vendredi 15 août 2014

Venise résume dans son espace contraint ma durée sur terre...



"Venise résume dans son espace contraint ma durée sur terre, située elle aussi au milieu du vide, entre les eaux foetales et celles du Styx."  (Venises, Paul Morand, Gallimard 1971)


"Venise jalonne mes jours comme les espars à tête goudronnée balisent sa lagune."


"Venise, ce n'est pas toute ma vie, mais quelques morceaux de ma vie, sans lien entre eux ; les rides de l'eau s'effacent ; les miennes pas."


"Les canaux de Venise sont noirs comme l'encre; c'est l'encre de Jean-Jacques, de Chateaubriand, de Barrès, de Proust; y tremper sa plume est plus qu'un devoir de français, un devoir tout court."



"Venise n'a pas résisté à Attila, à Bonaparte, aux Habsbourg, à Eisenhower; elle avait mieux à faire : survivre; ils ont cru bâtir sur le roc; elle a pris le parti des poètes, elle a bâti sur l'eau."


"Les maisons de Venise sont des immeubles, avec des nostalgies de bateau : d'où leurs rez-de-chaussée souvent inondés. Elles satisfont le goût du domicile fixe et du nomadisme."


"L'eau donne aux sons une profondeur, une rémanence veloutée qui durent au delà d'une minute; on croit descendre dans les grands fonds."



"Les palais du Grand Canal, avec leurs ceintures d'algues noires et de coquillages."


"Venise est venue s'échouer où on ne pouvait pas le faire : ce fut son génie."



"Parfois, je cherche à me faire saigner, en m'imaginant que Venise meurt avant moi, qu'elle s'engloutit, n'ayant finalement rien exprimé, sur l'eau, de sa figure. S'enfonçant, non pas dans des abîmes, mais de quelques pieds sous la surface; émergeraient ses cheminées coniques, ses miradors, où les pêcheurs jetteraient leurs filets, son campanile, refuge des derniers chats de Saint Marc."



1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Rien à ajouter.... si absolument superbe !
Bravo.