jeudi 9 janvier 2014

Opéra : Falstaff de Verdi, un "opéra-bouffe" magnifique...


...et absolument unique et inhabituel dans l'oeuvre de Verdi, sur un livret d'Arrigo Boito!



Cet opéra, enregistré le 14/12/2013 au Metropolitan Opera à New York, et retransmis en différé le 5/1/2014 (au Kinepolis de Mulhouse) fut pour nous un moment de jubilation intense.

Tout était réuni pour faire de ce spectacle une totale réussite.

L' oeuvre de Verdi et de Boito, véritable comédie, est en effet d'une grande inventivité et d'une étonnante gaité.
Ce fut une surprise que d'assister à un "opéra-bouffe" de Verdi, style totalement inédit dans l'oeuvre du compositeur.
Donc, ici, pas de drame psychologique, de déchirement entre le devoir et l'amour, pas d'assassinats ni de trahisons profondes, pas de conflit intolérable entre la raison d'Etat et les sentiments personnels.

Dans Falstaff, on mange, on boit, on rit : la farce et le vaudeville sont omniprésents.


Les déceptions amoureuses sont vite consolées dans la boisson...
La joie de vivre et l'épicurisme refont surface même dans les situations les plus insolites...



Une mise en scène magique, de Robert Carsen, qui nous replonge pour certaines scènes dans l'Angleterre des années 50, alors que l'action est censée se déroulée à Windsor sous le règne d'Henry IV.



Et, dans l'Acte III, une inventivité onirique formidable dans la scène de nuit dans le parc de Windsor.


La direction musicale était à nouveau assurée par James Levine avec maestria.

L'interprétation d' Ambrogio Maestri (baryton) dans le rôle titre est époustouflante .

Ambrogio Maestri
Citons également les interprétations superbes des "joyeuses commères" : Jennifer Johnson Cano (dans le rôle de Meg Page), Angela Meade (Alice Ford), Stephanie Blythe ( Mrs Quickly).

Cet opéra ("comédie lyrique",  ou "opéra-bouffe") fut créé à la Scala de Milan en février 1893. 
Il s'agit d'une adaptation des "Joyeuses commères de Windsor"  et de "Henry IV" de Shakespeare.

Sa composition fut entourée d'un certain mystère.
Verdi en effet écrivit Falstaff uniquement pour son plaisir sans la moindre intention de le faire jouer...

Il était alors âgé de 80 ans, et convaincu qu'il s'agissait là de son oeuvre ultime.
Il s'affranchit des règles : airs, duos, ensembles se fondent dans un même mouvement musical endiablé.
Mais cependant, pour la seconde fois dans sa carrière (après Macbeth), Verdi, qui méprisait l'académisme, termine son opéra de la façon la plus académique, par une "fugue"!

Il y a dans cette oeuvre une rapidité d'expression, un scintillement, une vivacité tels qu'on n'en a jamais vus depuis Mozart.

Cet opéra, d'une légèreté aérienne, se termine dans un grand éclat de rire tout à fait digne de Shakespeare et n'est pas dénué d'une certaine "morale" :

"Tout au monde est plaisanterie. L'homme est né bouffon!"

Une soirée de plaisir lyrique intense!

Voir ici une déclaration d'amour...peu romantique... de Falstaff à Alice Ford (Angela Meade)!

Ecoutez ici (en anglais) Robert Carsen, le metteur en scène inspiré de ce magnifique Falstaff.

Voir également la note de JCMemo sur ce spectacle ici !

1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Enthousiasme partagé...
Quelle superbe soirée !
je met également un renvoi à ton excellent article.
Amicalement