dimanche 21 juin 2026

Au Musée Albert Kahn : "Bénin aller-retour : Regards sur le Dahomey de 1930".

 

J'ai pu visiter, juste avant sa clôture, une belle et intéressante exposition : "Bénin aller-retour, Regards sur le Dahomey de 1930" au Musée Albert Kahn, à Boulogne-Billancourt: Ici.

 


 

L'exposition repart de la mission de 1930 menée au Dahomey par le Père Francis Aupiais et le photographe et cinéaste Frédéric Gadmer pour les "Archives de la Planète" d'Albert Kahn, seule incursion des "Archives de la Planète" en Afrique subsaharienne, et dernière grande expédition avant l'arrêt du projet causé par la faillite de la banque Kahn. 

Le Père Francis Aupiais (1877-1945)


En 1905, le Père Francis Aupiais est envoyé par les Missions Africaines de Lyon au Dahomey (actuel Bénin). Il va y passer près de 30 ans. Au-delà de son rôle de missionnaire, il va vouloir montrer et faire partager son enthousiasme pour ces peuples que l’on disait ” primitifs “.

Le Père Aupiais était un missionnaire catholique engagé qui militait pour une "reconnaissance africaine" et entendait lutter contre les préjugés et les représentations racistes. 

Carte de la "Colonie du Dahomey"

 

Frédéric Gadmer y a produit 1 102 autochromes et tourné 140 bobines de film sous la direction d'Aupiais, le plus important fonds filmique des "Archives de la Planète" et l'un des tout premiers corpus de l'ethnographie française filmée. 

 

Le photographe  et cinéaste Frédéric Gadmer

Cette exposition n'est pas une simple exhumation d'archives coloniales. 

 







Le commissariat de cette exposition (Julien Faure-Conorton et David-Sean Thomas) construit un véritable « aller-retour » : quatre artistes béninois contemporains  (Ishola Akpo, Thulani Chauke, Sènami Donoumassou et Roméo Mivekannin) ont été invités à réinterpréter les images de 1930 par l'installation, la performance, la photographie et la peinture, en contrepoint critique. 

Agbara Women par Ishola Akpo

 
Sénami Donoumasso


 

Roméo Mivekannin


Le parcours se referme sur la postérité de ces images : leur diffusion via les conférences d'Aupiais, leur instrumentalisation lors de l'Exposition coloniale de 1931, et leur réactivation par des institutions artistiques actuelles. 



Cette structure en double mouvement  (regard colonial documenté puis retourné par des artistes béninois d'aujourd'hui) est précisément le genre de dispositif qui m'intéresse (je l'avais relevé pour les stratégies de décolonisation au Castello d'Albertis à Gênes). 

Le projet a été nourri par des missions de terrain menées par les équipes du musée en 2023 et 2024 et une coopération décentralisée avec des partenaires béninois, ce qui suggère une démarche moins extractive que beaucoup d'expositions « regards croisés ».


 Passionnant !

 

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