dimanche 12 octobre 2014

Opéra : au Met, un Macbeth qui m'a laissé sur ma faim...


Hier soir, samedi 11 octobre, le Macbeth de Verdi, sa première adaptation de Shakespeare, retransmis en live depuis le Metropolitan Opera à New York, m'a laissé sur ma faim, d'autant plus que je connais particulièrement bien la pièce de Shakespeare.
Voir les détails de cet opéra ici.

Non pas tant du côté des performances vocales des interprètes que j'ai trouvé d'un très haut niveau, mais...

Anna Netrebko et Zeljko Lucic

Anna Netrebko, interprétait pour la première fois sur la scène du Met le rôle exigeant de Lady Macbeth avec la puissance et le dynamisme vocal et la subtilité que nous lui connaissons.

Anna Netrebko

Lady Macbeth est le cerveau des machinations criminelles qui se déroulent sous nos yeux, portée par un désir irrépressible de pouvoir.


Pour ce rôle, qui est l'un des plus saisissants que Verdi ait écrit, le compositeur ne souhaitait pas "une belle chanteuse dotée d'une belle voix", mais une interprète "laide et monstrueuse" dont la voix devait être "âpre, étouffée, sombre", qui corresponde profondément au "bruit et à la fureur shakespeariens".

Anna Netrebko, en blonde séduisante, en nuisette satin, à la bouche pulpeuse, malgré sa performance vocale époustouflante, ne correspondait pas au désir de Verdi...ni à ce que j'attendais d'une Lady Macbeth!


J'attendais une Lady Macbeth rugissante, perverse, hallucinée, et je suis resté sur ma faim!

Je reste sur le souvenir d'un Macbeth sombre et sanglant, auquel j'avais assisté en live sur la scène de La Filature à Mulhouse en mai 2010, avec Elisabete Matos, interprétant avec une voix immense, puissante, quasi wagnérienne, une Lady Macbeth assoiffée de pouvoir, rongée par le remords et la folie. Voir ma note ici.

Zeljko Lucic dans le rôle de Macbeth, avec sa voix puissante et chaude n'a pas incarné à mon sens un Macbeth hésitant, torturé par les doutes, et pris dans l'engrenage du crime et de la folie.

Zeljko dans le rôle de Macbeth


René Pape dans le rôle de Banquo et Joseph Calleja dans celui de Macduff nous ont offert de belles performances vocales.

René Pape en Banquo

Joseph Calleja en Macduff
Pour tout dire j'ai été profondément gêné par les choix d'Adrian Noble pour la mise en scène, et de Mark Thompson pour les décors et les costumes.

Un mix de costumes de la belle société du XIX°, de tenues vestimentaires 1930, de remake de scènes de la libération de la France par l'armée américaine, de décors pas assez sobres...



Que dire de la première scène, où j'attendais les trois sorcières, les soeurs fatales, et où j'ai trouvé une foule de figurantes prêtant plutôt à rire, et ne permettant en aucun cas d'entrevoir le côté maléfique, troublant, fantomatique qui donne le ton à toute l'oeuvre, chez Shakespeare et la marque du poids d'un destin cruel, inexorable et fatal.

Que dire de la scène de la "forêt de Birnam"qui doit concrétiser la réalisation de la prophétie : des militaires américains des années 40 brandissant des manches à balai....

En résumé, un manque d'intériorité, d'unité, et de perception des oeuvres de Verdi et de Shakespeare, malgré, encore une fois une performance vocale éblouissante d'Anna Netrebko, justement acclamée par des vivats amplement mérités...

Ecouter ici "vieni t'affretta" dans l'Acte I .

J'avais été autrement convaincu par Anna Netrebko dans Manon de Massenet, dans Anne Boleyn de Donizetti, dans Don Pasquale de Donizetti, tous opéras où elle avait donné sa pleine puissance d'actrice  et d'interprète lyrique, avec des mises en scènes "adaptées" aux oeuvres.

Voir ici l'excellent article de JCMemo, avec un point de vue différent sur cette version de Macbeth au Met.


2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Oh la la ! J'ai ressenti très différemment la représentation d'hier soir : j'ai beaucoup aimé...
Il est vrai que Macbeth est un de mes opéras préférés (depuis des lustres) même s'il est bien loin de la tragédie métaphysique de Shakespeare (mais comment pourrait-il en être autrement ? je crois que c'est presque toujours le cas dans ce genre d'adaptation).
Nous avons eu un quatuor vocal véritablement exceptionnel : Netrebko, avec sa tessiture de soprano lyrique, a su, avec habileté, adapter sa voix à ce rôle particulièrement difficile (fallait-il l'aborder, c'est une question que l'on peut évidemment se poser..) Mon regret, c'est, comme tu le soulignes, qu'elle ait été déguisée en une blonde vamp hollywoodienne ce qui n'a pas du lui faciliter le travail...
Aucune réserve sur les trois autres interprètes particulièrement convaincants (le plus grand moment de la soirée a été, pour moi l'éblouissante interprétation de "o, la paterna mano" par le ténor maltais Calleja).
Je n'ai pas été trop gêné par la mise en scène de Noble qui, même elle est située de nos jours, est finalement traditionnelle, bien loin évidemment de l'inventivité de la belle production de Tcherniakov en 2009 à la Bastille.
A propos des sorcières : selon le livret il s'agit bien d'un vaste choeur de trois clans de sorcières (je concède que la séquence n'était pas trés réussie...)
En ce qui concerne les physiques et le voix, je n'en vois guère, parmi les très grandes interprètes de lady Macbeth, qui correspondent aux souhaits de Verdi : Verrett, Callas, Rysanek...C'était peut-être une sorte de boutade????
J'espère que je n'ai pas trop ennuyé avec mes élucubrations "macbethiennes"
Si j'ai le courage de faire un petit billet, je ne manquerais pas de faire référence à ton article
Très amicalement
JC

Jean-Paul Scheidecker a dit…

Merci pour ton commentaire long, précis et argumenté!
Mais le souhait de Verdi quant à Lady Macbeth était-il réellement une boutade?
Effectivement, parmi les hommes, du point de vue vocal, Calleja a été magnifique!
Amitié!