mardi 13 décembre 2011

A l'opéra au Met : un Faust du XX° siècle



"Faust" de Charles Gounod fut joué pour la première fois le 19 mars 1859 sur la scène du Théatre Lyrique à Paris.
L'oeuvre n'a jamais quitté le répertoire : elle  est devenue extraordinairement populaire : Faust a été joué plus de 2000 fois au Palais Garnier, à Paris.
Gounod  a commencé à travailler à cet opéra à l'âge de 24 ans!



Les librettistes de Gounod, Michel Carré et Jules Barbier ne cherchèrent pas à utiliser tout le Faust  de Goethe, mais portèrent l'accent sur l'histoire d'amour de Faust et de Marguerite.
Comme l'opéra n'était pas d'une entière fidélité à Goethe, les allemands préférèrent lui donner le nom de l'héroïne : Margarethe.
En effet, Faust (le "poing") est un monument de la culture allemande et de la culture universelle, au même titre que "Don Quichotte" ou "La Divine Comédie", ou le théatre de Shakespeare.

L'enjeu de Faust est des plus fascinants : il ne s'agit plus de péché, de caractère insatisfait ou rebelle, mais tout simplement du sens de la vie et du salut. Ce qui est en jeu : la damnation, l'essence même du mal, la négation à l'état pur : le diable en personne!

Le personnage de Faust existait avant Goethe, mais c'est le "prince des lettres allemandes" qui, après 60 années de travail, lui a conféré sa dimension universelle, à la fois savante et populaire.
Faust existera aussi après Goethe, en particulier par le mythique film muet de Murnau datant de 1926, que j'ai le bonheur d'avoir en DVD avec Gösta Eckman, Camilla Horn et Emil Jannings.


Cet opéra a connu une longue carrière internationale et a été choisi pour la soirée d'ouverture du Met, en 1883!
Faust fait désormais partie des 10 opéras les plus joués au Met.
Ce n'est pas pour rien que l'on a surnommé le Met le "Faustspielhaus", en référence, et par jeu de mot, au "Festspielhaus" de Bayreuth, le temple wagnérien !

Le Faust du cauchemard médiéval a un côté d'humaniste de la Renaissance, prêt à risquer la possibilité de son salut pour arriver, par la connaissance et l'amour, à un statut surhumain.

Mais celui qui est mis en scène par Gounod n'est plus que le détestable exemple d'une science sans conscience et sans foi. L'orgueil de son Faust n'a d'égal que la dépravation morale qui s'ensuit, sa lâcheté, l'abandon de Marguerite et de son enfant.


Mais revenons à la mise en scène de Des McAnuff, que nous avons pu apprécier, dans cette retransmission du samedi 10 décembre, depuis le Met, au Kinépolis de Mulhouse.

Le côté "science sans conscience ni foi" que je mentionnait est mis encore plus en relief car nous sommes plongés dans un laboratoire de recherche scientifique au moment du développement des recherches atomiques, au milieu du XX° siècle. Les images de destruction (Hiroshima, "la" bombe A, etc,...) et le côté "métallique" et froid des décors sont là pour accentuer le propos. J'ai été surpris mais j'ai aimé.

De grands moments de bonheur pour les auditeurs, de par les duos, trios, choeurs, solistes, qui nous font passer par tous les registres de l'émotion, tout au long des trois actes.

Le ténor Jonas Kaufmann, déjà entendu dans Wagner (Siegmund, dans Die Walküre, ici) est parfait dans le rôle titre : style et diction impeccables. Je dois dire que j'ai nettement préféré l'interprétation de Jonas Kaufmann à celle de Roberto Alagna!

René Pape, basse formidable, déjà entendu dans Boris Godounov (ici) est absolument magnifique, entre autres dans le chant fantastique et la danse qui s'ensuit : "le veau d'or est toujours debout", commentaire cynique sur le culte que les hommes vouent à Mammon.


Marina Poplavskaia, soprano, en Marguerite, jeune ingénue dévote a su nous émouvoir plus d'une fois. Nous l'avions entendu dans le rôle d'Elisabeth de Valois dans le Don Carlos de Verdi : ici.

Une excellente soirée!

Quelques moments de ce bel opéra enregistrés au Met :

     * Méphisto : "Le veau d'or est toujours debout"
http://www.youtube.com/watch?v=oYBqNJk7RaE
     * Prologue : Faust et Méphisto
http://www.youtube.com/watch?v=pxhNdWKwE0Q&feature=related

Voir également ici sur le blog ami de JCMEMO.

2 commentaires:

JCMEMO a dit…

Bonjour,
Je croyais bien avoir mis en commentaire..Je disais simplement que si la mise en scène m'avait surpris : j'avais bien aimé (à part quelques détails secondaires tels le grand mannequin...)
Mais quelle soirée !
Cordialement;
JCMEMO

le promeneur du 68 a dit…

Oui, merci, mais ton commentaire a bizarrement disparu, alors qu'il était affiché, bien que j'en ai toujours une copie sur mon mail!
Il y a des mystères informatiques...
C'est encore un coup de Méphisto!
Cordialement!