vendredi 7 octobre 2016

Rick Bartow, un artiste amérindien exceptionnel


Lors de notre long séjour dans l'Ouest américain, nous avons pu visiter nombre de musées fort intéressants consacrés à l'art amérindien, tant passé qu'actuel, au Colorado, en Arizona et au Nouveau Mexique.

Nous avons été surpris et touchés par la vitalité toujours actuelle de la production de nombreux artistes appartenant à différentes communautés et tribus.
Et c'est par cette production artistique hors du commun que se maintient et se développe la culture amérindienne aux USA.


Nous avons été en particulier impressionnés par notre visite, à Santa Fe, au Nouveau Mexique, au Museum of Contemporary Native Arts,  musée dépendant de l'Institute of American Indian Arts .

J'y ai  découvert avec étonnement et bonheur les oeuvres de Rick Bartow, un artiste amérindien exceptionnel.

Rick Bartow dans son atelier
Newport, Oregon, en avril 2015

Rick Bartow (1946-2016) était membre des Wiyot Indians, une petite tribu indigène du Humboldt County, tout au nord de la Californie, qui ne compte actuellement pas plus de 450 membres.

Un peu d'histoire : cette tribu est la plus occidentale des tribus amérindiennes à parler une langue dénommée "Algic language".

Les Wiyots furent les derniers amérindiens à avoir eu, au XIX° siècle, un contact avec les blancs, chercheurs d'or, colons et militaires, dans les années 1850, contacts devenus rapidement hostiles.

En effet, les missionnaires espagnols installés en Californie auparavant n'avaient pas dépassé vers le nord la Baie de San Francisco.


Le 26 février 1860, plus d'un millier de membres de la tribu, et en particulier les femmes et les enfants furent sauvagement massacrés par les colons, qui s'approprièrent leurs terres.
Les survivants furent déportés et traités en esclaves.

Les enquêteurs n'ont par la suite trouvé aucun témoin, alors que les assassins étaient parfaitement connus de tous, et personne n'a été inquiété par la justice...

Cette tragique histoire fait désormais partie de leur identité et de leur héritage culturel. 

Ils ont pu depuis récupérer des terres et redonner vie à leurs traditions et à leurs cérémonies, en particulier à la World Renewal Ceremony. Voir leur site ici.

Danseuses Wiyot (en 2009) 
Mais revenons à Rick Bartow, dont l'oeuvre est profondément marquée par le passé dramatique de son peuple.

Il s'est formé à la Western Oregon University, puis a été enrôlé de 1969 à 1971 et a servi pendant la guerre du Vietnam, ce qui l'a également fortement marqué.

L'exposition qui lui est consacrée à Santa Fe s'intitule "Things You Know But Cannot Explain".


Certaines de ses oeuvres me font penser à Francis Bacon.
Il a également été influencé par Chagall, Odilon Redon.



Rick Bartow donne forme à ses visions, aux ombres qui le hantent, mêle animaux et visages humains, donne corps à des "présences totémiques"...

Il utilise tous les media : graphite, pastel, acrylique, pointe sèche sur métal, monotypes, sculptures,...

Les mots qui le guident, tout au long de son oeuvre, avec le monde immense  des réalités qu'ils signifient : Le Geste, le Soi, la Tradition, la Transformation.







"Je suis un vieil homme. Je sais ce que sait un vieil homme. Mais je cherche toujours des solutions. C'est le processus de création qui est important".

Pour nombre d'artistes, l'art est une forme de thérapie. Pour Rick Bartow, l'art est ce qui lui a permis de rester vivant.
L'art l'a aidé à affronter ses démons intérieurs et les traumatismes de sa vie et de celle de son peuple.

Il a du gérer les traumatismes du Vietnam, l'alcoolisme, la maladie et en particulier un récent
infarctus, en Août 2013.

"J'aurais pu être paralysé, attraper tout un tas de choses, j'aurais pu me faire pitié, mais non, je suis reconnaissant!"

Et cette reconnaissance, après cet infarctus, a explosé dans de nouvelles oeuvres toujours plus dynamiques, colorées, mêlant humains et animaux, pleines d'humour, et surtout toutes remplies d'une légèreté et d'une joie de vivre rarement vues dans ses oeuvres antérieures.

Se trouvant face à un sens devenu aigu de sa mortalité, Rick Bartow était empli de l'urgence de "faire art".

Il est mort le 2 Avril 2016 d'une attaque cardiaque.


Une découverte que je n'ai pas fini d'approfondir.

1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Un article passionnant , un merveilleux artiste...
Amitiés de JC