jeudi 6 janvier 2011

Un "Rêve d'Automne" fort et désespéré

J'ai assisté mardi soir, au Théatre de la Ville, à Paris, à la représentation de "Rêve d'Automne" de Jon Fosse, mis en scène par Patrice Chéreau (décor de Richard Peduzzi).

J'en suis ressorti estomaqué, abasourdi, suffoqué : comme ayant reçu un coup de poing à l'estomac.

Voilà un texte fort, des interprêtes totalement engagés.

Le couple qui est au centre de "Rêve d'Automne" est stupéfiant : L'Homme , Pascal Greggory, et la Femme, Valeria Bruni-Tedeschi, ne peuvent vivre ni l'un avec l'autre, ni l'un sans l'autre.

Une lutte permanente les relie : les corps sont comme jetés dans cette lutte, sans espoir de retour en arrière, par un choc physique, affectif, intellectuel, sexuel d'une violence qui coupe le souffle.

Sont aussi présents les évitements, les retenues, préludes à la découverte ou la redécouverte de l'autre.

Dans sa belle mise en scène, Patrice Chéreau met en évidence les télescopages de l'espace et du temps, dans cet affrontement qui dure, mais qui est inexorablement voué à la mort.

Le rôle du Père s'impose par le silence d'un Bernard Verley étonnant : celui d'un homme en perdition, dont la mort est comme naturellement offerte à nos yeux : vivant ou mort, pas de différence!

Bulle Ogier, la Mère, a été pour moi une découverte (je ne l'avais vue jusqu'à présent qu'au cinéma, où sa filmographie est impressionnante) ; elle est bouleversante dans son ambiguïté, et une force profonde, viscérale et sombre émane d'elle.

Elle est toute entière la Peur, une Peur hystérique.

La vie, la passion folle et le désir sont heurtés de plein fouet par l'irruption obscène des enterrements : les générations passent et disparaissent ; la mort réclame son dû et finit par gagner.
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Quelle destin implacable fait disparaître un à un tous les membres de la lignée de l'Homme : la grand-mère, le père, le fils, le petit-fils? Tous deviennent des ombres, des cendres dont la mémoire même finira par s'effacer...

Ne restent que la mère, la Femme, l'épouse de l'Homme, et, finalement, pour elles aussi, il est temps de disparaître dans le néant...

Le décor étonnant de Richard Peduzzi reproduit une enfilade de salles du Louvre (ou le spectacle a d'ailleurs été donné) avec d'immenses tableaux haut perchés.
Mais ce musée est aussi un cimetière : des plaques, aux murs, donnent les noms de disparus, qui furent un moment jeunes, qui ont aimé, un jour, et dont il ne reste que peu de trace, car leur ombre même s'évanouit dans les mémoires.

Le Musée conçu comme Cimetière, voila qui contribue au choc que nous recevons.

Le désir fou et désespéré se bat contre la dépression au travers d'un texte charnel et dur : les désirs sont assouvis parfois, contrariés toujours...

"Le théatre est la plus humaine, et pour moi la plus intense, de toutes les formes d'art" Jon Fosse

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3 commentaires:

JCMEMO a dit…

Je veux bien croire que vous avez passé une excellente soirée : acteurs et metteur en scéne remarquables !
Souvenir d'une mémorable représentation en 2003(2004) : Phédre mise en scène par Chéreau avec Dominique Blanc, Greggory..
Je vous souhaite un bon dimanche.
JCMEMO

le promeneur du 68 a dit…

C'était en effet assez prodigieux mais dur et éprouvant!
Merci pour votre commentaire!
Bonne fin de WE également.

Ahmed mohammed a dit…

Nice . .
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