jeudi 2 avril 2015

Opéra à Covent Garden : un "Mahagonny" percutant !


Hier soir, la retransmission en live depuis le Royal Opera House à Londres (Covent Garden),  de "Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny" de Kurt Weill et Bertold Brecht ne nous a pas laissés indifférents!

Nous avons reçu cette oeuvre comme un coup à l'estomac...tellement elle était magnifiquement mise en scène et interprétée, et tristement d'actualité.


"Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny", opéra en 3 actes, fut créé le 9 mars 1930 à Leipzig et fut, dès sa création, interdit en Allemagne.

Il a fait suite au spectacle musical "Mahagonny Songspiel" créé en 1927 à Baden-Baden et qui connut un grand succès.
Ce spectacle comportait 6 chansons dont la célèbre Alabama Song, que l'on retrouve dans l'opéra : écoutez la en bas de cette note.



Synopsis : Cet opéra raconte la naissance, l'apogée et la chute de Mahagonny, une ville imaginaire fondée par trois criminels en Amérique. 



C'est une ville piège destinée à récolter l'argent des chercheurs d'or de la région. Prostituées, alcool et amusement attirent les chercheurs fatigués qui viennent dépenser leur or. 

Ils y pratiquent à l'extrême les quatre plaisirs de la vie : manger, faire l'amour, se battre et boire.


Un jour, un bûcheron de l'Alaska, découvre qu'il y manque quelque chose. Il veut supprimer le panneau "Défense de…" par "c'est ton droit". 
Cette devise fait de la ville un lieu de débauche. 

Lorsque ce bûcheron se retrouve sans le sou, la justice, incarnée par les criminels fondateurs de la ville, le condamne à la chaise électrique. 
La ville va sombrer dans le chaos.


La collaboration musicale et littéraire entre Kurt Weill et Bertold Brecht fut l'une des plus fructueuses ... et des plus courtes de l'histoire culturelle du XX° siècle, leurs théories allant rapidement dans des directions divergentes.

Brecht (1898-1956) cherchait à remettre en cause les formes traditionnelles de l'opéra classique, affirmant la nécessité d'une fonction idéologique qui ouvre à la discussion et à une remise en cause de l'ordre social.

Bertold Brecht

Weill (1900-1950), quant à lui s'est efforcé de trouver les moyens d'unifier, en un savant mélange, musiques populaires, jazz, musiques néoclassiques et romantiques : le résultat est surprenant, et pour tout dire passionnant.

Les nazis ont considéré sa musique comme "dégénérée" et Weill fut contraint à l'exil à Paris, puis aux Etats Unis.

Ses opéras les plus connus, outre "Mahagonny", furent écrits en collaboration avec Brecht : "L'Opéra de quat'sous" (1928), "Les Septs péchés capitaux" (1933).

Kurt Weill


Cet opéra est l'un des plus provocateurs et dérangeants du XX° siècle.
C'est une critique acerbe de la société de consommation effrénée et des désastres qu'elle entraine, critique qui s'avère malheureusement encore plus pertinente plus de 80 ans après son écriture.

Encore une fois, la production du Royal Opera House nous a "pris par les tripes" tellement la mise en scène de John Fulljames était inventive et percutante (camions et containers mobiles sont sur scène et s'adaptent parfaitement aux différents tableaux).

Nous passons avec fougue du "Tout est interdit" au "Tout est permis", puis au "On ne peut jamais rien pour personne!"

Les interprètes : tous formidables, et d'abord, dans le rôle du  bûcheron Jimmy Macintyre,  Kurt Streit dans un rôle véritablement christique.

Kurt Streit
Puis :
Christine Rice (Jenny Smith)

Anne Sofie von Otter
(Leocadia Begbick)

Willard W. White
(Trinity Moses)

Peter Hoare (Fatty)

Un spectacle qui continue à nous habiter, au delà d'une représentation lyrique plus "classique"...

Voir ici l'introduction au spectacle du ROH.
Ecouter ici Lotte Lenya, femme de Kurt Weill, dans Alabama Song enregistré en 1930!


1 commentaire:

Jean Claude Mazaud a dit…

Superbe soirée donc !
Cela évoque pour moi le souvenir de la magnifique reprise de cette œuvre (dans les années 60) au TNP dans une mise en scène de G. Wilson avec dans le rôle de "Jenny" Pia Colombo, extraordinaire chanteuse qui n'a pas eu la carrière qu'elle aurait du faire (peut-être trop engagée politiquement??)
Amitiés