffusion depuis le Gran Teatre del Liceu de Barcelone (2016) : absolument magnifique, avec Eleonora Buratto (Mimi), Olga Kulchynska (Musetta), Saimir Pirgu (Rodolfo),...

Et une fois de plus, le 24 février dernier, et toujours avec autant de plaisir, retransmis en live du Met à New York, dans la désormais célèbre production de Franco Zeffirelli, ce fut une magnifique "Bohème" sous la baguette inspirée de Marco Armiliato.

Quant aux interprètes, que dire, sinon qu'ils furent exceptionnels!

Et tout d'abord la soprano bulgare Sonya Yoncheva, que nous avions appréciée en janvier 2018  dans Tosca (ici), et en mars 2017 dans La Traviata (magnifique : ici), qui nous a offert une Mimi bouleversante, tant au niveau de l'interprétation musicale toute en finesse, qu'au niveau de la présence scénique.

Sonya Yoncheva (Mimi)

Susanna Phillips, soprano américaine, fut une Musetta exubérante, débordante de vie, capricieuse à souhait, et finalement tendre et touchante.

Nous l'avions appréciée le 27 avril 2014 dans un Cosi fan tutte brillant et léger : ici.

Susanna Phillips (Musetta)

Le ténor américain Michael Fabiano nous a interprété un Rodolfo émouvant, amoureux, faussement jaloux, entouré de ses trois comparses : Lucas Meachem (Marcello), et sa voix large et puissante, Alexey Lavrov (Shaunard), Matthew Rose (Colline), magnifique dans son "air du manteau" : ils étaient tous excellents.

Michael Fabiano (Rodolfo)

Ecoutez ici Che gelida manina à l'Acte I par Michael Fabiano.

Michael Fabiano et Sonya Yoncheva
Acte I

Acte I

Quel magnifique tableau pour le II° Acte, au Café Momus!

Acte II

L'Acte IV est bouleversant :

Acte IV

Je prends toujours autant de plaisir à réécouter d'ancien enregistrements de La Bohème...

L'un avec Maria Callas et Giuseppe di Stefano, enregistré en 1958 à La Scala (EMI Classics)...


... et également un autre enregistrement, avec Renata Tebaldi et Carlo Bergonzi et l'Orchestre et le choeur dell'Accademia di Santa Cecilia à Rome en 1985 (Decca).

Ah! La musique de Puccini!...

...et bien malheureusement, direct oblige, les changements de décors du Met, qui nous sont imposés inévitablement, et qui coupent l'ambiance, c'est le moins que l'on puisse dire!

Une magnifique soirée malgré cela !

Voir ici la belle note également enthousiaste de JCMemo.

lundi 26 février 2018

Photographie : Adolphe Braun au Musée Unterlinden à Colmar


Le Musée Unterlinden de Colmar nous propose en ce moment une belle exposition sur le photographe Adolphe Braun et sa société, la Maison Braun et Cie, à une époque historiquement et techniquement passionnante : celle de l'essor de la reproduction photographique d'oeuvres d'art (jusqu'au 14 mai 2018).



Adolphe Braun est né en 1812 à Besançon et mort à Dornarch, près de Mulhouse, en 1877, à 65 ans.

Adolphe Braun en 1860

Après s'être perfectionné dans le dessin et avoir créé en 1834 un atelier de dessin d'industrie, à Paris, il crée en 1847 un nouvel atelier à Dornarch, qui emploie jusqu'à 40 personnes en 1855.

En 1854, Braun présente à l'Académie des Sciences une collection de Fleurs photographiées destinée aux dessinateurs industriels, qui remporte un grand succès à l'Exposition Universelle de 1855.



Il propose alors l'Alsace photographiée (1858-1859), qui lui vaut le titre de Photographe de Sa Majesté l'Empereur.

Alsacienne
L'Alsace et la Lorraine

Château du Girsberg

Il met au point, et développe, avec son frère, son fils, et d'autres photographes tels que J. C. Marmant, des techniques de vues stéréoscopiques, de tirages au collodion et surtout de tirages au charbon selon le procédé de J. W. Swan.

Voir ici des informations sur le tirage au charbon.

Ce procédé, difficile et coûteux donne des résultats d'une finesse exceptionnelle et surtout, les tirages sont inaltérables.

Exemple de vue stéréoscopique

Il photographie dessins, statues, bas-reliefs, peintures, monuments, ruines, animaux, paysages de Suisse et d'Egypte, etc,...










Il entreprend de reproduire par la photographie les dessins des plus importantes collections privées et publiques d'Europe, et ces reproductions deviennent le fer de lance de la Maison Braun.


La reproduction photographique d'oeuvres d'art, qui était au début une expérimentation, devint rapidement une spécialisation, de nouveaux marchés s'étant créés.

Les sociétés d'impression photographique se multiplièrent et s'industrialisèrent à la fin du XIX° siècle, au gré des progrès et des inventions techniques.

La reproduction photographique d'oeuvres d'art permit ainsi d'ouvrir l'accès aux oeuvres d'art à un public de plus en plus vaste. 

Voir à ce sujet les textes du philosophe Walter Benjamin parus chez Folio Essais:
Dans Oeuvres II, p 295, le texte intitulé Petite histoire de la Photographie, et surtout, dans Oeuvres III, p 269, L'oeuvre d'Art à l'époque de sa reproductibilité technique.

Walter Benjamin (1892-1940)
vers 1928


vendredi 23 février 2018

En Forêt-Noire : Les Gorges du Heissbach et les "hautes terres" de Sallneck


Continuant à explorer les recoins secrets du sud de la Forêt-Noire, nous nous sommes "aventurés" dans les environs de Sallneck, non loin des "Trois Frontières" (France, Allemagne et Suisse) entre Freiburg, Lörrach et Bâle.

Sallneck dans
le sud de la Forêt-Noire

En suivant la route L140 en provenance de Badenweiler, nous dépassons le village de Wies, sans y pénétrer. Une petite route prend 2km plus loin, à droite, et nous mène à Sallneck.
Nous nous arrêtons au parking du Baselmatt.



Le village de Sallneck est désormais un quartier du regroupement de 8 villages appelé Kleines Wiesental, dans le district de Lörrach (Bade-Wurtemberg). 
Ce petit village, situé non loin du sommet du Belchen, culmine à 900m.


Les habitants de Sallneck vivent de l'élevage, car le sol est peu propice aux cultures, et de l'exploitation forestière.


Cette randonnée facile (disons plutôt promenade) nous a fait suivre une belle boucle de 6,5 km, et 300m de dénivelé, soit 3h de marche bucolique.

Les hautes terres du balcon de Sallneck, qui forment une belle terrasse du sud de la Forêt-Noire, mais cependant exposée nord-est, nous offrent un spectacle apaisant.

Et puis, au début de ce circuit, il y a les Gorges du Heissbach (Heissbachschlucht).





Remonter ces petites gorges encaissées le long des eaux bondissantes, qui dégringolent du massif de l'Heissberg, et parmi les troncs moussus est un moment plein de charme.



Nous avons eu l'occasion d'observer, en grimpant dans ces gorges, de belles et étranges efflorescences givrées...




Nous débouchons ensuite sur les hautes prairies de Kähle Bückle et passons ensuite à Glaserbergquelle, vers le massif de Bückleboden où le sentier nous offre quelques perspectives joliment givrées...


A Auf dem Hasel, nous entrevoyons au passage les  belles pelouses embrumées des hauts pâturages qui dominent Sallneck.




Puis c'est le retour vers Thauen par le Thauenweg.
Le décor est splendide : la petite route musarde en balcon, et finit par déboucher sur l'énorme balafre d'une carrière de pierres...

Nous rejoignons enfin notre parking sur les prairies du Baselmatt, après avoir longé le minuscule étang artificiel de Stauweiher.

A noter, à Sallneck, une excellente adresse : le Gasthof Hotel Hirschen et son authentique cuisine régionale, en particulier ses spécialités de gibier. 

Comme pratiquement partout en Forêt-Noire, nous sommes étonnés de découvrir de magnifiques et sympathiques auberges, très fréquentées en fin de semaine, dans des petits villages isolés en pleine nature ou en montagne.

La Gasthof Hirschen
Voir ici. (Le week-end, il est nécessaire de réserver. Sinon, on peut s'y procurer d'excellents sandwichs...)