dimanche 20 mars 2011

Natalie Dessay au Met : une Lucia di Lammermoor emportée par la folie

Lucia di Lammermoor : un amour secret, un meurtre sanglant, une descente inéluctable dans la folie.

La retransmission de Lucia di Lammermoor de Donizetti, ce samedi 19 Mars, en Haute Définition depuis le Met à New York et visionné au Kinépolis de Mulhouse m'a absolument transporté!

Natalie Dessay interprète à merveille, je dirais même plus, investit totalement le personnage de l'héroïne condamnée à la folie, avec un brio, une conviction et un talent formidables.

Natalie Dessay a interprété Lucia à l'automne 2007, au Met, ouvrant ainsi la saison, dans la mise en scène de Mary Zimmerman (comme ce fut le cas hier soir, dans cette 'reprise').
L'opéra était diffusé sur écran géant sur Times Square!
Un triomphe...
Elle a fini par être identifiée avec ce rôle oh combien dramatique et sanglant, qui lui va comme un gant...

Comment rentre-t-elle dans ce rôle de folie et de mort ? Immédiatement!

Dès son entrée en scène, en effet, l'action ne lui laisse guère le temps de s'acclimater!

Natalie Dessay reconnait que le premier acte est pour elle le plus difficile ; et c'est là qu'elle nous emporte immédiatement dans un maëlstrom, puis un gouffre sans retour.

La mise en scène de Mary Zimmerman place l'action dans une société corsetée (En Ecosse du milieu du XIX° siècle et non pas celle de la fin du XVI°), ce qui renforce l'idée que dans une société apparemment fort polie et civilisée, les individus peuvent être cruels, et utiliser les autres au profit exclusif de leurs ambitions.

Les deux protagonistes de Natalie Dessay/Lucia imposent leur présence.


Edgardo, son amant malheureux, est interprété par Joseph Calleja, ténor (photo à gauche), qui est extraordinaire, en particulier dans le monologue final du III° Acte.

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Enrico le frère manipulateur, dominateur et tyrannique est interprété par Ludovic Tézier, baryton (photo de droite) ; il est magistral, dominant de son imposante carrure la frêle Natalie.

Un trio équilibré où chacun des interprètes a su mettre en valeur le caractère et la force de son personnage...sans étouffer pour autant ceux des autres : remarquable!

Natalie Dessay
(de son vrai nom Nathalie Dessaix), soprano capable de monter haut dans le suraigu, en coloratur, est aussi connue pour ses talents de comédienne et son investissement formidable sur scène.

Elle accorde une importance fondamentale à l'incarnation des personnages qu'elle interprète sur les plus grandes scènes.

En 1994 Natalie Dessay fait ses débuts au Met, à New York, dans le rôle de Fiakermilli dans Arabella de Richard Strauss, puis en 1997 dans le rôle de Zerbinetta dans Ariane à Naxos de Richard Strauss, puis en 1998, avec Olympia : des triomphes.

En janvier 2001, elle réalise un rêve vieux de quinze ans : chanter Lucia di Lammermoor à la Scala : le succès est au rendez vous.

Durant la saison 2001-2002, elle éprouve des difficultés avec sa voix et doit annuler plusieurs représentations et se faire opérer...
A la fin de mars 2003, elle réapparait en grande forme au Met.
Sa Zerbinetta (Ariane à Naxos), virtuose et cabotine, en éclipse presque l'Ariane imposante de Deborah Voigt, la chanteuse préférée des spectateurs du Met (chanteuse que personnellement j'apprécie beaucoup : elle excelle dans La fiancée de l'Ouest, et j'attends avec impatience de la voir dans Die Walküre!).

Nouvelle opération des cordes vocales en 2005.
Elle abandonne certains rôles et en chante de nouveaux : Manon de Massenet (à Genève), Julette de Roméo et Juliette de Gounod (au Met), Lucia dans Lucia di Lammermoor, Violetta dans La Traviata de Verdi : le triomphe est absolu!

Natalie Dessay : l'une des voix les plus recherchées au monde.

Lucia di Lammermoor est l'opéra romantique par excellence, tant pour sa musique admirable et terriblement difficile, que par son ambiance nocturne, brumeuse, avec spectres garantis, une histoire de sang et de larmes!

On raconte, pour la petite histoire, qu'à New York, au siècle dernier, le public du Met, galvanisé par Caruso, dans le rôle d'Edgardo, avait manifesté son enthousiasme avec une telle vigueur que la police fit irruption dans la salle, croyant à une émeute...

Voir ici Natalie Dessay dans la scène de la folie.


2 commentaires:

JCMEMO a dit…

Votre enthousiasme fait plaisir et je le partage.
Dessay a été époustouflante dans la scène de la Folie, après tout de même quelques petites difficultés évidentes (léger enrouement ?)aux actes 1 et 2, difficultés qu'elle a assumées sans "tricher".
Vu Netrebko dans Lucia en 2009 (en retransmission) dans cette mise en scène de Zimmerman et également avec Calleja : elle m'avait paru plus à l'aise que Dessay aux 2 premiers actes mais nettement moins bonne au 3° acte (les vocalises ne sont pas sa spécialité) et scéniquement Dessay est insurpassable.
Dans les grands rôles de Dessay, on peut signaler La Somnanbule avec le merveilleux Florez (MEt 2009) et Hamlet (Lisbonne 2004) avec Kennlyside.
Je me permettrai de faire référence à votre article sur mon blog.
Cordialement
JC

le promeneur du 68 a dit…

Merci de votre visite et de votre enthousiasme partagé. En effet, les problèmes de voix et d'enrouement étaient perceptibles au début.
J'ai encore au programme du Met (peut-être avez vous aussi l'abonnement?) : Le Comte Ory, Capriccio, Le Trouvère, Die Walküre! Et en live, à Mulhouse : Janacek (L'Affaire Makropoulos) et Wagner (Le Crépuscule des Dieux). Beau programme lyrique dont je me réjouis par anticipation.
Cordialement.