jeudi 31 janvier 2013

Photographie : Manuel Alvarez Bravo, "Un photographe aux aguets"


"Un photographe aux aguets", tel est l'intitulé de la magnifique exposition consacrée par le Musée du Jeu de Paume à Paris (du 16/10/2012 au 20/1/2013) au très grand photographe mexicain que fut Manuel Álvarez Bravo (4/2/1902 - 19/10/2002)

Manuel Álvarez Bravo en 1980

Avant de se consacrer à la photographie, Àlvarez Bravo a été fonctionnaire dans différents organismes gouvernementaux, après une formation de comptable. En 1915, il s'inscrit à l'Académie des Arts de San Carlos, à Mexico, et il entame ainsi son parcours artistique.


Le photographe allemand Hugo Brehme (Voir ici) le pousse, en 1923, à acheter son premier appareil photo.

En 1925, Àlvarez Bravo obtient le premier prix à un concours local dans la ville de Oaxaca...
...ainsi débute la carrière de l'un des pères fondateurs de la photographie mexicaine, carrière qui se déploiera sur 8 décennies!


Àlvarez Bravo rend témoignage, dans son oeuvre, à la culture et à l'identité mexicaines, bien au delà d'un travail documentaire.

Il dépasse l'association entre le folklore d'un pays exotique et la rhétorique politique du muralisme (il connaissait bien Diego Rivera) ou l'esthétique du surréalisme.

Il est le témoin des profondes transformations que connait le Mexique suite à la Révolution de 1910.

Son oeuvre, à la fois enracinée dans la sensibilité populaire mexicaine et tournée vers une vision moderne, nous fait plonger, avec une grande imagination, dans la vie des villes et des villages, dans les paysages, la religion, les traditions de son pays, dont il nous offre une vision absolument étonnante et qui m'a profondément touché.


Son travail, ainsi exposé au Jeu de Paume, est une recherche autour de la photographie en tant qu'art : le photographe s'interroge sur les relations entre les images et les mots, entre les corps et les choses...


Àlvarez Bravo est un photographe de formes, d'objets, d'éléments soigneusement cadrés, c'est un photographe de paysages tranquilles, de personnages silencieux, pris de dos, ou endormis, un amoureux des solitudes, un artiste aux aguets...
Il utilise souvent la méthode qui consiste à poser l'appareil photo sur un trépied à un endroit choisi et à attendre patiemment que l'image intéressante survienne, pour la saisir au vol.


Àlvarez Bravo a cumulé prix et expositions.
Il expose ainsi avec Henri Cartier-Bresson dans les salles du Palais des Beaux-Arts de Mexico, où André Breton a été fasciné en le découvrant.

D'une valeur esthétique singulière, son oeuvre fascinante et complexe constitue un des piliers de la photographie moderne.


Une magnifique exposition consacrée à un photographe hors normes, insuffisamment connu!

Je recommande vivement le petit ouvrage qui lui est consacré chez "PHOTO POCHE/ACTES SUD" en 2012 ; cette collection est remarquable de par la qualité des reproductions des oeuvres.

3 commentaires:

JCMEMO a dit…

Encore une expo passionnante !
Il semble que les hommages aux grands photographes se multiplient depuis l'avènement du numérique..
On ne peut que s'en féliciter !
Amicalement.

JCMEMO a dit…

J'ai lu quelque part que Manuel Alvarez Bravo s'était beaucoup intéressé au cinéma : il aurait acheté pour 600 pesos "une caméra qu'Eisenstein avait utilisée sur Que Viva Mexico" pour touner des documentaires apparemment perdus...
Amitiés

le promeneur du 68 a dit…

En 1931 il accompagna Eisenstein à la recherche de lieux de tournage pour "Que viva Mexico !".
En 1943 il entrepris de travailler à temps plein pour le cinéma mexicain et dispensa un enseignement au sein de la Fédération des Travailleurs de la production cinématographique.
Il collabora également par deux fois avec Luis Bunuel pour les tournages de "Subida al cielo" (1949) et de "Nazarin" (1957).
Il vécut de ce métier jusqu'en 1959...
Amitiés