jeudi 12 avril 2012

En Alsace : randonnée aux carrières de Buhl


Le village de Buhl, en Alsace, dans le Haut-Rhin, est situé dans la vallée de la Lauch, à l'entrée du vallon de Murbach.
Voir ici.
Il jouxte Guebwiller, au pied du massif des Vosges, et du Grand Ballon (1424 m).
La partie la plus ancienne de cette agglomération s'étend autour de l'Eglise Saint Jean Baptiste, sur un promontoire qui a donné son nom au village : Buhel, la colline.
A partir du XIX° siècle, à la suite de l'implantation de l'industrie textile, Bühl s'est fortement agrandi en occupant toute la largeur de la vallée.

En partant de Guebwiller (ancienne gare), nous suivons un sentier qui s'élève tout d'abord sur les hauteurs du vignoble exposé sud, à l'entrée de la vallée du Florival, jusqu'à la "Croix des Missions" (473m), située depuis près de deux siècles sur le belvédère de l'Unterlinger, d'où la vue, magnifique, s'étend, non seulement sur Guebwiller, mais aussi sur la plaine d'Alsace.

La Croix des Missions

Suivant une inscription gravée, cette croix date de 1827 et s'inscrit dans le cadre d'un projet de "rechristianisation des masses populaires" initié dès 1825 par l'évêque de Strasbourg et répandu dans toute l'Alsace, pour "combler le vide moral" et "extirper l'indifférence en matière de religion propagée par la Révolution", puis attisée par la spectaculaire industrialisation.
Les dates de 1923 et 1952 se lisent aussi sur le socle.
La croix en grès des Vosges s'est brisée lors d'une tempête en  février 2010, et a été remise en état  par le Club Vosgien de Guebwiller.

Le sentier s'élève ensuite de l' Unterlinger à l' Oberlinger (586 m). 
Là se trouvaient deux sites fortifiés, fossés et remparts souvent nivelés, difficiles à interpréter, qui dominaient et défendaient l'entrée du Florival (en particulier contre les invasions hongroises). 
Les restes du site de l' Unterlinger (fossés et talus) dateraient du X° siècle, mais se superposant à des restes plus anciens d'époque gallo-romaine ou même protohistorique, et ceux de l' Oberlinger (talus, restes d'une tour) du XII°siècle.


Nous continuons notre progression vers le Col du Dreibannstein (537m) et son joli petit abri (c'est là que se rencontrent les terres de Buhl, Guebwiller et Orschwihr), pour redescendre ensuite  vers le "sentier des carrières de Buhl".


Le sentier des carrières de Buhl

Le site de ces carrières est spectaculaire, avec ses hautes falaises de grès, ses vestiges d'installations techniques (salle des machines de la station haute d'un téléphérique, local des poudres, caves de protection au moment des tirs, murs en pierre,...).
Le sentier louvoie, monte et redescend entre les arbres moussus et les traces d'une activité qui a du être intense encore au XIX° siècle et peut-être au début XX° siècle.

Les carrières de Buhl

Le chemin de retour, après nous avoir offert une vue dégagée sur le Grand Ballon,  conduit nos pas vers un site d'origine mystérieuse, celui des "Menhirs de l'Appenthal".

Vue sur le Grand Ballon

Le site de l' Appenthal, la "vallée des abbés" (ayant peut-être appartenu à l'Abbaye de Murbach), nous offre en effet le spectacle d'un étrange alignement de 36 "menhirs" (de 42cm à 1m28 de haut).

Les Menhirs de l'Appenthal

Ces pierres ont été dégagées en 1995 par le Club Vosgien. 
Certains y voient un alignement mégalithique de l'époque celtique, et d'autre, des pierres de bornage, ou des rails pour la descente des schlittes...
Voir ici pour plus de précisions!
Le sentier serpente ensuite le long d'un étrange mur cyclopéen. 

Le mur cyclopéen

Retour à Guebwiller via un beau sentier panoramique et à nouveau la Croix des Missions, après un magnifique circuit de 3h30 riche en souvenirs  historiques récents ainsi qu'en traces plus lointaines, voire d'origine mystérieuse.

A signaler le retable de l'Eglise Saint Jean Baptiste de Buhl (Voir ici ), classé depuis 1967 parmi les monuments historiques. 
Ce retable, représentant la Passion du Christ, peint aux alentours de 1500, retourna à Buhl en 1971 après une histoire particulièrement mouvementée.
Ce retable, attribué à l'école de Martin Schongauer, est le dernier d'Alsace à ne pas être exposé dans un musée.

mardi 10 avril 2012

Massenet au Met : une formidable "Manon"!


Une formidable "Manon" que cet opéra de Massenet transmis depuis le Met de New York et vu, ce 7 Avril, au Kinépolis de Mulhouse.

Formidable, cet opéra, d'après le roman de l'Abbé Prévost, écrit en 1884.
L'enthousiasme suscité par cette oeuvre incitera Puccini à s'inspirer de Massenet, son aîné, en écrivant en 1893 son premier succès : Manon Lescaut, que j'apprécie particulièrement.

Formidable,  la mise en scène de Laurent Pelly, la direction musicale de Fabio Luisi, et surtout la prestation d' Anna Netrebko (soprano) dans le rôle titre !

Netrebko et Beczala dans Manon

Une voix vraiment exceptionnelle, mise encore plus en valeur par une présence scénique vivante, ensorcelante, magique (malgré quelques difficultés dans la prononciation du français).


Anna Netrebko sait traduire et interpréter à merveille toutes les facettes de la séduction féminine, voulues par Massenet avec sensibilité et sensualité...de l'insouciante jeune fille à la femme vénale puis à la femme brisée du tragique dénouement.


Le Chevallier Des Grieux, interprété avec brio, force, et conviction par Piotr Beczala (ténor) a su nous transmettre tout le charme romantique de ce héros tourmenté.

Je vous renvoie avec plaisir à la note très complète sur le blog de JCMemo ici.

Ecoutez cependant  ici la scène extraordinaire qui se déroule à Saint Sulpice!

samedi 7 avril 2012

Hanokh Levin : "Comme elle est grande, la petitesse humaine"


Jeudi soir, à la Comédie de l'Est, à Colmar, en Alsace, une petite pièce de Hanokh Levin (1943-1999) nous est allé droit au coeur : "Menschel et Romanska".

Il s'agit là d'une production de la Comédie de Caen, mise en scène par Olivier Balazuc et interprétée de façon fine et très juste par Daniel Kenigsberg, magnifique conteur.

Menschel et Romanska, pièce tirée d'une nouvelle de Hanokh Levin, figure majeure du théatre israélien contemporain, qui nous a laissé entre autres une cinquantaine de pièces de théâtre, est un petit bijou qui nous fait rire, et nous trouble, en ce qu'elle nous tend un miroir, où nous retrouvons des bribes de notre propre existence.


Hanokh Levin

Voir ici la biographie de Hanokh Levin.


Les personnages de Levin, tels Menschel et Romanska suent sang et eau pour tenter d'exister, de vivre, tout simplement.


L'auteur  raconte leur combat, qui semble perdu d'avance.
Chacun de nos deux personnages est plongé, englué, dans une médiocrité qui semble sans espoir : Menschel, le "petit homme" tente de dépenser le moins possible, tandis que Romanska, laide à faire fuir les conquêtes, s'essaye à soutirer le plus d'argent possible de son compagnon du moment, lors d'une soirée tragique et cruelle.


Ils dépensent leur énergie vitale en de vaines mesquineries, car, comme le dit Hanokh Levin : "Il est là, le terrible paradoxe : qu'elle est grande, la petitesse humaine!".


Le metteur en scène et l'acteur ont choisi la forme objective de la conférence, de la pseudo démonstration scientifique, qui s'efface très rapidement derrière la richesse et l'humour incroyable de l'écriture et du récit : un récit tragique, émouvant, truculent, tendre, témoin de la maladresse, de la bassesse et de la faiblesse de Menschel et de Romanska.


Un texte tragique et tendre qui témoigne du désir de s'en sortir, malgré tout, en retrouvant si nécessaire l'âge de l'enfance, du commencement, où tous les hommes se ressemblent, tous pleins d'attentes et de sourires confiants.


Menschel

Voir Olivier Balazuc et Daniel Kenigsberg  ici !

jeudi 29 mars 2012

Jazz : Youn Sun Nah à La Filature, à Mulhouse!



La chanteuse sud coréenne Youn Sun Nah (voir sa biographie ici et son site ici), hier soir à La Filature à Mulhouse a explosé les standards habituels du jazz.


Unanimement saluée par la critique internationale, qui la place au panthéon des reines du jazz, elle nous a fait une démonstration époustouflante et émouvante de son talent.


Youn Sun Nah

Youn Sun Nah arrive sur scène de prime abord comme une petite fille timide, mais son talent, son énergie explosent instantanément.
Ses intonations sont suraiguës, gutturales, suaves, violentes, générées par un brin de folie, qui sied magnifiquement aux différentes compositions qu'elle interprète.


Sa mise en scène, très travaillée, force tout à la fois la sympathie du  public et  son admiration, car elle est au service d'une technicité hors pair.

Elle était "secondée" par deux artistes complets.

Ulf Wakenius

Tout d'abord le guitariste et compositeur suédois  exceptionnel, qui l'accompagne lors de ses tournées en duo : Ulf Wakenius (qui a été  guitariste d'Oscar Peterson).
Voir sa biographie, en anglais, ici.

Vincent Peirani

Ensuite l’accordéoniste Vincent Peirani (voir ici) est lui aussi absolument magnifique, impressionnant, émouvant.
Le contrebassiste était Simon Tailleu.

Ecouter/voir : Breakfast in Baghdad, composition de Ulf Wakenius : ici .

...et le cadeau final, en exercice périlleux : ici
Youn Sun Nah a pris des risques, mais je l'ai trouvée sobre, puissante et émouvante dans ce titre bouleversant de Léo Ferré.

vendredi 23 mars 2012

Mali : regards du Pays Dogon


Je suis heure par heure avec émotion le développement des évènements au Mali, après le coup d'état qui a renversé le président "ATT", et l'incertitude grandissante sur la situation au Nord.
Je reste en liaison téléphonique avec mes amis de là bas.


La situation économique, désastreuse de par l'absence de touristes, ne va pas s'améliorer dans l'immédiat...
...mais j'ai une grande confiance dans les hommes et les femmes du Mali, qui savent cohabiter  entre ethnies différentes et trouver, dans l’entraide, des solutions  à leurs problèmes quotidiens.

Ci dessous, au Pays Dogon : la vie, l'espoir, et les regards!







mercredi 21 mars 2012

Lokua Kansa au Festival de Musique de Ségou, au Mali



Au Festival de Musique sur le Niger, à Ségou (Mali), en février dernier, j'ai entendu et apprécié nombre d'artistes maliens.


Il y avait également un artiste rwando-congolais  (RDC) magnifique : Lokua Kansa (ou Kanza)!
Guitariste, compositeur, arrangeur Lokua Kansa chante aussi bien en lingala, qu'en français ou portugais.



Douceur, sensualité et force spirituelle émanent de ses chants, qui se prêtent d'ailleurs à une audition dans un contexte plus  intimiste que celui de la grande scène sur le Niger du Festival de Ségou.


En effet, ses mélodies magiques et limpides, souvent murmurées, sont empreintes de nostalgie : Lokua nous berce par ses douces balades et nous entraîne, au cours d'une traversée apaisante et loin de toute frénésie, dans un monde tout en grâce...et cependant rempli d'une énergie qui nous transporte.

"A 13 ans, j'ai vu un concert de Miriam Makeba et c'est ce soir là que j'ai décidé de devenir chanteur",  se rappelle Lokua Kansa.

Un père congolais issu de l'ethnie guerrière mongo, férue de polyphonies, et une mère originaire des montagnes du Rwanda, pays réputé pour le raffinement de sa musique de cour : Lokua Kansa est sensibilisé dès son plus jeune âge à la beauté des mélodies.


A l'adolescence, perfectionniste jusqu'au bout des ongles, il entre au Conservatoire de Kinshasa pour étudier le solfège et l'harmonie. 
Une formation solide qui permet à ce fanatique de Bach d'intégrer à 19 ans l'Orchestre du ballet national, puis celui de la Reine Abeti, star zaïroise des années 70-80 (Biographie du Festival)

Lokua Kansa marie avec bonheur les traditions de ses origines aux sonorités occidentales!
Une heureuse découverte pour moi!

Ecoutez Lokua Kansa ici !
Voir son site ici .

dimanche 18 mars 2012

Au Musée Suisse de l'Appareil Photographique, à Vevey


Vendredi 16 mars, retour au Musée Suisse de l'Appareil Photographique, à Vevey, en Suisse, au bord du lac Léman.

Le Lac Léman vu de Vevey

Je ne me lasse pas de faire à Vevey un retour aux origines de la photographie, au tout début du XIX° siècle,  dans ce petit musée, grand par ses collections.
Voir le site du Musée ici.

Première photo de Niépce
"Vue de ma chambre"

Tout le long d'un parcours pédagogique complet, offrant des instruments uniques et des documents passionnants, nous passons de la Camera obscura, instrument de dessin, à l'invention de la photographie par Joseph Nicéphore Niépce.


J'imagine l'émotion de Niépce, ayant enfin réussi à fixer sur un support l'image de la camera obscura!
Niépce fit en avril 1816 les premières expériences qui le menèrent en 1826 à l'invention de la photographie. 
Il avait alors réussi à fixer sur une plaque d'étain, enduite de bitume de judée et d'essence de lavande, la vue depuis la fenêtre de son atelier, au premier étage de la maison, après une dizaine d'heures de pause. 
On remarquera de ce fait l'éclairage aussi bien des façades gauche que droite!

Je signale, à cette occasion, le Musée installé dans la maison de Niépce, Le Gras, à 71240-St Loup de Varennes, qui vaut le détour! 
Voir ici.



Continuant notre visite à Vevey, nous découvrons tous les détails de l'invention du daguerréotype de Daguerre (1839), des "dessins photogéniques" de William Henry Fox Talbot (vers 1840), et assistons au développement rapide des optiques, des chambres photographiques et des plaques photos : ambrotypes, ferrotypes, collodion humide, papiers à l'albumine...
Daguerréotype de 168 ans vendu aux
enchères en 2007 pour un demi-million d' € :
l'appareil photo le plus cher au monde...
J'avoue avoir à nouveau été étonné, intrigué, par nombre d'appareils aux finalités diverses ayant eu leurs heures de gloire et maintenant tombés dans l'oubli : zograscopes, chambres Dubroni, pupitres de retouche Engel-Feitknecht, megaletoscopes, polyoramas panoptiques, alethoscopes, et j'en passe! 
Quelle inventivité! Que de  passionnés tout au long des ans!

J'ai été heureux de retrouver une série sept court-métrages fort bien faits sur les procédés anciens tels que la gomme bichromatée, le tirage au charbon, le bromoïl, etc,...conservant ainsi la mémoire du geste artisanal, mis en oeuvre et présentés par l'artiste photographe Laurent Cochet (Voir ici).
Certains de ces procédés me passionnent et font l'objet d'expérimentations de ma part.

Donc : vaut le détour, si le sujet vous intéresse!

(Voir mon Site Photos ici.)