dimanche 11 novembre 2012

Au Met : une "Tempête" magnétique et émouvante


Un chef d'oeuvre moderne, que cette "Tempête" du compositeur et chef d'orchestre britannique Thomas Adès, sur un livret de Meredith Oaks, d'après "The Tempest" de Shakespeare!

Nous avons assisté avec un grand bonheur à la retransmission, au Kinépolis de Mulhouse, de cet opéra depuis le Met à New York ce samedi 10 novembre.
Thomas Adès dirigeait lui même son oeuvre, créée pour la première fois au Royal Opera House le 10 février 2004.

Thomas Adès

Voila donc un ouvrage lyrique à la fois résolument moderne et populaire, tout comme les opéras de Janacek!
J'ai été séduit par l'imagination de Thomas Adès, sa maîtrise d'écriture et son énergie magnétique dans la conduite de l'orchestre!

De plus, la mise en scène - un vrai plaisir pour les yeux! - était assurée par Robert Lepage, qui nous avait déjà offert un spectaculaire Ring de Wagner.
Robert Lepage a choisi en effet de reconstituer sur la scène du Met La Scala de Milan, le lieu le plus sophistiqué, au XVIII° siècle pour produire de l'illusion, avec sa machinerie baroque.

Car il n'est question, dans "La Tempête", que de machinerie, de machination et d'illusions.

Simon Keenlyside (Prospero)

Les machinations sont celles du magicien Prospero, interprété par le baryton Simon Keenlyside (qui réalise en ce moment une spectaculaire carrière internationale).
Son interprétation magistrale, torse nu et tatoué est émouvante : elle domine toute la représentation et lui donne sa coloration si particulière.
Tous les personnages se meuvent sans savoir qu'ils sont soumis à la volonté de Prospero, comme des marionnettes.
Prospero est bien à leur égard l'agent et l'incarnation de la Destinée.
On ne peut pas ne pas penser à la Destinée à l'oeuvre dans Macbeth et Hamlet, mais ici, il n'y a rien de tragique, ni de véritablement dramatique.

Audrey Luna (Ariel)

Dans l'interprétation d' Ariel, l'Esprit de l'air et des vents,  Audrey Luna nous offre un véritable exploit à la fois physique et vocal.
Ariel est habité par un désir passionné de libération : son essence inhumaine et ténue - et cependant espiègle - souffre visiblement d'en être réduite au rôle de soulever des tempêtes! Ariel est détaché de l'humain, comme une voix lointaine de la Nature...
Ariel recouvrira sa liberté.

Alan Oke, quant à lui, fait transparaître à merveille la nature animale - mais aussi purement affective -  de Caliban, qui  représente une lourde menace, toujours prête à se muer en force obscure.
Caliban restera seul sur l'île.

Alors, cette "Tempête" omniprésente?
C'est sans aucun doute l'écho d'une usurpation, le symbole des tempêtes intérieures qui agitent les protagonistes, et nous tous les humains.
C'est la manifestation des éléments en face desquels l'homme se sent perdu.

Mais la pièce de Shakespeare n'est pas une tragédie : c'est une comédie, car les intentions destructrices de Prospero n'ont pas abouti. 
Il ne s'agit là que d'un avertissement, d'un coup de semonce du Destin, d'un simulacre de châtiment...

Je suis personnellement touché par les pièces de Shakespeare et tout particulièrement par celle-ci, qui met en oeuvre devant nos yeux une épreuve.
Le temps de l'épreuve, c'est le temps de la perte, du deuil, de la dispersion.
Tous se croient morts et se pleurent!
Mais le passage de la mort n'apparaît que comme une métamorphose, préparant l'éclosion de nouvelles beautés, intérieures et mystérieuses...

L'oeuvre de Thomas Adès, la mise en scène de Robert Lepage, ainsi que les interprétations de Simon Keenlyside, Audrey Luna, Alan Oke, et de Isabel Leonard (Miranda) et Alek Shrader (Ferdinand) ont su recréer pour notre bonheur les aspects magiques et mystérieux de l'oeuvre de Shakespeare.

Ce fut une vraie belle soirée lyrique moderne, magnétique et émouvante!

Voir ici le "trailer" du Met.

2 commentaires:

JCMEMO a dit…

oui, une merveilleuse soirée, d'autant que je m'y rendu presque à contre coeur !
(pourtant, ce qui est rare, la salle n'était pas pleine et quelques spectateurs sont partis à la fin du 1° acte).
J'ai bien vu que tu avais fait une note, mais je n'ai pas voulu en prendre connaissance avant d'avoir rédigé la mienne, beaucoup plus "modeste" : peut-être que les deux se complètent un peu ?
Amitiés

le promeneur du 68 a dit…

...La salle n'était pas pleine non plus à Mulhouse...!