vendredi 12 septembre 2014

Photographie : Lewis Baltz, témoin méticuleux d'une laideur moderne



A la petite salle du BAL, à Paris, se tenait cet été une exposition intéressante consacrée au photographe américain Lewis Baltz, intitulée "COMMON OBJECTS".

Lewis Baltz est né à Newport Beach en 1945.

Lewis Baltz

La dépression de la société industrielle américaine, son urbanisation anarchique et ses résidus, ses déchets, constituent le thème dominant de son oeuvre.


Il s'inscrit dans le mouvement de la New Topography à la fin des années 1970.
L'exposition "New Topographics" organisée en 1975 à la George Eastman House de Rochester (Musée de la photographie) a représenté un tournant dans la représentation des paysages urbains contemporains. Voir ici .

Lewis Baltz et Robert Adams (voir ma note sur R.A. ici ) y seront exposés, parmi d'autres.


En tout cas, il est plus qu'évident que la rupture avec le style paysager traditionnel tel qu'on le rencontre sur la Côte Ouest des USA, avec l'esthétique sublime des photographes de sierras, est entièrement consommée! 
Voir Ansel Adams ici et ses successeurs tels que David Muench ici.


La photographie des paysages, telle que la pratique Lewis Baltz rejoint le mouvement sociologique et documentaire initié par Walker Evans (voir ici ) : elle documente les effets de la croissance rapide des villes américaines et de la montée de l'individualisme (toute puissance de l'automobile,...).


Au premier regard, les images du photographe ont quelque chose d'austère, voir d'hostile.


On voit dans cette exposition des maisons anonymes, sans caractère, des fenêtres rectangulaires, des murs lisses, des cheminées de brique, dans des cadrages d'une précision glacée...et glaçante, qui finissent par se transformer, sous le regard de l'artiste, en représentation non figurative de lignes et de plans abstraits, inhumains.


Dans les années 1960, ses années de jeunesse, la modernité est synonyme d' urbanisation vertigineuse et totalement anarchique, sans aucune vision architecturale.

Le résultat en est désastreux, et c'est le paysage que nous avons en permanence lorsque nous traversons, comme je le fais régulièrement, les petites agglomérations américaines de l'Ouest.

"J'ai grandi dans une ville d'une laideur atroce, où tout était de mauvaise qualité, pas cher...j'ai voulu tendre un miroir".


Ses photos sont méticuleuses, extrêmement bien cadrées, distantes : pour lui, ce sont des "pièces à conviction".

Il travaille ses tirages avec un soin jaloux. Il joue sur le contraste entre la pauvreté du sujet et la beauté des tirages.


Lewis Baltz recherche la beauté dans la désolation et la destruction.

"L'ironie c'est qu'il y a aussi une certaine beauté dans tout ça ; mais ce ne sont pas forcément les choses bonnes ou utiles qui sont belles. 
Un coucher de soleil sur Los Angeles, c'est magnifique, alors que ce n'est que pure pollution!"


Les cinéastes qui l'ont fortement influencé : Alfred Hitchcock, Michelangelo Antonioni (La Notte, Désert Rouge et le sentiment d'aliénation qui transpire dans ses films), Jean-Luc Godard.



Son travail sur les séries, l'abstraction des formes, le vide, le blanc (tout devient surface qui irradie...), montrent que l'image à elle seule ne peut rendre compte du monde : "L'important c'est ce qu'on ne voit pas!"

Baltz n'a pas hésité à ses tourner vers d'auges images, témoins de l'ère numérique : les réseaux de câbles, les ordinateurs, où tout devient une boite noire, celle du traitement muet et opaque de l'information, devenu moyen de contrôle...

Réseaux de câbles et ordinateurs

A propos de l'espionnage massif de la NSA : "Je n'ai pas été choqué que ça existe. En revanche, je ne pensais pas que ça irait si vite. Et que j'assisterais de mon vivant à un tel degré de tyrannie."



1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Un témoin précieux de notre époque mais qui ne donne pas le moral...... Ou allons nous !!!
Bon week-end
Amitiés